La Planète des singes : l’affrontement de Matt Reeves

La Planète des singes : l'affrontementLa Planète des singes : l’affrontement, réalisé par Matt Reeves
Avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman et Keri Russell
Scénario : Rick Jaffa, Amanda Silver et Mark Bomback, d’après le livre de Pierre Boulle
Durée : 2H11 / Date de sortie : 30 juillet 2014

Beaucoup ont redouté – moi, le premier – la mise en chantier du reboot de la Planète des Singes. Maltraité au cinéma, le livre de Pierre Boulle restait sur l’échec cuisant de l’œuvre de Tim Burton, en 2001. La saga cinématographique enclenchée avec Charlton Heston paraissait cantonnée au rang de fantaisie, avec ses masques et déguisements peu crédibles. La réussite du premier film, mis en scène par un illustre inconnu, Rupert Wyatt, arrivait à point nommé avec un perfectionnement de la technologie qui permettait alors à la série d’exister aux yeux du public et d’être crédible. Et oui, il a aussi enfanté des choses positives de la sortie d’Avatar, autre qu’une utilisation abusive de la 3D dans les grosses productions. Spectaculaire voyage initiatique pour le mythique César, La Planète des Singes – les Origines devait aussi sa réussite à l’excellence de son écriture et à la force de scènes d’action peu nombreuses mais proportionnelles à l’émotion diffusée tout au long du film. On sortait revigoré de ce premier volet, qui finissait sur un plan d’une puissance inégalée. Ce plan symbolisait en soit le bond en avant réalisée par la série et une perspective vers l’avenir. Il était un aboutissement pour les studios néo-zélandais WETA et surtout une mise en lumière de la performance capture auprès du grand public.

Trois ans après, le retour de ces singes n’était pas simplement qu’un film attendu pour une grande part du public, mais devait servir pour la Fox et WETA comme un second coup d’éclat après l’excellent divertissement offert à l’été 2011. On change le réalisateur, l’intégralité du casting des humains aussi, mais rien ne devait poser un réel problème, à l’origine. Pourtant, le coup de massue est terrible sur la tête du spectateur. Quelques semaines à peine après le ratage quasi-total de Gareth Edwards avec Godzilla, l’échec de ce deuxième volet, réalisé par Matt Reeves, marque un retour en arrière pour la technologie au service du récit et résonne en un étonnant gâchis, monochrome et sans ampleur. Collés au siège immédiatement avec une mise au point des ambitions de ce nouvel opus, on croit avoir ici trouvé la nouvelle grande saga de science-fiction au cinéma. La tragédie est silencieuse, et les dix premières minutes, sans parole, marquent les esprits par leur violence. Sans recul, la mise en scène de Reeves aurait pu en tout point être celle du changement, de la surprise face à la candeur de Rupert Wyatt sur le précèdent film. Balancés dix ans après le premier film, on a l’impression que la production n’a finalement pas compris les atouts du film réalisé par Wyatt et ce qui en faisait sa puissance. Ainsi, La Planète des Singes – l’Affrontement est un film certes formellement ambitieux mais sans émotion, dénué de personnages forts, hormis celui d’Andy Serkis qui fait cavalier seul tout au long du film, et d’un réalisateur capable d’insuffler l’ampleur émotionnelle nécessaire au récit. Ayant déjà prouvé par le passé, avec Cloverfield, sa capacité à tenir les exigences d’un film apocalyptique sur une certaine durée, la réalisation de Reeves ne tarde pas à s’effondrer en enchaînant un par un les effets de style inutiles, des travellings élégants mais sans intérêt, à une histoire et des personnages léthargiques. On peut aussi voir le film comme une œuvre sur une impuissance qui se fait communicative, au-delà de l’écran. Un peu comme le monde des humains, on sombre lentement dans ce festin d’ambitions exacerbées, d’une noirceur qui dégouline pour ne plus donner dans le gris.

Ce nouvel épisode, largement influencé par le travail de JJ Abrams sur Lost, se vit effectivement comme un épisode de série télé, incapable de créer en une séquence, ou même en y allant crescendo, du mouvement qui galvaniserait le film entier. La panne de courant se vit à tous les étages du film, et ce malgré des audaces visuelles parfois intéressantes. Le choix du format de l’image donne une force particulière au film, désespérée, qui met en avant l’ambiance apocalyptique du film mais l’empêche, l’enferme, au moment d’offrir des plans spectaculaires. La Planète des Singes est constamment dans cette alliance entre une illusion de grand spectacle, qui se dissipe peu à peu le film avançant, et la réalité à l’écran. Là où Rupert Wyatt allait piocher chez Spielberg et d’autres cinéastes influents dans l’histoire de Hollywood, Matt Reeves, serviteur de  Abrams, s’agite en un faiseur de films impuissant, prenant parti pour un clan et ne cherchant pas à les réunir. Les personnages demeurent inexistants, les acteurs inertes (Jason Clarke et Kodi Smit-McPhee sont paumés) et le récit finit par céder aux sirènes du schéma typique hollywoodien.

La désillusion de ce volet est d’autant plus forte qu’elle intervient après le récent et long naufrage de Gareth Edwards à Hollywood. Commandant d’un projet ambitieux mais certainement pas taillé pour allier le spectacle à un récit à la fois politique et philosophique, Matt Reeves s’est fourvoyé en pensant créer un substitut de divertissement noir dans son propos et dans sa forme. Il y a de la matière, mais elle est mal-utilisée, sacrifiée au profit d’un montage chaotique, qui transforme le métrage en un divertissement choral. En résulte un film de producteurs, sans ampleur, monté et raconté de manière très simpliste pour tous les publics (parce que l’on croit encore que le spectateur, qui porte ses lunettes 3D, est tout autant un esclave que les personnages du film). Plus une mise à jour donc pour le système WETA qu’un prolongement au travail réalisé sur la préquelle et plus un film de transition, sans enjeu, qu’une œuvre autonome et impériale. L’Affrontement matérialise en outre l’écart entre l’acteur Andy Serkis dont le jeu, shakespearien, se perfectionne et gagne en nuances, et des productions de plus en plus avares en récit qui favorisent l’instantané à des séquences qui marquent le spectateur et l’amènent à réfléchir des heures et des jours après à ce qu’il avait vu et ressenti.1 étoile

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