La French de Cédric Jimenez

La FrenchLa French, réalisé par Cédric Jimenez
Avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette et Mélanie Doutey
Scénario : Audrey Diwan et Cédric Jimenez
Durée : 2h15 / Date de sortie : 3 décembre 2014

A n’en pas douter, qu’en plus d’être le plus gros budget de l’année pour le cinéma français (30 millions d’euros), La French est sans doute le métrage le plus ambitieux pour le cinéma hexagonal, destiné à être vendu aux marchés du monde entier. Pire en est la déception alors, que de voir tant de bonnes idées ne devenir que poudre aux yeux. Avec un sujet plutôt passionnant, auparavant traité par William Friedkin avec sa très belle French Connection, Cédric Jimenez n’a ni le talent ni l’audace du grand cinéaste américain. Il est même assez effacé derrière une mise en scène qui joue sans cesse sur le sensationnel. Clinquant, La French l’est. Vain aussi.

La photographie poussiéreuse de Laurent Tangy oscille entre parfaite reconstitution de l’époque et anachronisme. Les plages, le soleil, l’accent, le foot, tout est là pour appuyer cette jolie carte-postale. Pourtant, La French est un film qui n’avance pas, sans souffle, et qui dans son souhait de faire un film réaliste, avec une posture quasi-documentaire, oublie aussi les conventions du genre actuel. La French, film rebelle ? Si seulement. La mise en scène très télévisuelle de Cédric Jimenez aurait pu servir une bonne série. Ici, les hautes ambitions cinématographiques n’accouchent que d’une souris. Le montage est d’une triste platitude, ne parvenant pas à retranscrire l’énergie de l’époque. Les séquences de nuit auraient pu représenter un paroxysme dans la proposition visuelle, mais celles-ci sont aussi oubliées. L’émotion brille de par son absence, ou elle demeure sans cesse appuyer par des violons, une mise en scène maladroite et un propos qui verse peu à peu dans le manichéisme. Malgré les tentatives de donner une épaisseur, un passé au personnage de Jean Dujardin, on sent trop cette volonté d’un film qui existe pour ses deux acteurs uniquement et non pour bousculer, comme ce que devrait être le film noir de nos jours.

Il est vrai cependant que La French, lorsqu’il s’investit dans le divertissement, remplit une certaine partie de son contrat. L’enquête avance, poliment, linéairement. Il est néanmoins difficile d’exprimer quoi que ce soit après le film, tant les raisons de son existence semblent floues. Duel d’égo entre deux amis, Gilles Lellouche et Jean Dujardin ? Les deux sont bien présents pour l’opposition entre le gentil et le méchant, le juge et le voyou. La French n’est d’ailleurs que ça, un jeu de deux heures et quart entre un cowboy et un indien. Ils se poursuivent sur des chansons des années 70, que du bon goût servi dans un bouillon de séquences follement anecdotiques. Jimenez reprend des thématiques fidèles au cinéma américain, le sens du sacrifice, l’idée d’une justice corrompue jusqu’à la moelle, une certaine misogynie aussi. Mais qu’importe, tant que ça sonne cool et ancien. Sans proposition équivalente aux moyens qu’il déploie tout du long, de son casting à sa reconstitution, jusqu’à sa durée, le film de Cédric Jimenez avait pourtant toutes les cartes en main pour convertir l’essai. Il manque juste la flamboyance ou le regard d’un cinéaste pour faire de La French l’embrasement d’un cinéma français vieillissant, fabriqué pour la télé, et un feu d’artifice visuel comme il en faudrait plus souvent.2 étoiles

2 réflexions sur “La French de Cédric Jimenez

  1. Dommage en effet, j’en attendais surement trop, encore un exemple d’un cinéma français englué dans son système de financement… Dommage aussi que nos formidables acteurs ne brillent qu’en seconds rôles minables à l’étranger où dans les pubs pour le café.

    • Ce qui est gênant est surtout le « communautarisme » qui se crée autour de Lellouche-Dujardin. Ce qui peut parfois être cool avec un duo (Simon Pegg-Edgar Wright, McKay-Ferrell) est ici très limité puisqu’ils ne prennent pas des cinéastes mais de simples faiseurs. La French était sacrément prometteur et donc sacrément décevant.

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