Don Jon de Joseph Gordon-Levitt

Don Jon

Don Jon, écrit et réalisé par Joseph Gordon-Levitt
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Joseph Gordon-Levitt, Scarlett Johansson, Julianne Moore et Tony Danza
Durée : 1H30 / Date de sortie : 25 décembre 2013

On a malheureusement, et ce très largement à mauvais escient, donné l’étiquette de film choc à des films qui ne le méritaient pas. Elle a beau faire vendre des places de cinéma pour les personnes en quête de sensations fortes ou nouvelles, le résultat ne tient que très rarement son contrat originel. Après avoir longtemps attendu le premier film de Joseph Gordon-Levitt, ce premier exercice est un épisode contraignant pour tout spectateur capable de livrer un avis sur le film. Car malgré une vivacité de tous les instants, Don Jon est un métrage bâtard, extrêmement inégal mais qui n’en reste pas moins sympathique le temps d’un instant.

Avec le pari osé de traiter de l’addiction au porno de manière décomplexée, aux antipodes du Shame de Steve McQueen, un étrange phénomène bouscule Don Jon. De son sujet de départ, qu’il traite autour d’un jeu cyclique, Joseph Gordon-Levitt tombe rapidement dans la nonchalance de son écriture, et plus particulièrement lorsqu’il parle de ses personnages. Outre la veine antipathique et misogyne de son héros qui devient davantage une chance pour le film de traiter avec un regard simplifié son thème et d’aligner les références au paysage télévisuel des années 80 (Tony Danza est excellent en père autoritaire), Don Jon sombre rapidement dans la caricature en oubliant les questions de l’apparence qu’il traitait avec brio dans sa première demi-heure. L’homme qu’est Jon était soumis à un jeu d’apparences qui lui permettait dans son exploration du porno de se libérer des femmes qu’il fréquentait, auxquelles il ne retirait aucun plaisir. Le porno était pour lui un moyen de se libérer, de se laisser à ses fantasmes. Le montage très énergique signé Lauren Zuckerman permet ainsi de faire la bascule entre l’époque que dépeint très brillamment le cinéaste et le rythme brûlant du film et de son héros. Jon vit une existence ancrée dans un quotidien banal et les plaisirs que lui provoquent le porno sont aux antipodes des croyances de sa famille. C’est dans son rapport familial et humain que le jeune metteur en scène parvient à faire mouche. Chacune des scènes autour de la table de la famille crée une folle drôlerie, tout en interrogeant les liens entre le père et le fils, un héritage que le premier veut adresser au second.

Or, quand le film s’adresse à un tout autre public, avare de comédies romantiques, le film semble changer de visage. De la tendre insolence du héros, de son caractère imbuvable, prend place de nouveaux enjeux qui ne rentrent plus dans la structure à l’origine fragile de Don Jon. A vouloir montrer la rédemption de son personnage en cassant un montage fait par ses répétitions, le film de Gordon-Levitt perd en légèreté, ce qu’il gagne en lourdeur dans sa tragédie. Enchaînant les thèmes du deuil et de la renaissance avec le personnage de Julianne Moore, insupportable dans sa posture de nouvelle actrice indé, Don Jon sombre peu à peu vers les tristes rivages d’un récit marqué par les erreurs de ses personnages et donc perd en plaisir immédiat. La rupture entre le spectateur et le film ne se fait donc pas d’un coup net mais il est vrai qu’une fois l’ennui installé par ses situations et que le film n’affiche plus ses ambitions et l’audace de son sujet, il est difficile de trouver le film maîtrisé. Excepté cela, Joseph Gordon-Levitt reste un acteur particulièrement fascinant devant la caméra, capable de déployer une large palette de sa figure comique comme dramatique. Scarlett Johansson, plutôt étonnante dans son rôle de mangeuse d’hommes autoritaire, hisse, à l’image de ses seconds rôles, le film vers le haut. Reste qu’après une heure et demie fait de hauts et de bas, Don Jon laisse un goût trop amer pour pouvoir consommer après la projection le grand plaisir provoqué par sa première partie.

Que penser concrètement de la première incursion de Joseph Gordon-Levitt ? Hormis des fragments d’analyse particulièrement plaisants, Don Jon ne fait que, malheureusement, traiter son sujet à la surface. Entre la comédie romantique bavarde et une chronique sur l’importance des apparences dans notre société réussie, le film de Joseph Gordon-Levitt ne trouve jamais un réel équilibre qui lui permettrait d’être le portrait saisissant de notre époque sur le sujet de l’addiction. Un échec assez cuisant, certes, mais un tout qui ne demeure pas pour autant désagréable.

2 étoiles

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s