Les Rencontres d’après minuit de Yann Gonzalez

 
Les rencontres d'après minuitLes Rencontres d’après minuit, écrit et réalisé par Yann Gonzalez
Interdit aux moins de 12 avec avertissement
Avec Kate Moran, Niels Schneider, Nicolas Maury et Eric Cantona
Durée : 1h31 / Date de sortie : 13 novembre en salle – 4 mars en DVD et Blu-ray chez Potemkine

Comment apposer sa patte lorsque la situation du cinéma indépendant français semble plus que jamais galvaudée ? Il y a une certaine persistance d’ailleurs à réanimer une Nouvelle Vague, tandis que le public s’en désintéresse très largement. Puis, il y a les autres, tels que Yann Gonzalez, dont le seul plaisir est avant tout de fournir celui du cinéphile.

Premier long-métrage addictif, Les Rencontres d’après minuit, malgré sa splendeur constante, est un essai singulier et profondément inégal. Entre séquences de rêveries majestueuses et l’importance donnée à ses personnages, Yann Gonzalez a souvent du mal à équilibrer les deux poids sur la balance. Il s’inspire, aspire à de grandes ambitions esthétiques, mais par de nombreuses fois son film manque son coup. Passée une première période dans laquelle les tics d’un cinéma d’auteur qui prend trop souvent la posture, Les Rencontres d’après minuit trouve l’élément qui lui permet de fasciner. Il y a bien sûr, à chaque instant, une maladresse qui vient rappeler l’innocence du geste, mais Yann Gonzalez a le mérite de ne jamais abandonner son sujet. En explorant les thèmes du désir et de l’abandon au travers de chacun de ses personnages, les Rencontres d’après minuit finit par ressembler à une séance de thérapie dans les limbes de l’imaginaire.

L’intelligence de Gonzalez dans le traitement de son sujet est d’ailleurs de montrer que le désir, lorsqu’il est exploré intérieurement, n’offre aucun plaisir. C’est en fermant les yeux, en se laissant emporter par l’univers, que ses personnages parviennent à réaliser l’orgie qu’ils rêvaient. Le film finit par abandonner sa posture, son esthétisme exacerbé, pour être ce qu’il est vraiment. L’œuvre de Yann Gonzalez est avant tout naïve, portée sur un amour éternel entre trois êtres inséparables, rattrapée par la période dans laquelle elle prend place. Le cinéaste dérange autant qu’il fascine, finalement. Derrière l’enveloppe artificielle de son univers, magnifiée par la bande-originale discrète de M83 – le groupe de son frère, Anthony Gonzalez –, la beauté du film réside dans ses personnages, peu à peu déshabillés de leurs costumes et de leurs surnoms, pour laisser place à ce que chacun est véritablement.

L’œuvre aurait pu en tous points être grandiose si l’expérience l’avait forgée. Pour une premier métrage, saluons le risque et l’audace d’un film qui parle tant de cinéma que d’imaginaire et d’amour. L’ultime image, qui met en confrontation le personnage d’Alain Fabien Delon face à ses sentiments, est troublante de justesse. Enrôbée dans sa partition musicale, elle représente en fin de compte l’instant bouleversant du film, celle qui aurait pu servir de leitmotiv émotionnel pour l’intégralité du métrage. Sujet éminemment complexe pour une première oeuvre, Yann Gonzalez suit les traces de son frère, qui a construit musicalement un univers tout entier basé sur le rêve et la magie. Jamais sulfureux, les Rencontres d’après minuit cherche avant tout, à l’instar de Leos Carax, à arpenter le cinéma et ses chemins de travers. Instable aussi, la mise en scène de Gonzalez aurait mérité à gagner en épaisseur narrative et émotionnelle pour toucher au sublime. On se satisfera du résultat, d’un film à la forme davantage terminale qu’initiale. 3 étoiles et demi

LE BLU-RAY

Potemkine offre une fois encore un bien bel objet dans la vidéothèque. Le Blu-ray, vu de l’extérieur, est sublime. Techniquement, il est aussi impeccable, que ça soit en termes d’image que de son. Les bonus sont vastes, bien que parfois très courts. L’introduction de quatre court-métrages de Yann Gonzalez permet de voir les évolutions du cinéaste. Le véritable plus de ce produit reste néanmoins le CD de la bande-originale signée M83 qui est intégré. Très réussi.

Chronique réalisée dans le cadre du DVDTrafic. Vous pourrez retrouver le film sur des listes du site Cinétrafic et dans le classement des meilleurs films de 2014 réalisé par le site. Page Facebook de Potemkine à visiter aussi pour découvrir d’autres films.

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