A Touch of Sin de Jia Zhang-Ke

A touch of sinA Touch of Sin, écrit et réalisé par Jia Zhang-Ke
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Wu Jiang, Wang Biaoqiang, Zhao Tao et Luo Lanshan
Durée : 2h10 / Date de sortie : 3 juin 2014 chez Potemkine
Merci à eux de nous avoir fait partager le film.

Bien que l’exploitation du cinéma chinois dans nos contrées soit extrêmement limitée, Cannes et la place qui est accordée à Jia Zhang-Ke prend une importance croissante. Logique, vu l’extrême modernité de son cinéma et le caractère particulièrement politisé de chacun de ses métrages. Le cinéaste est un de ceux qui plaît au grand nombre de par la manière dont il filme, illustre les évolutions de son Etat. Derrière sa posture de film choral, A Touch of Sin apparaît comme un film coriace, amer et peu commode avec les dirigeants de sa nation. Jia Zhang-Ke ouvre son film tel un western. Un scène de gunfight au milieu d’une route, simple et efficace, qui annonce en premier lieu le choix audacieux du réalisateur de tourner le film en numérique. Cela sera sans doute l’une des seules grandes séquences mouvementées de tout le métrage. Car, avant tout, A Touch of Sin est un dialogue indirect entre un cinéaste et le cinéma, capable de construire autour d’un message fort le meilleur et le moins bon d’un cinéma extrêmement ambitieux.

Si le premier segment est frappant quant à l’amertume de Jia Zhang-Ke, il est dur par la suite de se passionner pour un sujet qui n’est frappé par aucune autre véritable étincelle de mise en scène. Documentaire avant d’être moderne, la caméra du Chinois est accusatrice. Sans tomber dans le piège de l’accusation facile, caricaturale dans sa perception de la lutte des classes, le film s’imprègne de chacun de la personnalité des principaux protagonistes. En découle de ce fait un film éclaté entre ses quatre segments, inégaux pour la plupart dans leur effet. Le lien entre les différents pêchés, l’avarice, la luxure et l’orgueil, est évident mais il manque indéniablement d’énergie à un propos qui se veut tant puissant que critique. Le western social promis a lieu, mais pas sous les hospices attendues. On peut difficilement décrire l’œuvre comme subversive, tant elle ne s’attache qu’à dénoncer les inégalités de son pays, bien que cela s’avère une tâche particulièrement difficile pour son auteur.

Il manque bien évidemment de la vitesse au film, peut-être du panache à l’ouvrage, qui aurait pu en faire une œuvre forte, entière. Cependant, l’exploration de différents genres du cinéma de genre est totale, entreprise avec respect, puis utilisée tel un matériau pour une exploration sociale. A Touch of Sin est une œuvre désemparée, criante de désespoir, matérialisant les différentes formes de violence en Chine, morales et physiques. La soudaine transformation d’une femme en une meurtrière dans un des segments en est le symbole. Pourtant, il n’intervient que tard dans le métrage, comme si Jia Zhang-Ke s’accoutumait de cette lenteur pour créer l’impatience chez le spectateur. Cela marche : l’expectative imprègne cette œuvre alarmante, mais à quel point marche-t-elle réellement sur l’esprit du spectateur ? Dur à dire, tant l’équilibre est instable pendant ses deux heures, où l’on passe d’un plaisir de visionnage à l’agacement, de l’émotion à un rire très noir.

A Touch of Sin est un film fort, intelligemment construit en actes divisés, mais aussi éreintant pour le spectateur. Établissant le lien entre les segments autour duquel le film tourne continuellement, c’est-à-dire la démonstration par quatre d’une nouvelle puissance capitaliste gangrénée par ses inégalités, Jia Zhang-Ke bâtit une structure ambitieuse, à défaut d’être inoubliable. C’est le principal défaut de A Touch of Sin : de ne laisser qu’un goût amer après de premières images qui auraient pu écraser le cinéma mondial de sa splendeur et formuler une critique universelle, plus puissante que n’importe quelle œuvre artistique ou essai, d’un pays à la dérive. Un chef d’œuvre contrarié.

2 étoiles et demi

Le Blu-ray

Copie admirable rendue par Potemkine. Le film bénéficie d’une transposition sur le Blu-ray qui vaut le coup d’œil. Le son est équilibré et l’image semble intacte, sans jamais faiblir à aucun moment. Du côté des bonus, on ne peut cependant pas dire que ça soit impeccable. Le tout est honorable, mais sans grande surprise. On y retrouve un entretien avec le cinéaste et un documentaire sur le contexte économique du film d’une quinzaine de minutes. Un Blu-ray sans grande faiblesse, digne de tout ce que Potemkine a fait auparavant.

Une réflexion sur “A Touch of Sin de Jia Zhang-Ke

  1. Plutôt d’accord : c’est un film extrêmement lent, qui a peut-être beaucoup de choses à dire, mais le fait de façon ennuyante et maladroite (problème de coordination, de ciment entre les quatre segments).

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