X-Men : Days of Future Past de Bryan Singer

X-Men Days of Future PastX-Men : Days of Future Past, réalisé par Bryan Singer
Avec Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender et Jennifer Lawrence
Scénario : Simon Kinberg et Matthew Vaughn
Durée : 2h12 / Date de sortie : 21 mai 2014

D’échec en échec, la deuxième partie de la carrière de Bryan Singer n’a pas résulté à ce que beaucoup avaient annoncé. Ecrasé par la critique pour Superman Returns et Jack et le chasseur de géants, seul Walkyrie, épopée historique modeste mais touchante en pleine Seconde Guerre mondiale, nous avait laissés penser que le cinéaste n’était peut-être pas au point mort. Son retour aux manettes de X-Men, onze ans après avoir quitté le navire avec X-Men 2, veut dire énormément de choses. En premier lieu, on peut s’en réjouir, puisqu’il avait été l’un des bâtisseurs du cinéma de super-héros au moment de son âge d’or au milieu des années 2000 avec Sam Raimi. Mais aussi, dans un constat plus sombre, que ce retour s’attache à la réalité du film. Dans un monde dévasté par la guerre entre les mutants et les Sentinelles, chargées de les faire disparaître de la Terre, X-Men : Days of Future Past ressemble à un film imprégné par l’amertume de son cinéaste.

On y retrouve les éléments des premiers films : le générique culte, presque intemporel, qui annonce le grand spectacle, les héros de la première trilogie, qui vont laisser place aux nouveaux, plus iconiques, et au milieu, ce que le film s’efforce à appeler le Survivant, Hugh Jackman. Parmi tous les acteurs à avoir survécu de la première vague, il est sans doute le seul à avoir su garder la tête au-dessus de l’eau, à ne pas s’être empêtré dans des choix trop risqués. Au cœur du processus créatif de Bryan Singer, les références s’enchevêtrent sans trop de problème. Film de l’immédiateté, dans lequel l’action ne fait qu’appeler l’action, le cinéaste le construit comme une longue course-poursuite. D’abord amusé par ce grand retour, Bryan Singer affine rapidement le trait de ses personnages. Le temps des retrouvailles avec les anciens acteurs ne dure que peu de temps, le moment d’une scène de combat très forte mais sans trop d’impact sur le reste du film, au final. Constructeur de récit hors pair, plus que simple conteur, il procure au film une touche que peu de films labellisés Marvel ont encore aujourd’hui : l’amour du travail bien fait.

Structure narrative labyrinthique, grand tour de manège visuel où la folie de l’action supplante l’émotion, X-Men : Days of Future Past est un écho à un cinéma d’avant et d’aujourd’hui. Parvenant constamment à s’échapper d’un capharnaüm, où la multitude des intrigues pourrait finir par lasser le spectateur, la rythmique et l’efficacité de l’action sont au cœur de la construction du film. Les questions internes qui parsèment le film, le handicap de Charles Xavier par exemple, obtiennent rapidement des réponses et le point d’équilibre entre les deux époques qui décomposent le film est total. De ce fait, le film de Singer est virtuose, à l’image de tout ce qu’il avait produit auparavant avec les X-Men. Avec une utilisation savante de la caméra numérique, ce nouveau volet se permet quelques moments de liberté, s’extirpant de son devoir de blockbuster. Les séquences avec Vif-Argent, planantes, en sont le symbole.

Alors qu’on croyait que le film de Matthew Vaughn, X-Men : le commencement, avait pour but de reconstruire les bases de la saga, voilà que Bryan Singer les détruit à nouveau. Sans doute prêt à réassurer son rôle de bâtisseur pour la saga, il recrée la saga à son image. Sombre et quasiment désespérée, elle est le résumé d’une carrière façonnée par touches, entre un statut de jeune prodige apparu avec Usual Suspects et de yes-man pour Hollywood avec Jack et le chasseur de géants. Ce qui ne paraissait pas justifié, ou justifiable, avec la réécriture de Spiderman ordonnée par Sony, Bryan Singer parvient à structurer savamment à partir d’une petite histoire annexe du comics un film à grand spectacle, nuancé et plein de sens. Sans jamais être dans l’excès, dans un sensationnalisme inutile à la progression des intrigues, chacune de ses séquences d’action réalise sa tâche avec efficacité.

De ce divertissement miraculeux narrativement et visuellement, il manque cependant un supplément d’âme qui aurait pu faire basculer le tout dans une toute autre stratosphère, prétendre à s’élever au niveau du chef d’œuvre absolu du genre, Spiderman 2. N’ayant jamais véritablement su gérer l’émotion au cœur des relations entre chaque personnage, le scénario écrit par Matthew Vaughn et Simon Kinberg a beau essayer de la créer au fil du récit, seule la noirceur qui se dégage naturellement de la mise en scène de Bryan Singer n’arrive à avoir un effet sur le spectateur. La quête identitaire et la fragmentation du groupe de super-héros qui est encore celle des personnages auraient pu enfoncer le clou. A l’instar du récent Hobbit de Peter Jackson où l’odyssée était aussi spectaculaire que touchante.

Spectacle brillant et hypnotisant au demeurant, porté par une direction d’acteurs impeccable, mais qui ne parvient pas à reconstituer le choc de son prédécesseur, X-Men : Days of Future Past est tant époustouflant qu’imparfait dans sa linéarité et son clair manque d’enjeux émotionnels. Son final, palpitant, est en tout cas la promesse d’une saga à nouveau remise sur les rails et bien partie pour redorer le blason de la firme avec l’expédition sauvage de Captain America.3 étoiles et demi

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