White Bird de Gregg Araki

White BirdWhite Bird, écrit et réalisé par Gregg Araki
Avec Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni et Shiloh Fernandez
D’après l’œuvre de Laura Kasischke
Durée : 1h31 / Date de sortie : 15 octobre 2014

La vie n’est pas toujours facile pour les auteurs et cinéastes célébrés dans les années 2000. Gregg Araki ne dira pas le contraire tant son White Bird, empreint d’une mélancolie planante, rappelle le malaise ambiant que l’on retrouve dans la filmographie du cinéaste. Ce onzième long-métrage n’est-il qu’un autre produit stylisé ou bien une nouvelle grande œuvre générationnelle, comme l’avait été Mysterious Skin ? Dans un cinéma indépendant américain qui s’uniformise derrière le blason de festivals comme Sundance, les films de Gregg Araki ne manquent pas d’interrogations en fin de séance. Si le réalisateur de Kaboom a été capable du meilleur jusqu’alors, grâce à un style excessif et une ultra-sexualisation de ses personnages, White Bird est plus imparfait, indéfinissable sur l’instant. Cette incapacité à définir un quelconque genre au film se traduit aussi avec une indécision constante d’Araki dans le traitement de ses thématiques.

La maternité, la jeunesse et la découverte du désir. Tout s’emmêle dans le silence de l’Amérique d’Araki. Chaque personnage représente ici une certaine catégorie de la population : Eva Green est l’archétype de la mère au foyer américaine, souriante, il y a aussi le père perdu dans son couple puis cette Kat Connors, interprétée par l’insaisissable Shailene Woolley qui, entre deux mauvaises grosses productions, prend le temps de retourner à ses origines, le cinéma indépendant. L’Américain cherche, comme à l’accoutumée, à faire craquer la notion de genre et ses a priori, pour qu’il ne puisse rester qu’un sentiment de liberté. Effectivement, ces façades s’évaporent, ici symbolisées par la disparition d’une mère que l’on cherche partout puis que l’on perd de vue par fascination pour le charme inexplicable de la jeune femme.

On arpente le film comme elle arpente son désir, toujours avec appréhension. La principale difficulté du film n’est pas la folie visuelle d’Araki, bien tempérée dans ce White Bird, mais le manque de possibilités qu’offre la mise en scène du cinéaste américain pour donner de la puissance au récit. Elle est cloisonnée par les exigences d’une proposition visuelle trop ambitieuse, avec une forte voix-off et de nombreux flashes-back dans la volonté de démystifier la structure du thriller. Les quelques étincelles du film, celles qui manifestent la fureur qui compose la relation mère-fille, finissent par ne pas prendre effet, par n’être que des scènettes. Dans ce sens, le mystère de White Bird, qui trouve une conclusion peu convaincante et assez facile pour Araki, un peu jetée pour contenter ceux venus voir un film avec Shailene Woodley, ne dépasse pas les scènes de rêverie numérique. Cette cassure avec l’immaculé, comme pour casser les apparences d’une Amérique trop propre sur elle, ne dure que quelques minutes alors qu’elle aurait mérité un film à part entière. Que ce soit la prestation bipolaire d’Eva Green, plutôt réjouissante, ou la soudaine et surprenante libido affirmée de Shailene Woodley, l’ensemble se trouve englouti par les effets d’un cinéaste que l’on a peut-être estimé trop tôt et qui, derrière ce lourd manteau de neige et d’onirisme, dissimule aussi une incapacité à recréer la puissance de son unique chef d’œuvre. White Bird n’est qu’un coup dans l’eau, une grande œuvre malade qui malheureusement se regarde timidement plus qu’elle ne s’admire.2 étoiles et demi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s