Her de Spike Jonze

HerHer, écrit et réalisé par Spike Jonze
Avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams et Rooney Mara
Durée : 2h08 / Date de sortie : 19 mars 2014

La proposition de Her est simple. Celle, vue et revue, d’une histoire d’amour impossible. Or, l’univers de Spike Jonze a souvent montré que le costume derrière lequel le postulat de ses films peut se cacher n’est qu’un leurre à un film tout autre. De Dans la peau de John Malkovich au grandiose Max et les maximonstres, Her vient regrouper les atouts de sa filmographie pour un film-monde, au propos universel et à l’empreinte visuelle époustouflante.

Derrière le caractère souvent malsain de la relation mise en images, c’est pourtant une mise en scène pleine d’amplitude et de légèreté qui vient emmener le propos, tout en conservant les mêmes interrogations par rapport à l’histoire d’amour. Quelle fonction épouse Theodore ? L’idée de l’Amour ou l’idéal d’un amour ? C’est la principale question du film de Jonze. Car Her est avant tout un film porté sur le contact, où chaque mot fait sens. C’est d’ailleurs cette autre idée d’une mise en scène bâtie autour d’implicites et de sous-entendus qui rend l’appréciation de Her totale. Spike Jonze surprend dans chacun de ses plans et finit pas supprimer tous les doutes concernant la possible distance du spectateur face au métrage. Her est une romance exceptionnelle car elle fait oublier la barrière qui sépare les deux protagonistes. Il y a une telle audace et une telle fluidité dans le geste que le film éblouit pendant deux heures, celles d’un amour naissant qui vogue vers les rives du voyage initiatique.

La découverte de l’amour, d’un savoir, pour Elle, une sorte de renaissance pour Lui, Her embrasse tous les genres à la fois : de la science-fiction qui vire à la dystopie, de la romance au drame intimiste. Les thèmes abordés par Spike Jonze sont traités avec nuance et son travail avec le chef opérateur Hoyt Van Hoytema – à l’origine de la grisonnante photo de la Taupe – accentue la douceur de sa mise en scène, merveille chromatique où désir et mélancolie sont parfaitement joints, tout en mettant en exergue les menaces qui planent constamment au-dessus de chacune de ses têtes. Le dernier regard vers l’avant de deux âmes comme abandonnées, découvrant le monde sans leurs repères technologiques, évoque autant notre époque que l’avenir du monde avec le développement et la place prépondérante que la technologie prend dans nos coeurs. Ici, les jeux vidéos sont aliénés par la violence et la vulgarité. Malgré le mystère qui l’entoure constamment, le personnage qui avance dans ce jeu vidéo ressemble à un écho du personnage de Theodore, perdu dans ses propres sentiments, dans la conception d’un désir qu’il ne semble plus manipuler.

La performance sublime de Joaquin Phoenix, qui imprègne la grande majorité des plans, est d’ailleurs d’une complexité et d’une variété incroyables. Souvent seul à l’écran, il parvient à faire exister le personnage de Scarlett Johansson à travers une large palette d’émotions. On vit auprès de lui, au fil de ses joies, ses peines et ses hésitations. Son personnage est sans doute l’un des plus beaux conçus par Spike Jonze, une sorte de transition avec le jeune impulsif que fut Max dans Max et les maximonstres. Mais Her ne serait sans doute rien sans la prestation hors du commun, splendide de Scarlett Johansson qui, tout en n’apparaissant jamais à l’écran, parvient à faire passer des émotions propres et une aura qui en fait un personnage à part dans le cinéma moderne. Souvent critiquée pour la banalité de ses performances, le personnage qu’elle porte est un véritable modèle de cinéma, qui rappelle l’importance des dialogues dans l’élaboration narrative et émotionnelle. Chaque ligne de dialogue écrite par Jonze met à l’honneur de vastes questions et c’est ce qui fait tout le brio de ce film.

Her ressemble à un miracle de cinéma à chaque instant de sa vie à l’écran. Ses seconds rôles ne sont pas non plus mis à l’écart comme le bouleversant personnage joué par Amy Adams, créatrice incomprise et élaboratrice de jeux vidéos dans lequel on peut percevoir un écho au cinéaste. Au cours d’une scène comique, Spike Jonze réussit à mettre en évidence l’autre problème, actuel, face auquel la création est sans cesse confrontée. L’incompréhension de celui qui la voit, quand deux définitions s’opposent. C’est l’autre force de Her. En confrontant les opposés, la virtualité à des sensations propres à l’homme, la machine face à Théodore et des exigences de cinéma, c’est ici un fabuleux manifeste à l’Amour que signe le metteur en scène. Avec Her, Spike Jonze offre au cinéma l’une de ses plus belles histoires d’amour et un choc de cinéma terrible, en mêlant un savoir-faire extraordinaire à des thèmes diamétralement opposés, mais conjointement liés.4 étoiles et demi

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