La Belle et la Bête de Christophe Gans

La Belle et la Bête

La Belle et la Bête, réalisé par Christophe Gans
Avec Léa Seydoux, Vincent Cassel, André Dussolier et Eduardo Noriega
Scénario : Christophe Gans et Sandra Vo-Anh, d’après l’œuvre de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve
Durée : 1H52 / Date de sortie : 12 février 2014

C’est un peu un coup pour rien, un gâchis. Une mise en scène brillante au service d’un scénario simplement brouillon, dénué de toute émotion, d’une beauté qui ne transparaîtrait  pas simplement par l’image mais par les mots, qui manquent terriblement dans cette nouvelle version de la Belle et la Bête. Soixante-sept ans après l’adaptation de Jean Cocteau, restée dans la mémoire cinéphile, vingt-deux après la version Disney, gravée dans la mémoire collective, Christophe Gans tente dans cette réécriture du conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve un entre-deux dans lequel il espère autant toucher le cinéphage qu’un public large et familial. Les moyens financiers et visuels ici déployés sont colossaux. Christophe Gans semble ici jouer sa carrière après une succession d’échecs commerciaux et de projets avortés puisque dans sa mise en scène, l’univers qu’il impose, tout y est beau. Mais surtout et avant tout très influencé par les cinémas de Tim Burton et de Guillermo del Toro dans lesquels le plaisir du spectateur règne en maître. Pourtant, il est dur de trouver son bonheur dans un objet aussi bâtard et insignifiant que le film de Gans, en termes de récit et d’émotions.

Après une première demi-heure où le cinéaste adapte sa mise en scène à la chaleur de ses personnages (l’importance des visages notamment y est remarquable avec le ton de la photographie), la Belle et la Bête célèbre sa posture de grand film populaire au son d’une bande-originale luxuriante, douce mais omniprésente et la surprise de voir un film émerger de la masse des divertissements anecdotiques qui pullulent sur les écrans est présente. Imagerie grandiose, mise en scène aérienne : Christophe Gans confirme alors tous les espoirs qui avait été fondés sur lui. Or, la Belle et la Bête déborde de tous les côtés jusqu’à rendre stagnante son évolution narrative. Entre Cocteau et la version Disney, Gans finit malheureusement par s’adapter au style hégémonique de Disney. La Belle et la Bête est un film conquérant, dont les ambitions maximales poignent, mais qui ne réussit qu’à soutirer une joie minimale. Il y a bel et bien de la puissance dans les images, une frontière instable entre rêverie et réalité créée par un montage intelligent et clair, mais à quoi sert-elle si elle ne se met pas au service de son histoire ? Un sentiment de lassitude, de déception s’empare alors du métrage, puisqu’en se soumettant à une esthétique gothique, piochée ici et là dans l’univers burtonien, cette version abandonne aussi tout effet de surprise, excepté dans ses flashbacks plutôt brillants. Une heure quarante-cinq à attendre que quelque chose se déclenche peut donc paraître long si l’on accroche pas au style exacerbé, extravagant de Christophe Gans, de sa mise en scène hollywoodienne et de la modernité qu’il tente malgré tout d’intégrer dans son récit.

En mettant Léa Seydoux dans le rôle de Belle, Gans tente de montrer une femme aussi coriace que malheureusement soumise à un passage instable entre l’enfance et l’âge adulte. Lorsqu’elle tente vainement de tenir tête à la Bête, se dégage un certain plaisir du film mais le tout reste simplement symbolique à notre époque et Gans ne suit pas cette veine très longtemps avant de repartir à son festin visuel. La Belle et la Bête est un patchwork d’idées de mise en scène, de narration aussi, mais la place laissée au mystère et à l’approche du désir amoureux n’y est jamais intégrante et se délimite à quelques  fragments romantiques face auxquels Gans ne se sent qu’à moitié à l’aise. La scène de danse est trop anecdotique et la première rencontre entre les deux protagonistes, fantasmagorique, n’est qu’un surplus de moyens ajouté au spectacle. Il n’y a malheureusement jamais d’ambiguïté dans l’opposition de ces deux caractères, jamais aucun dépassement à l’univers originel. Il n’y a que deux rôles distincts où la complémentarité entre Léa Seydoux, pourtant radieuse, et Vincent Cassel se fait trouble.

Ajouter à cela le caractère très triste de ses seconds rôles, pour la grande majorité très mal à l’aise dans un film où leur place n’est que très limitée, et la Belle et la Bête apparaît comme le rendez-vous manqué d’un cinéaste avec le cinéma français, après un exode à moitié réussi Outre-Atlantique. Christophe Gans est un amoureux de cinéma de genre, l’influence qu’a un Guillermo del Toro est d’ailleurs touchante tout du long de la pellicule, mais il lui manque encore un talent de conteur pour pouvoir prétendre à devenir un grand artisan du cinéma français. Certes, la Belle et la Bête est peut-être le plus beau film que nous ayons vu, visuellement, depuis très longtemps en France mais il est aussi une harassante débauche de moyens duquel ne découle rien d’autre qu’un grand sentiment de froideur, jamais émouvant mais vainement spectaculaire.2 étoiles

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s