Expendables 3 de Patrick Hughes

Expendables 3Expendables 3, réalisé par Patrick Hughes
Avec Sylvester Stallone, Jason Statham, Arnold Schwarzenegger et Harrison Ford
Scénario : Sylvester Stallone, Creighton Rothenberger et Katrin Benedikt
Durée : 2h07 / Date de sortie : 20 août 2014

Si Expendables : unité spéciale a été l’un des plus beaux comebacks au cinéma pour un acteur sur le déclin, qui aurait pensé à l’aube de ce projet aussi fou que touchant de réunir toutes les anciennes stars du cinéma d’action que celui-ci accoucherait de suites ? Le film, couronné d’un succès public mérité, a vite laissé place à une suite, bien en deçà des espérances et mettant déjà à mal la sincérité des intentions de Sylvester Stallone. Le troisième épisode, qui se veut souvent être comme un chant du cygne pour les trilogies, n’était pas véritablement attendu. Trop d’espérances déçues pour attendre quoi que ce soit d’un film donné à un cinéaste prometteur mais sans trop d’expérience.

Plus long, plus fort et surtout plus débile, Expendables 3 parvient à remplir son cahier des charges, sans coup de génie. Ponctué d’une dernière demi-heure spectaculaire à souhait, le film de Patrick Hughes est une petite surprise estivale, avec sa dérision et sa prise de conscience sur l’état de ses acteurs qui manquaient jusqu’alors à la série. Quand le second volet accumulait caméos et blagues lourdingues pour un résultat proche de la léthargie, ce troisième opus se montre d’une générosité sans pareille, à tous les étages, quitte à parfois s’empêtrer dans le grotesque. La trilogie Expendables a cela de fascinant qu’elle tente de créer un lien – douteux – entre le cinéma d’action des années 80 et celui d’aujourd’hui, soumis au diktat des effets spéciaux. Ce qui, chez certains, apparaîtra comme pathétique et complètement dépassé peut tout autant charmer un public d’amoureux en quête d’une nouvelle grande série de films d’action. Avec ses effets spéciaux dépassés et son maniement, disons, maladroit des séquences dérogeant à toute explosion (celle dans l’hôpital, bien que surprenante dans la structure habituelle de la série, est risible), Expendables 3 est une expédition imparfaite de près de deux heures dans ce qui a fait le succès des films de Stallone ou Schwarzenegger par le passé. Patrick Hughes, pour qui c’est le second métrage, témoigne d’une réelle ambition derrière la caméra, notamment dans son dernier tiers où l’action dépasse les quantités habituelles ingérées des blockbusters actuels.

En mettant en lumière l’image d’icônes lessivées par le temps et les obstacles, la série cherche à s’attirer un nouveau public. Le rapprochement avec le cinéma d’espionnage, dont elle ne comprend pas la moindre subtilité, est maligne mais mal exploitée. Après un début de film que l’on subit du fait de ses redites avec les deux précédents volets, l’arrivée d’Antonio Banderas détonne. Montrant le personnage (mais aussi l’acteur) faire la manche pour avoir un rôle dans la bande, Patrick Hughes porte avec lui l’image douce-amère d’un Hollywood qui avale ses vedettes pour mieux les recracher à cause de leurs échecs et dérapages. Expendables est clairement la série du désespoir pour ces acteurs, sur un plan commercial et artistique. L’entrée en jeu d’acteurs comme Mel Gibson, véritable bête noire du système, et toujours plus magnétique dans ses apparitions, pourrait donner du crédit, du charme, à l’avenir de la saga. Plus seulement un échappatoire, elle peut devenir la tribune des mal-aimés qui viennent quémander pour de l’espace et exprimer ce que plus personne ne veut entendre.

Pas sûr cependant que des réalisateurs comme John McTiernan, sur le retour, veuillent vraiment rentrer dans le jeu plutôt foireux de cette série principalement concentrée sur des enjeux lucratifs, mais Expendables 3 a le mérite de remettre de l’ordre après un second film expédié. Moins grand-guignolesque et certainement plus ambitieux que ses prédécesseurs, ce nouvel opus creuse avec une certaine malice le constat d’une époque dans laquelle le genre ne se plie pour ses stars vieillissantes, en condamnant certains à de la figuration. La jeunesse a pris le dessus, ce n’est pas sans risque pour la suite de la série, mais cette dernière s’accroche au progrès, tant qu’elle le peut, et attend toujours le moment où elle pourra devenir l’alternative aux autres mastodontes du cinéma d’action (Marvel et James Bond), sans ringardise, sans détour et avec le plaisir absolu en point de chute.3 étoiles

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