Tom à la ferme de Xavier Dolan

Tom à la fermeTom à la ferme, écrit et réalisé par Xavier Dolan
Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy et Evelyne Brochu
D’après la pièce de Michel Marc Bouchard
Durée : 1h42 / Date de sortie : 16 avril 2014

Après quatre films, Xavier Dolan laisse toujours ce sentiment de manque immédiat à la sortie de la salle. Or, avec Tom à la ferme, le manque a changé de forme. Fini l’esthétique hypnotique, ses ralentis et une hystérie généralisée. La transition brillante qu’il réalisait avec Laurence Anyways, premier film dans lequel il ne jouait pas, présentait les nouveaux enjeux de son cinéma. L’engagement quant à ses thèmes de prédilection, l’amour et la haine, est semblable mais Xavier Dolan a su passer un cap, gagner un peu plus en maturité, si cela était encore possible. A 25 ans seulement, Tom à la ferme fait donc office de nouveau tournant dans la carrière du réalisateur. Un métrage extrêmement maîtrisé, déshabillé d’effets de style rébarbatifs à un public plus large, et nourri de références en tout genre. On a cité Hitchcock, soit. Dolan ne semble cependant pas vouloir s’essayer dans un genre unique. Comme à l’accoutumée, il est un cinéaste transgenre qui essaye les robes de cinéma selon sa guise, et Tom à la ferme va du thriller psychologique, à la romance désavouée tout en passant au cinéma d’horreur.

Nouveauté chez le jeune cinéaste pourtant, au travers d’un jeu de cadres qui symbolise tous les enjeux du film. En passant d’un format carré au Cinémascope pour les scènes «importantes» où tout bascule alors dans ce triangle amoureux, profondément malsain mais aussi particulièrement fort, Dolan finit par faire de son film une sorte de mélange de toutes ses influences passées. Et de ce fait, Tom à la ferme sent le réchauffé à plusieurs niveaux. Lorsqu’on a suivi la carrière du jeune Québécois de long en large, comment peut-on trouver un plaisir semblable à la découverte du cinéaste ? C’est la question que pose aussi Tom à la ferme, celle de la pérennité. En citant la structure narrative de Hitchcock, la sensualité de de Palma et l’angoisse du cinéma d’horreur des années 70, Tom à la ferme est en sorte le prototype d’un nouveau cinéma exigeant pour Dolan, dont les influences semblent désormais majeures dans la composition du cadre.

Si le plaisir du film n’est donc pas total, le contraste avec sa carrière est radical, total. Le cinéaste a appris à mieux puiser pour forger une identité cinématographique et cinéphilique. L’enthousiasme du réalisateur, par le passé, lui poussait à tout montrer, tout sublimer pour mieux faire comprendre les symboles de sa mise en scène. Tom à la ferme ne dévoile rien à son spectateur de par ses ellipses, lui demande de résoudre le puzzle narratif et de se placer au cœur de l’action. Mais le film évolue sans cesse, perturbe par la diversité de ses situations (de l’angoisse au rire, caché derrière la partition musicale terrible de Gabriel Yared) et c’est là où Dolan s’efface pour mieux retrouver l’essence même de son cinéma. N’étant plus simplement dans un lyrisme grandiose, et tel ce personnage, ce cinéaste piégé dans son propre récit, qui s’endort sur la table dans la première séquence du film, le réalisateur québécois a fait le choix de mettre en exergue son référentiel pour en retirer quelque chose d’étonnamment personnel, de fusionnel qui transparaît chez chacun des personnages.

Le rapport entre les personnages se fait peu à peu aussi sexué que malsain. Entre Tom et ce beau-frère homophobe, les lignes politiques et sexuelles qui les séparaient finissent par se réduire, à l’instar des genres que le film embrasse. Triangle amoureux et des genres, il faut attendre l’arrivée d’un personnage inattendu, figure presque christique de la femme dilettante et érotique, pour que Tom à la ferme affiche finalement son statut de film-somme. Quatre personnages qui représente chacun un film de l’auteur : la mère de J’ai tué ma mère, qui laisse échapper son fils, la femme (interprétée par la superbe Evelyne Brochu) des Amours Imaginaires, le Dolan extravagant de Laurence Anyways et la nouvelle figure animale, primitive jouée par Pierre-Yves Cardinal. Les frontières comme les visages s’effacent et se répètent au fil des films pour le cinéaste.

Tom à la ferme, envie féroce et maladive d’un cinéma de la réunion des genres, continue de souligner l’infini talent de Xavier Dolan à tisser des images marquantes chez le spectateur. Bien qu’imparfait narrativement, une expérience de conteur d’histoires qui reste à s’améliorer, le Québécois reste un cinéaste à part dans le paysage cinématographique d’aujourd’hui. Constamment là où on ne l’attend pas, Xavier Dolan signe avec ce nouvel exercice un film animal et savamment malsain. Seul le manque de l’imagerie tapageuse créée par son auteur se fait ressentir dans ce quatuor ultra-violent et superbement composé. A deux doigts d’être la nouvelle pièce majeure du prodige québécois.3 étoiles et demi

Une réflexion sur “Tom à la ferme de Xavier Dolan

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