Machete Kills de Robert Rodriguez

Machete Kills
Machete Kills, réalisé par Robert Rodriguez
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Mel Gibson et Demian Bichir
Scénario : Kyle Ward
Durée : 1H47 / Date de sortie : 3 octobre 2013

Après des échecs à répétition et l’incapacité du réalisateur à se détacher de l’image de Quentin Tarantino, est-il encore légitime de dire que Robert Rodriguez est un cinéaste ? Cantonné à quelques genres, constamment entre le film familial et l’univers grindhouse, Rodriguez a beau être parfaitement sympathique, la qualité de son cinéma est sur une pente discordante. Avec Machete Kills, le nouveau recyclage d’une idée de cinéma qui aurait du rester à l’état de simple fausse bande-annonce, le cinéaste nous prouve qu’une bonne idée, lorsqu’elle n’est plus accompagnée de la même bonne volonté, n’apporte rien d’autre à un film qu’un statut de simple objet filmique. Machete Kills est de ce fait un étrange objet filmique, bancal et agaçant.

Conservant la structure soit-disant «grindhouse» mise en place à l’époque du projet commun avec Quentin Tarantino, Robert Rodriguez répète les gammes narratives de son premier volet, sans cette fois-ci être épaulé par Ethan Maniquis, qui apparaissait comme l’élément d’équilibre dans l’imaginaire bouillonnant du cinéaste américain. Sans cette aide, Machete Kills ne ressemble à rien d’autre qu’à un enchaînement de scènes fastidieuses où l’absurdité et le kitsch assumés de l’ambiance ne font plus sens, dès lors que l’on sait que Rodriguez tourne son film en numérique. Le charme éphémère du premier diptyque grindhouse, avec le Boulevard de la Mort et Planète Terreur, résidait dans le fait que les films étaient à la fois complémentaires et diffusait une vision d’un divertissement décomplexé que l’on ne trouvait plus au cinéma à cette époque. Or, le genre s’est répandu, et seul Robert Rodriguez a cru que l’idée pouvait s’étirer sur toute une partie d’une filmographie. Étonnamment sympathique dans sa première demi-heure, Machete Kills retombe dans les travers du premier volet en restituant les mêmes lourdeurs scénaristiques, la même contradiction visuelle d’un film qui se veut à la limite du système mais qui use d’un système numérique durant l’intégralité du film. C’est la redite d’un premier film qui, à l’époque déjà, ne savait pas où il allait vraiment, où la valeur indigeste de ses effets spéciaux étaient un gag à lui seul, alors que les meurtres fantasques de Machete fascinaient.

Hormis la fausse bande-annonce qui précède le film, Robert Rodriguez n’arrive pas à supplanter la structure narrative malheureusement anachronique du métrage. Tenter de faire du kitsch une règle de mise en scène n’empêche pas de construire un récit autour. Or, avec Machete Kills, Rodriguez n’intègre plus le plaisir du spectateur comme un élément indispensable à la réussite de son film, en entraînant séquence après séquence, avec une gêne souvent omniprésente, la répétition d’une carrière derrière lui. Bien trop long, cloisonné par des enjeux qu’il ne maîtrise pas et une multitude de personnages souvent insignifiants, il n’en demeure pas moins que Machete Kills conserve tout du long l’allure du divertissement du samedi soir qui lui colle à merveille. Raté sur tout la ligne, il faut donc conserver ces dix dernières minutes qui annoncent l’étrange festin spatial dans lequel Robert Rodriguez risque de se perdre une bonne fois pour toutes.

En attendant, les quelques fans présents attendent encore un chef d’œuvre inespéré, une sorte d’égo-trip ultime, costume dans lequel Machete Kills aurait pu parfaitement se glisser avec un peu de professionnalisme. Outre cela, il apparaît tout autant hallucinant que des producteurs veuillent encore investir dans une machine aussi coûteuse, aussi peu rentable et faite avec tant de fainéantise.1 étoile et demi

Merci à Wild Side de nous avoir permis de découvrir le film.

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