John Wick de David Leitch et Chad Stahelski

John WickJohn Wick, réalisé par David Leitch et Chad Stahelski
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Keanu Reeves, Michael Nyqvist, Alfie Allen et Adrianne Palicki
Scénario : Derek Kolstad
Durée : 1h41 / Date de sortie : 29 octobre 2014

La première image du film est celle d’un Keanu Reeves à terre. En quelques secondes à peine, la connexion entre son personnage et sa pénible carrière est faite. Jamais vraiment remis du triomphe passé de la trilogie Matrix, qui l’avait amené au rang de superstar du cinéma d’action, Keanu Reeves a peiné jusqu’à cette année 2014. Depuis quelques mois, son retour dans le cinéma d’action, d’abord laborieux (47 Ronin) puis plus personnel (Man of Tai Chi), lui permet de retrouver du poil de la bête et de sublimer des productions d’apparence médiocre. C’est le cas de John Wick où, joint au savoir-faire technique de David Leitch en Chad Stahelski, deux coordinateurs de cascades ayant collaboré aux chorégraphiques de Matrix, il donne un supplément d’âme à un film aussi ludique que débile, de prime abord.

Les bases sont compliquées. Les premières minutes, qui doivent poser les enjeux, nous plongent amèrement dans les clichés du genre. Une vie heureuse, en flashes-back, puis la chute avec la mort de la femme aimée. On est très loin du reste du film, qui maîtrise bien mieux les codes du genre et fait montre de nuances dans les tonalités. Au moment où Keanu Reeves assène les premiers coups de marteau, le film trouve enfin son feu sacré. John Wick envoie tout balader pour ne jamais remettre en cause son attitude de film d’action bourrin. Sous la mise en scène énergique des deux cinéastes, Keanu Reeves réalise un véritable numéro d’équilibriste avec des séquences d’action toutes plus réussies les unes que les autres. S’étant dépêtré du réalisme habituel du genre, John Wick suit une logique de jeu vidéo, et ce pour le meilleur.

Sans cynisme aucun, les réalisateurs parviennent à concilier une vraie mise en scène élégante, toute en vastes mouvements, à une narration vidéo-ludique pour un ensemble ancré dans un contemporain flou. En effet, les questions d’un jumelage entre cinéma et jeu vidéos ne sont pas récentes et John Wick en apporte une preuve à l’appui. Le plaisir en leitmotiv, la folle expédition punitive de John Wick est aussi une sidérante leçon de rythme pendant une heure et demie, avec des enchaînements de violence ininterrompus. C’est un jeu vidéo sans les éternels chargements, un objet filmique qui va à l’encontre de nombreuses règles narratives imposées par le genre et qui s’en fiche. C’est une bizarrerie particulièrement plaisante où le corps de son héros est mis à mal et où les méchants n’ont pas de visage, toujours intelligemment cachés par la lumière. Les coups font mal, les fusils sont complémentaires à l’homme. A peine remis, Keanu Reeves repart au bataillon avec une férocité qui va crescendo. Sa prestation est exemplaire et pleine de hargne. Il impose une aura, face à laquelle les autres acteurs sont contraints à rester secondaire.

Si le film n’a peut-être rien d’un éventuel retour sous les lumières des studios de Keanu Reeves, il n’en reste pas moins l’image d’un acteur pris d’une passion dévorante pour le genre qu’il sert. John Wick est féroce et stupide, certes, mais il est aussi un film pleinement contemporain sur le nouveau modèle de mise en scène imposé par le jeu vidéo, de plus en plus perfectionné. En soi, ce premier long-métrage est assez couillu, subversif et surtout jouissif pour passer un excellent moment de cinéma.3 étoiles et demiSorti le 4 mars 2015 chez Metropolitan Films, le DVD de John Wick est une bonne surprise, en comparaison d’autres films de mafia Films de mafia et , sortis récemment, qui n’ont pas forcément le droit à un contenu aussi dense. Techniquement, le film est sans doute plus faible que d’autres éditions réalisées par Metro (des variations de son inattendues et embêtantes, mais une qualité d’image correcte), tandis que sur les suppléments, le résultat est assez surprenant avec une quarantaine de minutes d’extraits de making-of, dont la majorité s’intéresse à la conception des jolies scènes d’action du film. S’il est toujours intéressant d’avoir un commentaire audio des réalisateurs sur un DVD, celui de Chad Stahelski et David Leitch n’est pas un modèle de modestie, puisque les deux réalisateurs passent la majeure partie du temps à s’auto-congratuler du film. Une belle réussite pour autant, qu’il ne faut pas laisser de côté, tant le DVD s’avère assez complet et efficace.

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