Magic in the Moonlight de Woody Allen

Magic in the Moonlight

Magic in the Moonlight, écrit et réalisé par Woody Allen
Avec Colin Firth, Emma Stone, Eileen Atkins et Marcia Gay Harden
Durée : 1h38 / Date de sortie : 22 octobre 2014

On a beau penser que chaque film de Woody Allen n’est qu’un retour en arrière, on y retourne malgré tout chaque année. Tout d’abord pour voir si le cinéaste persévère dans sa belle irrégularité depuis dix ans, qui voudrait qu’il fasse un bon film sur deux, puis pour prendre des nouvelles de l’homme aussi dont le tableau du monde ne cesse de s’assombrir. S’il cache cela sous des airs de carte postale, Woody Allen a toujours été aussi très intelligent dans son jeu de faux-semblants. Son précédent film, le nébuleux Blue Jasmine, mettait déjà en avant les doutes de plus en plus forts de l’Américain au travers de conversations intérieures de son héroïne. Woody Allen, trop vieux ? D’aucuns le croiront, Magic in the Moonlight est pourtant aux antipodes.

Les premières images chez Allen sont souvent révélatrices du film qui découlera. Force est de constater qu’on peut encore se tromper au cinéma. Passée une scène de prestidigitation assez inintéressante, une scène d’exposition plutôt verbeuse, la magie de ce quarantaine-septième film s’empare rapidement du spectateur. La collaboration lumineuse avec Darius Khondji en est principalement la cause. Le chef opérateur capte dans les paysages de la Côte d’Azur des couleurs naturelles qui subliment chaque plan du film. Magic in the Moonlight est une fable posée, et non pas poseuse, qui use du thème de la magie pour opérer des questionnements existentiels assez larges. De prime abord, et ce du fait de sa dramaturgie relativement basique, ce nouveau long-métrage pourrait ressembler à une énième réflexion d’un auteur, plus que d’un cinéaste. La littérature est une influence débordante dans ce métrage, de Scott Fitzgerald à Nietzsche. Pourtant, le film ne demande qu’à creuser les sillons qu’il trace peu à peu, le film avançant.

Magic in the Moonlight est en réalité un film plein de nuances, visuelles et narratives. Au cours de longues scènes de dialogues, Woody Allen démontre son talent pour faire disjoncter des passages obligés du film d’époque et même de son propre cinéma. Le maladroit Colin Firth porte avec beaucoup de talent la personnalité complexe et changeante du cinéaste. Il définit en soi les canons du personnage Allenien : l’artisan, le penseur difficile à convaincre. Il y apporte des saillies humoristiques qui permettent au film de ne pas sombrer dans la fable existentielle noire, comme le cinéaste est aussi capable d’en faire. A l’inverse de ses précédentes tentatives (Le Sortilège du Scorpion de Jade par exemple), le réalisateur a su manier le thème de la magie avec plus de finesse qu’auparavant. La prestidigitation et le surnaturel ont des places prépondérantes dans les questionnements du héros mais ils sont surtout mis au service de moments de pure poésie et d’autres, plus étonnamment, plus graves. Stanley Crawford est, à l’instar de Woody Allen, un artiste constamment dans le doute. Sans prendre de risques évidents, Woody Allen perpétue une thérapie cinématographique et traite, grâce à la magie, des thématiques comme le temps pour parler implicitement de la continuité qu’il cherche sans cesse dans sa filmographie.

Toujours plus mélancolique mais surtout moins nonchalant dans son portrait de villes européennes, Woody Allen confirme avec Magic in the Moonlight un certain renouveau, relancé avec Minuit à Paris, dans ses questionnements et la fibre torturée qu’il donne à ses nouveaux métrages. Réjouissant bien que hautement cruel par instants, cette nouvelle pierre à un mur cinématographie bâti de déceptions et de grands moments de beauté aura eu le mérite d’avoir trouvé un équilibre. La légèreté, qui imprègne trop l’image, alliée à un clair manque d’ambitions scénaristiques sont sans doute les seules barrières qui empêchent d’être la grande œuvre envoûtante qu’elle aurait pu être.3 étoiles et demi

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