Yves Saint Laurent de Jalil Lespert

YSLYves Saint Laurent, réalisé par Jalil Lespert

Avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon et Laura Smet

Scénario : Jalil Lespert, Marie-Pierre Huster et Jacques Fieschi

Durée : 1H46 / Date de sortie : 8 janvier 2014

Qui a dit que le cinéma, c’était mieux par deux ? Personne, semble-t-il. Alors que le genre se répand peu à peu dans le cinéma hollywoodien, dédoubler les films pour doubler les profits, la France a décidé de faire différemment, quitte à montrer la contradiction du milieu. Après le chaos financier provoqué par la sortie de deux versions simultanées de la Guerre des Boutons en 2011, l’année 2014 sera celle de Yves Saint Laurent qui se verra offrir deux films à son effigie. Le premier, dont on parle aujourd’hui, mis en scène par Jalil Lespert, affronte le film de Bertrand Bonello attendu pour octobre 2014 avec Gaspard Ulliel en YSL. Ce que l’on peut donc ainsi dire de ce premier film, c’est que, hormis une délicatesse à toute épreuve, Jalil Lespert ne surprend guère.

L’application du cinéaste est ici à la fois l’atout et le défaut du film. En tentant ingénieusement de retranscrire la délicatesse du milieu de la mode, Jalil Lespert filme deux formes de passion qui s’entrechoquent. La passion artistique qui dévore le personnage de Yves Saint Laurent, envahissant dans le cadre et l’ambiance esthétique du film, mais aussi la passion amoureuse, sujet auquel le cinéaste n’arrive ici qu’à capter quelques éléments. La première demi-heure est fascinante. Mettant en scène un jeu de regards, de dits et de non-dits, qui rend l’histoire entre Saint Laurent et Pierre Bergé plus sensuelle et quelque part assez touchante dans ses premiers instants, le film dérape rapidement dans son académisme, préférant davantage montrer un personnage à son apogée et dans sa descente en enfer qu’une histoire d’amour qui serait à la fois simple et symbolique de la complexité du héros.

Dans son enchevêtrement très maladroit des thèmes et des époques (les années 60 représentent le moment où le film bascule dans l’ennui), Yves Saint Laurent aurait gagné à être plus court ou, tout à l’inverse, monté de manière à en faire une histoire grandiose, démesurée, à l’image du personnage. Bâti autour de l’évolution de ses deux personnages, le film de Jalil Lespert ne parviendrait pas à intéresser si Pierre Niney et Guillaume Gallienne ne portaient pas le film sur leurs épaules. Si l’un joue la carte du mimétisme à l’extrême, Gallienne laisse plus de place à sa performance et montre avec l’utilisation sous-jacente de la voix off que Pierre Bergé est aussi un personnage importante dans l’accession de Saint Laurent au panthéon de la mode française. Plus surprenant, si l’ombre de Saint Laurent est persistante pendant tout le film, c’est bel et bien lui qui tisse l’intrigue du film sans laquelle l’enchaînement parfois chaotique des scènes ne ressemblerait guère plus qu’à un spot télévisuel pour un parfum.

Or, où est la surprise dans ce film ? A l’inverse d’un Florent Emilio-Siri qui avait fait de son Cloclo une véritable rock-star, il manque à Jalil Lespert un vrai talent de metteur en scène pour pouvoir faire basculer en une séquence, toute la logique, voire la prévisibilité, instaurée par le sujet et rendre son sujet fascinant sur toute la durée. Yves Saint Laurent n’instaure jamais un véritable rythme, n’emprunte aucun chemin de travers narratif qui lui permettrait simplement de passionner son auditoire plutôt que de simplement satisfaire avec un bel ouvrage, dénué de tout sens. Jalil Lespert, malgré son travail sublime avec Thomas Hardmeier pour la photographie et une reconstitution admirable, n’offre jamais à son film la grandeur qu’il aurait méritée et l’émotion qu’il aurait pue susciter à travers cette histoire d’amour.

Film d’acteurs, Yves Saint Laurent est un film appliqué, honnête et élégant, dont le seul défaut est un cruel manque d’émotions et d’audace. Dans l’académisme crevant de sa mise en scène et l’incapacité du cinéaste à mêler les tons que le métrage laisse place à sa véritable nature, Jalil Lespert se consacre davantage à la forme de son métrage qu’à la captation simple, bouleversante, de corps et d’esprits animés par la création artistique.2 étoiles et demi

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