Maps to the stars de David Cronenberg

Maps to the starsMaps to the stars, réalisé par David Cronenberg
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, Olivia Williams et Sarah Gardon
Scénario : Bruce Wagner
Durée : 1h51 / Date de sortie : 21 mai 2014

On a entendu ci et là que Maps to the stars était un film grotesque. Mais pas dans le sens où nous l’entendons. Cronenberg est un cinéaste qui se radicalise et qui change de cible très facilement dans chacun de ses films. Après une certaine accalmie, il faut attaquer à nouveau le mythe hollywoodien pour le cinéma américain. The Canyons l’avait pourtant prouvé, il n’est pas bon de s’en prendre à un empire qui ne veut plus de l’auteur qui s’y attaque. Maps to the stars ressemble de ce fait à son auteur, un grincheux cinéaste dont la marginalité n’a d’égal que la vacuité de son propos.

Rien de nouveau pour Cronenberg, hormis les divines présences de Julianne Moore et de Mia Wasikowska, les deux pendants d’un Hollywood qui recrache ses actrices après un court succès. Ces deux-là font du bien au cinéma indépendant. Et ce malgré des choix de carrière très discutables pour chacune d’entre elles (Tout va bien ! The Kids Are All Right, Don Jon ou Albert Nobbs). Cependant, le réalisateur, que beaucoup qualifient encore de génie aujourd’hui, ne s’impliquent plus autant dans la forme qu’auparavant. Maps to the stars est un film dépouillé, écrit comme un Bret Easton Ellis où le clinquant est désespoir et la célébrité utile qu’à ceux qui savent s’en servir. Cronenberg peine à sonner la décharge qu’il espère faire éclater dans le tout Hollywood. Maps to the stars manque de souffle bien qu’il souhaite dire beaucoup de choses, critiquer à tout va des comportements, des obscénités que l’on semble déjà connaître, avoir vu auparavant. De ce fait, le film ennuie assez rapidement, après un premier quart agréable et maîtrisé. Les démons de ces stars sont intérieurs, encore montrés sous la caméra de Cronenberg au travers des regards et des visages trop propres. Puis, quand intervient finalement le visage surnaturel du cinéaste canadien, tout semble sonner faux, à l’image d’une scène de carbonisation où les effets spéciaux prennent place et des séquences inégales où les fantômes de chacun ressuscitent.

Maps to the stars est un film marginal, dont l’empreinte indé a pris le dessus sur le propos du réalisateur. Cronenberg, avec Cosmopolis, se veut aujourd’hui être cinéaste du temps, de l’actualité. Mais, tous les moyens qui auraient pu étoffer son discours, la place prépondérante des médias et la surmédicalisation du vide avec les reality shows, ne sont jamais véritablement mis en avant, sauf lorsque la triste série B qui se met en place prend forme. Dans une logique narrative, Maps to the stars finit par oublier ce qu’il racontait à l’origine. Le mélange des thèmes, en se mêlant au bizarre avec les rapports incestueux, ne prend pas. Englouti par son sujet, la performance de son interprète principale, Julianne Moore, et par la diversité des tons qu’il doit adopter, David Cronenberg crée peu à peu la lassitude. Ni formellement, ni dans sa narration, il ne bouscule quoi que ce soit.

Le brûlot ultra-subversif qu’entendait offrir le Canadien à son public n’est finalement qu’un trompe-l’œil, sans densité ni ampleur pour la soulever, à l’instar de ses vedettes venues pour n’y faire que figuration. Cynique et dépressif, Maps to the stars est un essai cinématographique peu intéressant, qui cite à tout va des artistes sans jamais savoir qu’en faire véritablement. Étrangement même, le film se trouve dans une position d’anachronisme alors que son principal souhait était d’offrir un portrait actuel du tout Hollywood. Filmer Hollywood n’est aujourd’hui, semble-t-il, qu’une histoire de rancœur entre les cinéastes et le système. David Cronenberg est un réalisateur mélancolique, épuisé et ses films, dont A Dangerous Method, soulignent aussi le fait – malheureux – qu’il paraît dépassé par une époque où le monde, du cinéma notamment, n’attend plus ses pères fondateurs pour avancer.1 étoile et demi

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