Où en est Christian Bale en 2014 ?

Les Brasiers de la colèreToujours très présent sur les écrans, la popularité croissante de Christian Bale à Hollywood n’est plus à contester. Dans deux métrages sortis à quelques jours d’intervalle, Les Brasiers de la colère et American Bluff et tous deux édités chez Metropolitan Export depuis le 15 mai, nous allons voir en quoi l’acteur est devenu une figure importante du cinéma américain.

Les Brasiers de la colère, réalisé par Scott Cooper
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Christian Bale, Woody Harrelson, Casey Affleck et Forest Whitaker
Scénario : Brad Ingelsby et Scott Cooper
Durée : 1h57 / Date de sortie en DVD et Blu-ray : 15 mai 2014 chez Metropolitan Export

Ce sont sans doute les références évidentes à tout un genre du film noir qui, d’entrée, mettent en avant les failles du second métrage de Scott Cooper. Attendu, peut-être trop par certains, le cinéaste américain cherche à évidemment briser la malédiction qui règne chez chaque auteur ou réalisateur. Pouvoir dépasser le flot d’éloges face auquel il s’est retrouvé après la sortie de Crazy Heart, dont chacun a davantage retenu la performance de Jeff Bridges que la mise en scène de Cooper, et confirmer. Au final, dur de conserver quoi que ce soit de ces Brasiers de la colère tant l’ensemble paraît distendu, allongé pour créer une ambiance crépusculaire. Les Brasiers de la colère est un film de maîtrise, dans lequel le cinéaste empile références et bribes d’ambiance sans jamais les mettre au service du récit. Encore une fois, ce sont donc les prestations de deux acteurs géniaux qui triomphent.

Récit purement fraternel, où les scènes de combat symbolisent la lutte animale qui peut opposer deux êtres aux antipodes, les Brasiers de la colère est un film qui ne se vit pas sur l’instant. Il suit un peu le renouveau d’un cinéma abandonné des années 70, engagé par Jeff Nichols notamment, avec un retour à la mise en scène naturaliste, à l’image du cinéma de Sam Peckinpah ou de Cimino. Le film parle d’ailleurs de guerre comme chez ce dernier, mais ne fait qu’effleurer son sujet. C’est le défaut majeur des Brasiers de la colère. Scott Cooper, adoubé par la critique, a tenté de faire clair, d’aller à l’essentiel au travers d’une mise en scène brute, mais ne parvient pas à cacher des ambitions narratives qui sont croissantes. Et qui, donc, ne conviennent pas à son idée de départ d’un cinéma simple, presque simpliste sous l’œil de Cooper.

La nébuleuse chronique américaine, extrêmement sombre, que pourrait être le film apparaît sans cesse comme rappelée à l’ordre par des enjeux narratifs plus communs. Au lieu de cela, les Brasiers de la colère enchaîne les scènettes sans jamais réellement savoir où aller. Si Christian Bale et Casey Affleck sont impériaux, comme à leur habitude, eux seuls ne réussissent pas à guider ce navire de cinéma froid et souvent anxiogène vers la bonne direction. Crazy Heart était une sympathique épopée, quoique classique. Les Brasiers de la colère perpétuent ce certain classicisme, sans qu’il n’y ait jamais aucune progression dans le cinéma de Scott Cooper. On avance, hagards, forcément déçus au final de voir tant de bons éléments être gâchés au service d’un si petit film. Simplement perdu au milieu de ses influences, de modèles qu’il tente de reproduire sans en comprendre la portée émotionnelle, voire métaphysique de chacune des œuvres, Scott Cooper a réalisé un film grandiloquent mais inerte. A l’instar de son décor, perdu entre les époques et les broussailles.

Le Blu-ray du film est cependant exemplaire. Une image magnifique, un son clair et sans contraste gênant. Les bonus sont un peu plus discrets, pour la plupart des pastilles promotionnelles et des bandes-annonces. Dommage. Un test réalisé grâce à Cinétrafic et un film que vous pouvez retrouver dans les catégories des meilleurs films de 2014 et dans celle des films récents.2 étoilesAmerican BluffAmerican Bluff, réalisé par David O’Russell
Avec Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams et Jeremy Renner
Scénario : David O’Russell et Eric Singer
Durée : 2h18 / Date de sortie en DVD et Blu-ray : 5 juin chez Metropolitan Export

Au cœur du palmarès des Oscars 2014, s’il y en a un qui a été oublié, c’est bien David O’Russell. Pour tout dire, dur d’avoir de l’affection pour un cinéaste à bien des égards « perturbant » et capable de lier ses personnages rageurs avec une mise en scène affreusement académique. Happiness Therapy comme une simple erreur de parcours, American Bluff rappelle l’amour terrible que le metteur en scène porte pour le cinéma. Dans un mélange des genres et des temporalités de la cinéphilie des plus réussis, ce septième long-métrage est aussi son plus fou et son plus touchant. Et ce malgré ses éternels excès.

