La Vie Rêvée de Walter Mitty de Ben Stiller

La Vie Rêvée de Walter Mitty

La Vie Rêvée de Walter Mitty, réalisé par Ben Stiller
Avec Ben Stiller, Kristen Wiig, Adam Scott et Sean Penn
Scénario : Steve Conrad
Durée : 1H54 / Date de sortie : 1er janvier 2014

Ben Stiller est un réalisateur fascinant. De sa carrière d’acteur, qu’il a finie par délaisser au service de comédies indigestes (La Nuit au Musée ou Voisins du Troisième Type pour ne citer qu’elles), il est, et c’est souvent oublié, un metteur en scène qui compte. Après avoir mis sa puissance comique derrière quatre comédies particulièrement jouissives, la Vie Rêvée de Walter Mitty confirme que Ben Stiller est aussi un homme qui peut désormais surprendre. Dissimulé derrière l’aspect lunaire des séquences comiques du film, ce cinquième film traite aussi de manière poétique de la vie et de la mort, d’un homme face à la solitude. De l’homme ordinaire qu’est Walter Mitty, Ben Stiller en tire le maximum pour l’élever, lui et ses rêves vers une vérité universelle. La Vie Rêvée de Walter Mitty n’est ni plus ni moins qu’une invitation au voyage, l’introspection d’un homme face à son existence au moment où le magazine Life s’éteint pour devenir une version numérique.

Fait de paradoxes et empreint par la noirceur de son sujet, la Vie Rêvée de Walter Mitty est constamment animée par une lumière lancinante qui fait qu’il ne sombre pas dans le drame existentiel. Ben Stiller, malgré un humour plus évasive, moins marqué, reste une pointure pour construire des scènes à la fois drôles et spectaculaires. Son film est un fragment de vie, marqué par l’absurdité de ses situations ou la grâce de quelques instants. Construit autour de l’imagination débordante de son héros, le film empile les références et façonne son univers visuel avec assez d’intelligence pour le rendre parfaitement ludique. Une compréhension entière du cinéma qui rend ce Walter Mitty d’autant plus beau et poétique car il ne sacrifie jamais l’histoire à une empreinte visuelle délirante, l’évolution de son héros à des tics d’auteur. Ben Stiller aime ce qu’il fait et son amour pour le cinéma s’en ressent à chaque seconde du film.

La mort comme une ombre persistante de son héros, Ben Stiller n’enjolive jamais le voyage, car il veut montrer l’inexorable : Walter Mitty est un être constamment face à un choix, décider à vivre ou perdre pied derrière ses «déconnexions» perpétuelles. Walter Mitty touche tout du long du film, car il est un héros actuel, à l’heure de la virtualisation des rapports humains. D’aucuns diront sa mise en scène mécanique, son propos léthargique, or, la Vie Rêvée de Walter Mitty pointe du doigt avec une férocité communicative la perte de tout ce qui fit du monde, un lieu empreint par l’Homme et son imaginaire. La mort de Life sonne comme le glas d’une presse mourante et il est dur de ne pas aussi y voir une allusion des plus omniprésentes au réchauffement climatique.

De l’Islande à l’Himalaya, jusqu’à la présence de Sean Penn en super-photographe, un super-héros intouchable, la mise en scène de Ben Stiller est animée par les fulgurances de son référentiel, l’intelligence de ses images. La collaboration avec le chef opérateur Stuart Dryburgh est étincelante, ébouriffante de beauté, ce qui permet au film de décoller de ses quelques instants d’errance. Frappé par la grâce quand il met, sous des séquences musicales, le héros face à ses propres responsabilités (la reprise du Space Oddity de David Bowie constitue l’incroyable moment-clé du film) mais aussi plus surprenant quand Ben Stiller pose sa caméra loin de tout imaginaire, du vacarme d’un monde déshumanisé.

L’optimisme forcené, voire l’idéalisme de Ben Stiller pourra en repousser certains, les deux heures de voyage que nous offrent le cinéaste restent les plus impressionnantes de sa courte carrière en tant que cinéaste, celles qui confirment tout un talent de storyteller. Malgré une carrière en dents de scie, Ben Stiller livre dans ce film ce qui semble être l’introspection d’une vie toute entière faite d’apparences et d’une résurrection dans l’élaboration de sa définition de cinéma. Car, et on ne le dit pas assez, la Vie Rêvée de Walter Mitty reste un film bâti sur l’espoir d’une résurrection et d’une émancipation, celle d’un héros et d’un magazine.4 étoiles

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