Lucy de Luc Besson

LucyLucy, écrit et réalisé par Luc Besson
Avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Choi Min-Sik et Analeigh Tipton
Durée : 1h30 / Date de sortie : 6 août 2014

Il y a d’abord quelque chose d’étonnant dans le nouveau film de Luc Besson. Le cinéaste auto-proclamé culte, anciennement auteur de quelques bonnes bobines dans les années 90, a explosé. Il a même l’air de se ficher totalement de ce que tout le monde lui dit, de ses promesses de s’arrêter au dixième film. Aujourd’hui patron dans son château de sable qu’est Europacorp, Lucy est le film d’un réalisateur en pleine crise de bon goût et surtout un abominable maelström de références mal digérées. En tentant de concilier tout le monde derrière un film total, spectaculaire mais ésotérique, Besson continue d’enfiler un costume qui ne lui va plus depuis longtemps, celui d’homme-orchestre orgueilleux.

Entre le clip vidéo psychédélique et le banal film d’action, il n’y a qu’un pas dans Lucy. Avec une imagerie tapageuse et un montage épileptique, Besson récite à l’écran une sorte de résumé des années passées à la création de son studio. D’où le problème principal de ce seizième film. En remettant à l’écran tout ce qu’il a déjà montré et raconté, le réalisateur oublie d’innover, de se bousculer lui-même pour être en accord avec son faible et stupide scénario. Lucy est un appel vers l’avenir du cinéma, un pur fantasme pour Besson. Celui de voir un cinéma dans une époque du tout-connecté, où les barrières du montage seraient effacées pour offrir au spectateur une expérience infinie et presque pédagogique. Pourtant, à bien y voir, le film ne raconte pas le développement d’une intelligence supérieure mais un être qui tente de se contrôler entièrement. Or, Besson est incontrôlable, tout bonnement incapable de faire un trait sur ses années de producteur. Cette modernité ne sert à rien dans la progression du film, elle n’est mise qu’au service d’une débauche de moyens douteuse et sans propos pour la soutenir.

Lucy, à bien des égards, cherche à manier les genres du cinéma et les thématiques. Dès les premières secondes, et cette triste scène de piège que Besson associe à des images animalières, le film prend pourtant le mauvais chemin, en mêlant l’assommante bêtise de son scénario à des explications didactiques. Rarement aura-t-on vu un film prendre une posture aussi condescendante face à son public. En osant que trop peu à l’écran, en maniant maladroitement la barque d’un film à trois têtes, Luc Besson saborde très rapidement la réussite de son film et rend ridicule ses ambitions démesurées.

En espérant exceller dans l’action avec des séquences finalement très simplistes, Besson se noie dans des explications interminables. Il met constamment le spectateur dans le fauteuil de l’ignorant alors qu’il est le seul responsable de sa perte. Lucy n’est que le produit malhonnête signé par un cinéaste énervé, dont l’égo écrase toute envie de cinéma. Il manque la puissance des premiers grands films de Besson et une forme d’humilité, ou simplement une équipe compétente, capable d’effacer les moments grotesques pour sublimer ceux qui comptent vraiment. Davantage producteur de cette machine harassante, assommante de bêtise et de drôlerie accidentelle, le talent de Besson relève de la prestidigitation. A l’instar de son comparse Louis Leterrier avec Insaissisables, héritier de Besson, le réalisateur joue sur l’idée d’une production française créée à l’échelle d’une grosse production américaine. Ça a toujours été le vœu de ce grand enfant cloisonné dans son magasin de jouets. Pouvoir créer un Hollywood français pour contrer une hégémonie de plus en plus écrasante des Américains en matière de grand spectacle. Sans jamais comprendre ce qui faisait le talent de cinéastes comme Christopher Nolan, c’est-à-dire la conception d’un univers rendant crédible leurs folies narratives, Besson finit par s’isoler dans ce qui ressemble davantage à une expérience de parc d’attractions.

Le résultat prend une sale tournure quand Besson prend pour exemple la métaphysique de The Tree of Life de Terrence Malick ou des images de Samsara. C’est tout un système qui s’écroule, qui s’électrocute dans cet ersatz de cinéma complexe, duquel même les répliques paraissent mal assemblées. Un résultat, aussi répugnant d’amateurisme (et malgré un casting qui en impose), symbolise à lui seul la personnalité presque schizophrène de l’étrange cas Besson. Lucy est l’œuvre d’un control freak contrarié qui écrit, met en scène et produit avec une paresse effrayante.0 étoile et demi

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