Capable de convoquer Charlie Chaplin, Sergio Leone mais surtout Martin Scorsese dans un même film révèle, pour ceux qui en auraient douté, du talent de David O’Russell. Jusqu’alors mis en avant comme un formidable directeur d’acteurs, ce qu’il confirme une nouvelle fois, American Bluff est aussi un modèle de travail technique, où le caractère excessif du personnage coïncide avec une reconstitution de l’époque folle. Plus qu’un simple filmeur, David O’Russell parvient à tirer derrière chaque péripétie un thème sous-jacent, en lien avec tous ses films. Ici, l’arnaque est tant une histoire de reconnaissance (Fighter) que de famille (Happiness Therapy). Si les références au cinéma de Martin Scorsese, qui a toujours vu dans le cinéma de gangsters la folie des êtres qui le compose, se limitent à des tics de langage et esthétiques, la liberté de O’Russell est totale. Avec sa durée de plus de deux heures quinze, des travellings à tout va et sa bande-originale assourdissante, l’Américain pousse à fond tous les curseurs.

L’écriture des personnages est exacerbée, les dialogues aussi hilarants que sauvages. A bien des moments, on croit en la rupture qui avait eu lieu durant Happiness Therapy, ou l’emballage bruyant de la narration prenait le pas sur le sens des mots et des gestes. Seulement, ici, l’investissement des acteurs s’accorde avec ce que raconte O’Russell, soit la survie du monde et de ses apparences avec des masques. Christian Bale, habitué aux transformations physiques, porte d’ailleurs ce large masque avec une fragilité déconcertante, tandis qu’Amy Adams affiche une confiance et une sensualité folles. Tout en ayant synthétisé le casting de ses deux précédents films, il a surgi une force nouvelle chez chacun des acteurs, qui les transcende simplement. Film au tempo estival, spectacle des sens et tourbillon d’une violence verbale accrue, American Bluff est à la fois un film d’acteurs (dans lequel chacun fait le boulot pour espérer repartir avec une statuette, certes) mais aussi une œuvre compacte, pleine de matière narrative. Romantique, le film l’est tout autant. Il tente même, à plusieurs moments, de calmer le jeu et réussit ce mélange en incluant les enjeux du couple ou de l’amitié au milieu de la survie des personnages.

Mêlant avec une aisance hallucinante les intrigues sans en même en mettre une de côté, American Bluff est le résultat d’un travail chirurgical d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens. Tournant autour de séquences-clés, où la mise en scène de O’Russell prend tout son ampleur, le rythme intense du film reste la grande réussite dans l’évolution du travail du réalisateur. Rarement l’Américain aura fait preuve d’un tel contrôle, d’une telle confiance à l’ouvrage. American Bluff est tant une comédie qu’un drame émouvant, qui fonctionne aussi grâce à la passion de la personne qui dirige ses troupes. Point d’orgue d’une filmographie hallucinée plus qu’hallucinante, à l’image de l’instabilité de ses personnages, O’Russell signe un spectacle populaire et exigeant. Le metteur en scène n’a rien perdu de sa colère, qu’il retranscrit dans les dialogues, et coïncide avec une passion pour le cinéma à son paroxysme. Aux limites de l’anti-spectaculaire, American Bluff montre qu’il est encore possible de sublimer un scénario a priori banal grâce à des acteurs phénoménaux, et jamais aussi bons que lorsqu’ils sont réunis sous le même toit. Dans le genre, il fait d’ores et déjà partie des films à voir.

Nous avons, cette fois-ci, testé le DVD. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas touché au travail de Metropolitan sur cette plateforme. Force est de constater qu’il est tout aussi exemplaire. L’image est plutôt belle et le son très bon, avec un Dolby Digital 5.1. Les bonus sont certes un peu moins enthousiasmants, le travail de Metro sur ce DVD est une réussite, comme à l’accoutumée pour l’éditeur et c’est encore mieux pour profiter de l’un des meilleurs films de 2014.4 étoilesEncore présent en fin d’année avec la dernière réalisation de Ridley Scott, Christian Bale est désormais un acteur qui bascule entre grosses productions et films plus intimes, souvent rêches, où il tente de devenir une figure du renouveau du film noir. S’il est aussi connu aujourd’hui tel un transformiste avec des rôles extrêmes, il lui faudra prendre davantage de risques dans ses rôles à venir pour pouvoir être plus qu’un simple très bon acteur, et non pas seulement la figure d’un système qui ne récompense que les changements physiques face aux vraies prestations.

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