Sils Maria de Olivier Assayas

Sils MariaSils Maria, écrit et réalisé par Olivier Assayas
Avec Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloe Grace Moretz et Lars Eidinger
Durée : 2h04 / Date de sortie : 20 août 2014

A n’en pas douter, Olivier Assayas est bien l’un des réalisateurs qui s’exporte le mieux aux Etats-Unis et qui, surtout, en comprend les mouvances. Bien qu’il soit retourné le temps d’un film en France, avec Après Mai, son passage par la télévision avec la très remarquée et remarquable mini-série Carlos a fait de lui l’un des cinéastes les plus créatifs en Europe et l’un des premiers, en son pays, à comprendre les possibilités artistiques offertes par le petit écran. Carlos était aussi violent que libre, démesuré et passionnant. Sils Maria, chronique américaine de la vie d’une actrice qui vieillit face à sa jeune et jolie assistante, respire autant la maîtrise formelle de son auteur qu’une vacuité narrative qui se creuse, intensifiée par des ellipses à l’effet contraire que celui recherché par le cinéaste. Ce nouveau métrage n’a rien d’un échec, mais il est difficile de se réjouir devant ce qui ressemble à un grand film malade.

L’évolution du cinéma d’Olivier Assayas a été remarquable dans le temps, du fait de sa rigueur plastique. Sils Maria en est l’exemple. Dans ce paysage de bon goût, compliqué de trouver un plan qui fait tâche ou même une scène véritablement gênante à l’appréciation du film. Le tout enveloppé par une bande-originale magnifique et aérienne, qui va dans le sens où Assayas veut brouiller les pistes, Sils Maria aurait pu faire un superbe substitut à une Palme d’Or encore et toujours contestée.

Problème est, qu’au milieu de scènes parfaitement travaillées, avec une symbolique sous-jacente qui appâtera tout cinéphile qui aime à analyser les liens entre les écrits du théâtre et la réel, Sils Maria est un film presque stérile, trop bien construit en actes, trop conscient de sa maîtrise pour surprendre. Assayas a quelque peu perdu un sens des dialogues, capable d’insuffler un peu d’insolence à une machine tranquille de cinéma et de désépaissir le brouillard narratif, causé par de nombreuses – et intempestives ? – ellipses qui jouent la carte de l’élégance et de la sensualité. Il est clair cependant que la première partie, et la relation d’inter-dépendance qui se crée entre Juliette Binoche et Kristen Stewart, est tout à fait brillante, tant la caméra d’Assayas répond aux sentiments diffus des deux personnages. Sils Maria est par moments ludique, avec les dialogues de théâtre ou cette scène de projection de cinéma où Binoche résume à elle seule la perception de plus en plus cynique du monde du cinéma pour cet art en tant que divertissement. Les deux actrices représentent chacun un pendant de ce qui fait le cinéma et la cinéphilie. La jeune, peut-être un peu innocente, qui s’abandonne encore à intellectualiser les divertissements hollywoodiens, et la femme d’expérience, pulvérisée par le temps, rattrapée par des rôles de jeunesse pour ne pas rester figée. Il y a un peu du Congrès de Ari Folman dans ce Sils Maria. Non pas que le film exprime un mal-être du cinéma aujourd’hui, qui peut conduire à sa mort, mais qu’il existe une fracture entre le monde du cinéma, qui s’égare et s’enferme, et la réalité, représentée par une nature mystérieuse, où les corps sont libérés des menottes du créateur.

Assayas n’est pas le premier à réaliser un film pour montrer la complexité du rôle de l’actrice, de cette créature créée par l’homme, presque immortelle du fait de l’influence qu’elle a encore aujourd’hui. Elle peut être fascinante (ce qui est encore le cas de Juliette Binoche), moquée (le visage montré par Chloe Grace Moretz en insupportable jeune actrice excessive), elle reste protéiforme. Des cinéastes comme David Lynch l’ont simplement mieux fait que lui, en allant plus en profondeur et en visitant aussi ce qui les rend si hypnotiques, à l’intérieur de leur esprit. Sils Maria, pourtant porté par deux actrices extraordinaires (comment ne pas tomber amoureux de l’élégance de Kristen Stewart ?), ne fait figure que d’ébauche à une œuvre qui pourrait se développer sur le long terme. Il reste un film charmant et charmeur, théorique, mais malheureusement trop sûr de sa beauté, du rapport qu’il entretient avec le temps et les nuages, pour s’extirper de ce carré de verre et de tristesse dans lequel finit toute actrice.3 étoiles

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s