Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn

Les Gardiens de la GalaxieLes Gardiens de la Galaxie, réalisé par James Gunn
Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista et Lee Pace
Scénario : James Gunn et Nicole Periman
Durée : 2h02 / Date de sortie : 13 août 2014

En près de dix ans, c’est peu dire que l’évolution des studios Marvel dans le paysage cinématographique a été significative. S’ils ont, à eux seuls, rendu les films de super-héros communs auprès du public, leur nombre ayant explosé au fil des années, ils ont aussi étiré à l’extrême le lien entre la firme et le public, jusqu’à rendre écœurant le genre entier. Avec déjà trois films sortis dans une période de quatre mois, le studio devenu usine enfonce le clou avec sa nouvelle saga en devenir, les Gardiens de la Galaxie. Après une courte période de doute artistique entamée avec Avengers, cette pierre angulaire posée sur une saga au futur radieux symbolise tant le réjouissant regain de forme des studios sur un plan formel qu’une uniformisation narrative de plus en plus problématique de ses métrages. A se demander à quoi cela sert encore de faire intervenir des cinéastes chevronnés ou marginaux pour les museler, sinon pour amadouer les fans.

La patte de James Gunn, déjà auteur d’un film de super-héros autrement plus tragique et acerbe politiquement que celui-ci (Super, avec Rainn Wilson et Ellen Page), a beau être omniprésente du fait d’un savant mélange des genres, les Gardiens de la Galaxie est et reste une promesse, une proposition plastique qui ne demande qu’à immerger. En deux heures à peine, et avec un sens du spectaculaire des plus impressionnants, l’équilibre en matière d’action et d’humour est idéal, semblable à ce qui se faisait dans les 70’s et 80’s. C’est d’ailleurs constamment vers le passé que regarde le film, convoitant ce qui a fait la réussite de maîtres comme George Lucas : une capacité à innover. Dans son époque, James Gunn se retrouve prisonnier de son système mais parvient, au gré du costume de machine commerciale qui en a fait peur à d’autres (on pense à l’abandon de Ant-Man par Edgar Wright pour des différends artistiques), à insuffler de la puissance, à renouveler l’éventail des grandes scènes labelisées Marvel. Elles se détachent même directement du plan narratif habituel des films de super-héros, fourmillant ci et là grâce à des fulgurances musicales de toute beauté. La musique imprègne tout spécialement l’expérience du film. Elle vit, transfigure l’émotion et l’impact visuel de certaines séquences. Les Gardiens de la Galaxie ne se refuse pratiquement rien visuellement, de ralenti en ralenti, des débordements de couleurs délavés qui marquent les esprits et qui, parfois, trouvent l’écho des grandes odyssées spatiales. Plastiquement, l’alliage des époques et des univers trouvé par James Gunn est à l’image de son travail, déconcertant et profondément mélancolique. Les thématiques de l’enfance en ligne de mire, le passé au sein de chacune des images et des sons, il ne manquait au cinéaste qu’à filmer son métrage en pellicule pour que le tout prenne pleinement son sens. Avec une bande-originale divinement réussie, où l’on croise David Bowie ou Marvin Gaye, Marvel a fait le choix de suivre les folies de son cinéaste, à l’image de ce qu’ils avaient fait avec Sam Raimi dans les deux premiers Spider-man.

Pourtant, rapidement, James Gunn semble s’enfermer dans une modération qu’on ne lui connaissait pas auparavant. Sans l’appui des producteurs, qui dirigent très secrètement ce futur colosse de divertissement, les Gardiens de la Galaxie aurait été un tout autre film, autonome et répondant plus globalement à des questions laissées sans réponse, telles que le passé de Rocket. Le scénario, écrit par James Gunn lui-même et Nicole Periman, n’est en aucun cas à la hauteur vertigineuse du dispositif visuel proposé. Le tout est trop bien orchestré pour toucher, distillant ses pastilles humoristiques par intervalles régulières et ses scènes de bataille, impressionnantes au demeurant. Il manque le génie comique d’un Chris Pratt, pourtant étincelant en meneur de troupe, dans l’écriture pour trouver ici le nouveau mètre-étalon de science-fiction qu’espérait conduire James Gunn. Et que penser aussi des interventions trop anecdotiques d’acteurs comme John C. Reilly ou Benicio Del Toro, qui auraient pu faire pencher la balance, quand le film se veut généreux à tous les étages. L’œuvre de James Gunn est une promesse en effet, mais elle lésine sur les moyens. Si les Gardiens de la Galaxie s’extirpe sans trop de souci de la violence immaculée d’un Captain America ou de la veine faussement potache d’un Iron Man, et peut marquer de son temps dans l’évolution de Marvel, la structure narrative des films de la firme n’évolue plus, se délimite à celle soutenue par les chaînes télés. Alors que l’on pensait James Gunn capable de bousculer l’ordre établi du fait de son univers gore, on se retrouve avec un spectacle d’une qualité visuelle rare, outrageusement ludique mais assez limité. Comptant quelques coups d’éclat, la mise en scène de James Gunn pâtit d’une caractérisation de personnages pas assez poussé, cantonnée à une simple exposition des héros.

Sous le vernis d’une liberté artistique totale, le constat laissé par le film est complexe et montre très bien l’évolution de l’image laissée par Marvel en dix ans. Le géant entend désormais à répandre et défendre un modèle de cinéma, industrialisé et fragmenté en épisodes. Les frontières  amincies entre cinéma et télévision (qu’elle investit désormais avec la série Agents of Shield) n’annoncent rien de bon pour le futur. Les Gardiens de la Galaxie, prologue d’une saga aux ambitions cosmiques, reste toutefois assez impressionnant de par son traitement visuel du spleen pour ne pas être oublié de sitôt.

3 étoiles et demi

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