Capitaine Phillips de Paul Greengrass

Capitaine Phillips

Capitaine Phillips, réalisé par Paul Greengrass
Avec Tom Hanks, Barkhad Abdi, Faysal Ahmed et Michael Chernus
Scénario : Billy Ray, d’après le livre de Richard Phillips
Durée : 2h14 / Date de sortie : 20 novembre 2013

On ne fera pas partie de la masse à penser que Paul Greengrass ait remodelé le cinéma d’action mais il est nécessaire de reconnaître que ses films ont une influence toute particulière sur le tournant pris par le genre, néanmoins. Avec la réalisation des deux derniers films de la saga Jason Bourne mais aussi grâce à Vol 93, son meilleur film, Paul Greengrass avait embrassé des thèmes actuels tels que le terrorisme et la position des Etats-Unis avec une approche géo-politique qui rendait le tout très efficace. Mise en scène dynamique, presque pied au plancher, qui lui avait permis d’être reconnu par la profession.

Or, jusqu’à aujourd’hui, l’émotion manquait cruellement au cinéma de l’Anglais, exception faite de Vol 93 qui offrait un final bouleversant et terrible. Capitaine Phillips, porté par Tom Hanks, prend d’ailleurs la même tournure que son film jusqu’alors le plus abouti. L’énergie qui se dégage de son dernier film est celle du désespoir, au moment où toutes les options pensées pour contrer l’adversaire prennent l’eau – sans jeu de mots – et que seul le sacrifice fait office de solution. Dans ce cas, le sacrifice est autant humain que politique. Au travers de son personnage principal, Greengrass offre deux versants de l’Amérique. Le pays puissant, intouchable à partir du moment où elle n’est pas attaquée de l’intérieur mais aussi la facette d’un pays sans cesse tiraillé entre sa survie et une posture de superpuissance.

Le bateau devient le symbole. Le symbole, l’objet d’une mise en scène minimale poussée peu à peu à des retranchements émotionnels maximaux. De sa première partie qui s’étire et une caméra au plus près du réalisme sans en toucher une quelconque virtuosité, Capitaine Phillips opère un tournant radical quand le héros, mis à mal par les pirates, devient prisonnier de sa situation dans un cadre qu’il ne maîtrise plus. A hauteur que le film prend en intensité, terrible dans ses dernières minutes, les langues se délient, tout en ne disant que peu de choses. Chaque mot compte et l’option d’une survie devient aléatoire plus le film avance. C’est un peu comme dans le Gravity d’Alfonso Cuaron. On a l’impression qu’un élément des plus infimes peut faire à jamais bousculer la machine.

De ce fait, la mise en scène de Greengrass est d’une efficacité sidérante, puisque la mise en perspective des problèmes est large, ne se limitant pas à un regard anti-américaniste ou, tout au contraire, à une parole biaisée contre ces pirates somaliens. Comme à l’accoutumée, on est jamais loin de l’incident diplomatique avec le cinéaste britannique, en embrassant à une culture parfois sujette à des clichés. Force est de constater que Greengrass a gagné en précision ce qu’il a perdu en répliques inutiles. Le travail sur le scénario de Billy Ray, allié au montage de Christopher Rouse et à la partition de Henry Jackman, rend indéniablement le film plus puissant et amplifie le sens aussi pour une dernière image foudroyante, symbole que le cinéma américain s’établit désormais à développer de l’homme face à des évènements dont il est désormais l’acteur en termes de ces effets. Kathryn Bigelow l’a fait dans Zero Dark Thirty en filmant une Jessica Chastain affrontant le fait accompli, une vie consacrée à une traque et désormais dénuée de tout sens. C’est ici la même idée dans ce Capitaine Phillips. La relation entre les personnages de Tom Hanks et de Barkhad Abdi est ici aussi forte car elle est basée sur une idée de distance, d’appréhension animale.

Il ne sera sans doute pas facile pour tout le monde de suivre le rythme dantesque construit par le film de Paul Greengrass, Captain Phillips demeure cependant un objet maîtrisé de bout en bout, sans contre-sens et sans véritable faute de goût. Le réalisateur filme les évènements tels qu’ils sont, avec animosité et virtuosité. Vol 93 restera sans doute à jamais son chef d’œuvre personnel, celui par lequel il parvenait à faire passer le plus de puissance, mais ce Capitaine Phillips marque cependant une évolution marquée dans son cinéma avec une élaboration désormais sous-jacente de ses enjeux et des relations entre les personnages. Du très bel ouvrage qui confirme que Greengrass est capable de se renouveler sans pour autant entreprendre un virage radical.4 étoiles

LE BLU-RAY

Un Blu-ray de grande qualité. Sony continue d’offrir la même qualité en termes d’image et de son. La piste audio DTS-HD Master Audio 5.1 suffit largement et l’ambiance est parfaitement bien retranscrite. L’image est quant à elle impeccable. Du côté des bonus, nous retiendrons le large making-of de près d’une heure, très intéressant. Un très beau Blu-ray donc.

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