Godzilla de Gareth Edwards

GODZILLAGodzilla, réalisé par Gareth Edwards
Avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston, Ken Watanabe et Elizabeth Olsen
Scénario : David S. Goyer, Max Borenstein, Dave Callaham, Drew Pearce et Frank Darabont
Durée : 2h03 / Date de sortie : 14 mai 2014

La folie médiatique qui avait envahi les premières images de Godzilla sur le net laissait déjà présager la chose. Un de ces phénomènes de plus en plus rapproché dans le cinéma d’aujourd’hui où le sentiment laissé par les quelques fragments dispersés dépasse souvent celui laissé par le film en lui-même. Gareth Edwards, auteur remarqué pour le remarquable et élégiaque Monsters, revisite pour son deuxième film une œuvre sans doute trop grande pour ses frêles épaules. Sans avoir même pris le temps de poser les bases d’un univers propre à son cinéma du silence, Godzilla apparaît comme un film aussi brillant visuellement que totalement inabouti dans le fond. Aux antipodes du récent Pacific Rim, preuve alors d’un amour retrouvé pour les kaijus outre-Atlantique, c’est face à un film problématique que se retrouve le spectateur, un échec artistique à demi-avoué pour son jeune auteur.

Les premières minutes, extrêmement intenses, ne laissaient pourtant pas imaginer le brouillard qui allait s’abattre sur l’œuvre. Confiant en sa force, oubliant presque la pression du projet qui pesait sur ses épaules, Gareth Edwards multiplie références et époques, de Spielberg à Nolan. Deux versants de cinéma qui, bien que littéralement opposés dans leur perception de l’Humain, ont réussi à trouver un lien pendant une grande partie du film. Godzilla détonne alors, par l’impressionnante précision de ses plans, la folle beauté même de certains et la puissance émotionnelle dont il commence alors à construire les bases. Pourtant, derrière la variété des thèmes qu’il souhaite bâtir tout au long (des relations père-fils à la réécriture de l’Histoire japonaise et de la Seconde Guerre mondiale), Gareth Edwards finit par confondre de nombreuses éléments. Entre un vœu de garder l’identité de son premier métrage, des plans silencieux à la symbolique terrible, et des exigences de blockbuster symbolisées par la partition assourdissante mais inspirée d’Alexandre Desplat, Godzilla perd peu à peu en force et plaisir.

Ce que parvenait à faire Guillermo del Toro dans Pacific Rim était d’inscrire son amour pour les monstres dans une logique de grand spectacle, accessible à tous. Tout en parvenant à y ajouter de nombreuses références, le film était un modèle de construction, usant des décors comme d’une valeur ajoutée aux combats que del Toro chorégraphiait tout du long. Spectacle dantesque, majestueux, où le rapport entre la machine et l’Homme, le spectateur à l’œuvre, était total. Edwards, à mesure que son film avance et que l’intrigue doit tendre à plus, choisit pourtant de s’étendre lentement, quitte à ne jamais répondre aux critères auxquels le film devait répondre. Godzilla devient maladroit, voire gênant, en basculant constamment entre les décors et les personnages, surtout quand ses acteurs n’y font que figuration. Le héros est finalement à l’image du film : un monstre gigantesque que l’on attend perpétuellement, capable de nous faire frissonner à de rares instants et de nous laisser de marbre à d’autres.

Le capharnaüm provoqué par l’intervention de cinq scénaristes, dont David S. Goyer, partenaire de Christopher Nolan, symbolise à lui seul le manque d’identité qui découle de ce Godzilla. L’époque dans laquelle le film de Gareth Edwards prend place, où la logique du divertissement prend clairement le dessus sur des ambitions narratives complexifiées, ne semble pas coïncider avec ce que le cinéaste recherche. Si l’amour du genre, du monstre est présent à chaque image du film, la déception finale provoquée par le blockbuster dans son entièreté n’est finalement que logique vu l’expérience du cinéaste. De la confiance des premiers instants à cet aveu d’abandon que laisse derrière lui le film, Gareth Edwards semble ne jamais avoir trouvé le fil narratif qui lui permettrait de déployer sa structure polymorphe.

Souvent semblable à un tableau dans la construction de ses scènes, à l’image de sa sublime plongée de parachute, immersive comme jamais, Gareth Edwards fait briller par touches son talent inexploité à marquer l’imaginaire du spectateur. Sans jamais fasciner, notamment à cause de l’utilisation calamiteuse de la 3D, Godzilla est forcément une déception amère pour ceux qui ont vus en Pacific Rim une porte ouverte vers de prometteuses réécritures de la culture kaiju au cinéma. Soixante ans après, trente et un films plus tard, Ishiro Honda reste le maître incontesté de son monstre légendaire.1 étoile et demi

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