Gemma Bovery d’Anne Fontaine

Gemma Bovery

Gemma Bovery, réalisé par Anne Fontaine
Avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng et Elsa Zylberstein
Scénario : Anne Fontaine et Pascal Bonitzer
Durée : 1h39 / Date de sortie : 10 septembre 2014

Fabrice Luchini a été un temps génial, un peu ringard, puis a repris du poil de la bête au milieu d’un paysage comique poussiéreux. Luchini évolue avec le temps, à intervalles irrégulières. Aujourd’hui, dans une comédie qui veut jouer la carte de la jeunesse, l’acteur bavard fait un peu tâche. Exceptionnel chez François Ozon, dans Potiche et Dans la maison, il use – un peu trop – souvent de sa culture littéraire pour donner de la consistance à des films souvent plats. Tournant désormais avec des réalisateurs à l’identité dilué, sinon fantomatique, le personnage est épuisant dans Gemma Bovery, énième film d’une Anne Fontaine de plus en plus grotesque dans son traitement de thématiques qui lui sont chères, incapable de canaliser l’énergie du contraignant acteur et ainsi de mettre en valeur sa vedette féminine.

Fabrice Luchini est devenu, en quelque sorte, le guide touristique du cinéma français. De l’Ile de Ré dans Alceste à Bicyclette de Philippe le Guay, comédie champêtre dont on taira l’allure téléfilmesque, nous voici transportés en Normandie où des Anglais s’installent face à la maison de Fabrice Luchini, qui campe ici un boulanger qui s’ennuie. Des péripéties et une tension sexuelle, alors ? Vous pouvez fermer cet onglet et retournez à vos occupations si vous cherchez cela. Elles sont désactivées par une mise en scène et un scénario qui mettent directement l’acteur en position de distance face à la superbe Gemma Arterton. Si les deux sont les têtes d’affiche de ce film plat et sans enjeu, elles évoluent constamment à l’écart, au service d’un scénario qui veut théâtraliser la relation entre Martin et Gemma. Martin commente l’action, ça a le mérite d’être parfois drôle, à l’instar d’un metteur en scène, tandis que Gemma, pulpeuse créature aux désirs instables, joue de ses formes pour la caméra d’Anne Fontaine. Au final, la caméra n’embrasse aucune sensualité, la désactivant perpétuellement avec un scénario mal écrit, composé autour de quelques scènes comiques lourdes.

Le charme de Gemma Bovery est éphémère, pas plus d’une demi-heure. Avec Perfect Mothers l’an dernier, on avait vu une Anne Fontaine capable de mettre en scène des acteurs étrangers pour un résultat plutôt convaincant qui, derrière la lumière de son paysage, mettait en images des relations dérangeantes. Avec ce nouveau film, qui confirme le sentiment que la réalisatrice ne réfléchit plus réellement ses projets, la barrière de la langue provoque simplement la chute du film. Fabrice Luchini, malgré quelques répliques malignes, étouffe le film et Gemma Arterton ne dépasse pas le statut de faire-valoir. Comme à l’accoutumée, dira-t-on poliment. Dans la récitation constante et prévisible du roman graphique de Posy Simmonds, Anne Fontaine et Fabrice Luchini empruntent peu à peu les routes d’une nouvelle forme de comédie ennuyeuse, celle, littéraire mais condescendante, qui relève davantage de l’esbroufe que d’un désir de cultiver l’auditoire.2 étoiles

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