Les poings contre les murs de David Mackenzie

Les poings contre les mursLes Poings contre les murs, réalisé par David Mackenzie
Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
Avec Jack O’Connell, Ben Mendelsohn, Rupert Friend et David Ajala
Scénario : Jonathan Asser
Durée : 1h45 / Date de sortie : 4 juin 2014

C’est officiel : David Mackenzie n’a plus du tout envie de rire. Cinéaste jusqu’alors un peu « passe-partout », au service de comédies anecdotiques (Toy Boy en est le parfait exemple), Perfect Sense annonçait déjà l’approche rêche qu’il fait et ferait du cinéma désormais. Avec les Poings contre les murs, Mackenzie s’attaque au genre carcéral, en CinemaScope. Belle surprise d’ailleurs que de voir, en premier lieu, un film qui voit la prison comme un univers à part entière, duquel le spectateur ne sortira jamais et de parvenir à le sublimer. L’extérieur, pour les détenus, n’est d’ailleurs pas une option pour la majorité. Condamnés à perpétuité, les personnages du film luttent pour leur survie dans une asphyxiante hiérarchie des hommes que Mackenzie cherche à analyser tout du long.

Le choix du format anamorphique met en avant les ambitions du cinéaste britannique à faire de son film une expérience sensitive et immersive. Porté par la force du jeune Jack O’Connell, les Poings contre les murs fait le choix de ne pas traiter le quotidien de cette prison anglaise mais bien ce qu’il s’y passe, de ces quelques hommes qui y cherchent une rédemption. Le film, à l’instar de ces personnages, prend le temps de poser son postulat, d’accumuler la violence de chacun des êtres pour l’expulser dans des scènes de violence époustouflantes et terrifiantes. Brillamment mises en scène, elles accumulent avec audace des plans-séquences et un montage fluide qui en font des séquences, jusqu’alors, rarement vus dans des films carcéraux.

N’accumulant jamais les effets de sensationnalisme, la mise en scène de David Mackenzie joue sur l’idée d’une corde que l’on tend à l’infini. Les regards menaçants durent, les scènes de violence verbale peuvent éclater à tout moment. Les Poings contre les murs ne ressemble à rien qu’on n’ait vu auparavant, dans le genre. Ne se servant jamais de thématiques politiques ou sociales, à l’instar des quelques films du genre sortis récemment (les magnifiques Dog Pound de Kim Chapiron et Un Prophète de Jean-Jacques Audiard), le film de Mackenzie joue la carte d’un plaisir à demi-avoué. On y expie nos pulsions de violence, on rigole inconsciemment un peu de l’outrance de certaines scènes, à la manière du chef d’œuvre du genre, Bronson de Nicolas Winding Refn. La prison est ici un théâtre dans lequel chacun y cherche sa place, le rôle qu’on souhaite interpréter mais surtout qui l’on est véritablement. Malgré la noirceur habituelle des films de prison, David Mackenzie privilégie la lumière dans ce décor qui résonne comme dans une église. Les lumières, braquées sur chacun comme sur une scène, symbolisent la construction à la fois très maîtrisée et sauvage du film. Les plans sont millimétrés mais Mackenzie semble aussi prendre grand plaisir à filmer des situations qui dérivent, pour manier différentes thématiques dans un seul et même plan. On y parle des parents, de désirs et d’une animosité qu’il faut savoir maîtriser. Les discussions entre les protagonistes sont la cure face à une nature qui peut reprendre le dessus.

Acteur animal, intraitable pendant toute la durée du métrage, Jack O’Connell, dans le rôle de Eric Love, crève l’écran. Sa performance est vaste, imprévisible et constamment entre deux registres, entre la violence extrême et une émotion contenue, prête à être expulsée. Heureusement, l’écriture admirable des seconds rôles (Rupert Friend est époustouflant) lui permet aussi de s’exprimer par l’intermédiaire des seconds rôles dont la présence de chacun est primordiale dans la reconstruction de Eric Love. Ben Mendelsohn, définitivement génial dans tous ses rôles, maîtrise aussi sa composition, au travers d’un rôle complexe du père absent. Les Poings contre les murs demeure avant tout un film sur la reconstruction. Rebâtir ce qui est encore possible, filmer des éléments éparses qu’il faut recoller malgré un contexte qui incite à la fragmentation et au silence.

Drame familial à part entière où le manque d’un exemple paternel est à l’origine de toutes les violences, mais aussi film aux frontières du nihilisme, les Poings contre les murs ne suscite que peu de déceptions à la fin de sa projection, hormis une construction narrative basée sur des faux-rythmes qui perturbera. David Mackenzie, cinéaste jusqu’alors discret, est parvenu à créer un souffle inconnu, indescriptible à ces Poings contre les murs qui en fait un film immédiatement marquant dans sa filmographie. Plus fine qu’il n’y paraît, sa carrière semble avoir pris un tournant décisif et dramatique des plus intéressants et une sensibilité qui s’affirme avec un désir de grand cinéma. Dans la nature même des choses, dans un optimisme inattendu, il est même parvenu avec le plus simple des plans, son plus fort, celui d’un portillon qui tourne comme pour souligner l’imprévisible, un avenir dont on ne connaîtra jamais les aboutissants, sans savoir vers ce qu’il mènera véritablement. Pour David Mackenzie, l’avenir semble radieux.4 étoiles

Une réflexion sur “Les poings contre les murs de David Mackenzie

  1. Rebonsoir, je rejoins l’avis favorable sur ce film très très réussi qui ne tombe jamais dans le glauque et la violence. Bonne soirée.

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