Captain America : Le Soldat de l’hiver de Joe et Anthony Russo

Captain America 2Captain America : Le Soldat de l’hiver, réalisé par Joe et Anthony Russo
Avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Anthony Mackie et Sebastian Stan
Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely
Durée : 2h16 / Date de sortie : 26 mars 2014

Qu’on se le dise : Marvel a mal vécu sa transition après le succès monstre d’Avengers. Des bénéfices, l’écurie en a fait, prenant l’ascendant définitif sur son concurrent DC Comics, mais c’est aussi un effet de redondance qui a contaminé ses dernières productions. A vouloir enchevêtrer les personnages, à les balader entre les films, c’était l’univers de chacun qui était remis en cause. Tout en y positionnant des réalisateurs chevronnés pour les mettre en scène, Alan Taylor pour Thor 2 ou Shane Black pour Iron Man 3, c’est le cruel manque d’âme et de sérieux qui avaient mis en avant les failles de la production stakhanoviste de Marvel.

Voilà qu’arrive ce deuxième volet des aventures de Captain America, dans un contexte artistique compliqué. Un premier épisode parmi les meilleurs réalisés jusqu’alors par Marvel et un deuxième qui joue dans une toute autre dimension. Avec la mise en scène nerveuse des frères Russo et l’ambiance rugueuse construite autour de la photographie de Trent Opaloch, Captain America est non seulement une grande réussite cinématographique mais aussi une suite à un niveau bien au-delà de ce qui a été fait auparavant par Marvel. La réussite du précédent provenait principalement du décalage qu’opérait Joe Johnston avec toutes les autres productions du géant américain. Derrière son statut de film de transition avant Avengers, Captain America offrait pourtant du spectacle et une certaine nostalgie à l’écran qui rendaient le tout hautement sympathique. Captain America : Le soldat de l’hiver est au contraire un épisode fait pour confirmer les attentes et l’importance surprenante qui s’accroît autour du personnage dans la nouvelle phase post-Avengers de Marvel. Le budget est certes plus élevé, mais c’est aussi un plaisir de cinéma qui s’élève et qui se perfectionne.

En deux heures et quart de métrage, ce nouvel épisode s’impose comme la production la plus sombre et la plus agressive qui ait été produite par la firme. Captain America est une belle réussite car elle ose le mélange des genres, des époques et des tonalités. A l’inverse du désastreux Iron Man 3, le personnage porté par l’imposant Chris Evans gagne en épaisseur pour le bien du scénario. Captain America, longtemps cantonné à la figure naïve, ronflante d’une Amérique conquérante, se trouve désormais au cœur d’une politique gangrénée de l’intérieur, tandis que le S.H.I.E.L.D. implose peu à peu. C’est par ailleurs l’atout et la surprise du film. Derrière la carapace du film d’action magistral, les frères Russo n’hésitent pas à y intégrer enjeux politiques, avec une certaine maladresse par moments, et une émotion bien réelle. Steve Rodgers, malgré son visage d’éternel jeune soldat, reste un personnage cloisonné dans le passé.

Tout en élargissant le cadre et les ambitions, en donnant une teinte plus grisonnante à l’image, le film n’en oublie pas les liens avec son prédécesseur, indispensables dans sa réussite. Il reste une certaine folie dans l’univers, notamment dans sa deuxième partie où la destruction prend le pas sur la narration. L’humour, l’empreinte de Marvel, est de mise, mais plus en retrait malgré tout. C’est d’abord un désir de cinéma actuel et rude qui guide ses créateurs. Le scénario écrit par Christopher Markus et Stephen McFeely en est le garant. Dans tout ce qu’il opère, le film est d’une précision implacable, radical lorsqu’il se réapproprie l’Histoire américaine, tout en restant presque candide, idéaliste dans ses rapports humains. Néanmoins, c’est la maturité constante du film qui étonne, ne s’abandonnant jamais à quelque facilité et s’appliquant constamment à offrir le plaisir du spectateur avant même d’opérer, au final, le lien avec les autres films de la firme.

Chris Evans, toujours charismatique, porte à nouveau avec force le Captain, tandis que Scarlett Johansson et Anthony Mackie viennent apporter un supplément de vivacité, une certaine légèreté. Seule ombre au tableau, cependant, la performance hermétique, quasiment sans âme de Robert Rodford. Il effectue la tâche, demeure la frontière entre passé et présent pour le cinéma, mais on aurait aussi pu en attendre plus. Retenons simplement le symbole d’un acteur qui, par le passé, fit les grandes heures d’un cinéma passionné et engagé.

Captain America : le Soldat de l’Hiver reste un film sans doute imparfait, mais il réalise avec une élégance et une puissance impressionnantes son devoir de blockbuster. L’apport évident du chef opérateur Trent Opaloch, à qui l’on devait la photo des deux films de Neill Blomkamp (District 9 et Elysium), est le symbole de cette production nerveuse, jouissive de bout en bout, qui garde son identité narrative pour mieux s’éloigner de ses modèles. Paradoxalement, le film des frères Russo est un thriller paranoïaque sur la perte identitaire, avant d’être un film de super-héros. Le plus efficace depuis Mission Impossible : Protocole Fantôme.4 étoiles

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