Samba d’Eric Toledano et Olivier Nakache

SambaSamba, écrit et réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache
Avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim et Izïa Higelin
Durée : 1h58 / Date de sortie : 15 octobre 2014

Un plan-séquence, de la musique et du champagne. C’est ainsi que s’ouvre Samba, en une micro-célébration du triomphe d’Intouchables. Il est clair que les deux cinéastes, Eric Toledano et Olivier Nakache, auraient pu faire comme bien d’autres avant d’eux, répéter la mécanique du feel-good movie à l’infini et n’errer qu’en bons faiseurs du système. Cette scène d’ouverture est pourtant bien l’un des seuls signes du faste passé dans un film qui, au contraire, arpente un nouveau sujet avec plus de sobriété que son aîné.

Ce n’est pas la première fois que le cinéma social français s’essaie à la comédie mais c’est d’autant plus étonnant venant de la part des nouveaux patrons de la comédie française que ces derniers osent prendre des risques. Samba, au vu des précédentes réalisations du duo, est en effet surprenant car il ne prend jamais réellement parti pour un genre. Le film s’illustre aussi bien sur la comédie, grâce à quelques séquences très drôles et une romance pleine de tendresse et de maladresse, que sur le drame avec deux personnages principaux, chacun figure d’un malaise en France. Dans un pays qui avance vite, Eric Toledano et Olivier Nakache ont fait le choix de filmer la normalité pour non pas la sublimer mais la rendre, si possible, moins inquiétante et replacer les personnages dans un paysage qui les dépasse. Dans la manière dont il répète les situations pour créer une monotonie de la précarité, dur de pouvoir comparer ce film à Intouchables qui lui, au contraire, créait l’extraordinaire avec la relation entre les personnages d’Omar Sy et François Cluzet. Les nombreuses scènes de travail, souvent réalisées comme l’on filmerait les coulisses d’un théâtre, soulignent le vœu de réalisme que portent en eux les deux réalisateurs.

Samba ne se veut pas thérapeutique, à l’inverse d’Intouchables. Les deux films se répondent sans cesse, comme pour prouver que le succès n’empêche en rien le renouveau. Si leur nouveau film n’a rien de révolutionnaire et finit par s’allonger dans la durée en cédant à certains passages obligés du récit social, leur alliance des genres et des références peut paraître savoureuse à bien des égards. Ce refus des conventions et même de la Loi, habituellement mise en avant comme inviolable dans le cinéma français, va de pair avec l’américanisation du jeu d’Omar Sy. Ce dernier, sobre et touchant, prouve en effet qu’il est capable de développer son jeu au-delà des frontières qu’on lui a longtemps imposées. Il déjoue avec son précédent personnage, refusant tout, caché dans l’ombre pour sa propre survie. Car Samba, malgré sa relative naïveté à l’égard de son sujet et, a contrario, son réel pessimisme quant à l’état de notre société, reste néanmoins un film porté par des personnages qui nous sont proches et qui ne demandent qu’à être remis en cause sous notre regard. C’est un jeu de masques plus qu’un banal feel-good movie, dans lequel l’on se doit de réfléchir. La façon de voir le monde chez chaque personnage n’est pas si évidente, elle est entourée de préjugés culturelles qui rend l’histoire du film plus ambiguë, errant vers des questions qui surprendront plus d’un spectateur. Il n’y a pas ce contact immédiat entre le public et le cinéma qu’il y avait habituellement dans la filmographie du duo mais cela n’empêche pas pour autant le film de créer des situations touchantes et de garder cette certaine candeur qui se trouve aussi dans le cinéma américain.

Ce récit bien plus amer qu’il n’y paraît, pour des adultes perdus au milieu d’une ville en constante gestation, est la marque du renouveau des cinéastes. Si le film applique quelques règles d’Intouchables, ce sont les nuances du récit, grâce au thème de l’asservissement, et les acteurs qui nourrissent véritablement la réussite de Samba. Chacun tente de trouver chez l’autre ce qu’il ne croyait plus trouver : retrouver son identité malgré l’illégalité ou un désir amoureux. Le sympathique accent d’Omar Sy et l’air constamment perdu de Charlotte Gainsbourg ont beau n’être que des détails au cœur de leur histoire conjointe, ils apportent pourtant une touche, un réalisme qui permet au film de nous toucher et ainsi de sortir sans nécessairement regretter le temps passé et les éclats de rire qu’avaient provoqué leur précédente réalisation. Contre toute-attente, Samba est une réussite et une jolie avancée pour le cinéma d’un duo que l’on ne pensait plus capable d’ingérer de nouvelles références, et donc de se renouveler.3 étoiles et demi

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