Edge of Tomorrow de Doug Liman

Edge of TomorrowEdge of Tomorrow, réalisé par Doug Liman
Avec Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton et Brendan Gleeson
Scénario : Christopher McQuarrie, Jez Butterworth et John-Henry Butterworth
Durée : 1H53 / Date de sortie : 4 juin 2014

Même lorsqu’il intègre des projets, à première vue, loin d’être passionnants et que le résultat s’avère inégal (son dernier film, Oblivion, en est l’exemple même), on a la sensation que Tom Cruise a fait le boulot, avec la manière. En super-héros moderne du cinéma, il revisite, film après film, l’incarnation du héros américain. De Mission Impossible : Protocole Fantôme, en passant par Jack Reacher, il se fait garant d’un personnage constant, presque commun dans cette nouvelle filmographie du cinéma d’action qui est la sienne, celui du héros confiant à qui l’on enlève tout. Il l’incarnait brillamment car il était entouré de cinéastes (Brad Bird, Christopher McQuarrie par exemple, qui est au scénario de ce nouveau film) qui savaient jouer avec la mythologie que l’acteur tente de construire au fil des films. Edge of Tomorrow reprend cette même base, là où elle s’était arrêtée avec le film de Joseph Kosinski. Sauf que Doug Liman la radicalise, faisant de Tom Cruise l’Invincible un déserteur, un bureaucrate de la guerre que l’on envoie sur le terrain, au coeur de la bataille. L’intelligence même de ce Edge of Tomorrow est de permettre à Tom Cruise de changer constamment de registre, d’épaissir un jeu que certains qualifient souvent de monotone, sans génie.

En une séquence de bataille, la construction de son récit est logique, fluide, calculée à l’avance sans pour autant être ennuyeuse. Les points de vue changent, les mouvements de caméra aussi et le ton, d’abord terrible de violence, prend des tournures burlesques au fil du temps. On se dit alors qu’avec Edge of Tomorrow, et après dix premières minutes un peu effrayantes pour la suite du récit, on vient de tomber sur le grand spectacle d’un été 2014 qui s’annonce sans grande surprise.

Doug Liman, cinéaste insipide au demeurant, parvient à maintenir pendant une grande partie son métrage bien au-dessus du flot de blockbusters alors sortis cette année sans rendre son montage brillantissime ou étincelant d’originalité étant donné le nombre de références dans lesquels il va constamment piocher. Le film est jouissif, tout simplement. Entre l’écriture de son personnage principal et la drôlerie qui s’en dégage, il se crée une osmose avec le spectateur. Pourtant jamais immersif, Edge of Tomorrow semble alors avoir fait le plus dur, c’est-à dire trouver le point d’équilibre du grand spectacle. Celui d’un film capable de faire taire une salle entière, la faire rire, l’étonner parfois, mais aussi, et malheureusement, qui ne cherche jamais trop à la bousculer. Les premiers éclats de violence graphique du métrage perdent peu à peu en éclat avec le développement du récit.

Le tout s’assagit très vite même. Une cassure réelle dans un seul et même film qui rend le tout déboussolant. Tom Cruise signe une performance très vaste, digne de l’acteur flamboyant qu’il est aujourd’hui, mais c’est bien dans la mise en scène que Doug Liman n’arrive pas à provoquer une seconde étincelle. Il reste constamment caché derrière un flot de références diverses et variées, allant d’un Jour sans fin de Harold Ramis au récent Pacific Rim de Guillermo del Toro. Il manque, en fin de compte, une identité visuelle ou narrative à l’ensemble, un réel cinéaste qui serait capable de surprendre une mécanique trop bien huilée. Depuis longtemps, Doug Liman n’est plus le cinéaste que certains avaient découvert au moment de la Mémoire dans la peau. Ses films sont divertissants, à défaut d’être mémorables, vidés de sous-texte, d’un propos qui ne serait pas simplement retranscrit de par le scénario. Seul l’acteur qui est en tête d’affiche parvient à rendre ses métrages plus commodes, et dans ce cas c’est Tom Cruise qui apporte une petite force au film. Edge of Tomorrow n’est donc pas une révolution dans le procédé narratif du réalisateur. Il est un spectacle estival, rafraîchissant sans être iconoclaste.

Derrière le flot d’images ininterrompu et le fracas de la guerre, difficile de retrouver ce qui faisait pourtant la folie des œuvres précédemment citées. La photographie de Dion Beebe est léchée, jusqu’à ce dernier quart où le film redevient cet objet, commun et sans envergure émotionnelle, qu’il était destiné à être depuis le départ. Au-delà du message intéressant, mais objet qu’à de simples gags, que l’Homme n’est qu’un pion que l’on décime sans culpabilité dans cette guerre, Edge of Tomorrow est à l’image de son déconcertant générique de fin, teinté d’une mauvaise chanson pop, dont la présence y est contestable. Un objet entièrement dirigé par les studios, sans identité, dont on ne retient que quelques bribes. Edge of Tomorrow aurait pu être un excellent film, marqué d’un caractère fort, s’il avait été porté par un cinéaste plus passionné par son sujet. Voir au final un tout si décomplexé et si déséquilibré, presque difforme, en fait oublier le plaisir éphémère, malléable qu’il produira chez chacun.2 étoiles et demi

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