Night Call de Dan Gilroy

Night CallNight Call, écrit et réalisé par Dan Gilroy
Avec Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed et Bill Paxton
Durée : 1h57 / Date de sortie : 26 novembre 2014

Les aléas de la distribution ont fait qu’on a associé, trop vite, Night Call, dont le titre original est Nightcrawler, au Drive de Nicolas Winding Refn. Les ressemblances entre les deux films sont existantes, il est vrai, mais elles sont générales : le nom de la chanson de Kavinsky qui a canonisé le film de NWR, des bagnoles et Los Angeles en toile de fond. Car, pour le reste, il est impossible de comparer l’épopée sauvage du cinéaste danois à ce gros pamphlet américain signé Dan Gilroy sur l’aliénation des médias. Night Call n’a pas la puissance formelle de son aîné. Il ne cherche pas à exprimer quoi que ce soit par son dispositif plastique, limité à des champs/contrechamps en soit assez classiques, mais il fait, à l’instar de Gone Girl, un portrait édifiant des médias.

Tandis que le film de Fincher s’attardait sur leur rôle, Dan Gilroy pénètre les lieux et tisse un tableau extrême mais rageur. S’il n’y a pas de grands coups de mise en scène dans le film, le réalisateur place son scénario au centre de tout. En résulte une œuvre qui fonctionne vite et qui, surtout, offre un rôle sublime à Jake Gyllenhaal qui, depuis ses escapades chez Denis Villeneuve, a définitivement développé une palette immense dans son jeu d’acteur.

Il ne sera d’ailleurs pas faux de dire qu’il porte le film dans son entièreté, se logeant dans chaque image, chaque recoin de la narration de Gilroy. Son regard angoissant, son verbiage parfaitement aiguisé par des modèles, une éducation faite par Internet. Night Call traite d’une société pré-emballée, qui marche grâce à des personnages définis par avance et selon des règles, qui peuvent aller à l’encontre de la morale. La fausse candeur du personnage joué par Gyllenhaal, Lou Bloom, permet aussi au cinéaste, assez malin autour d’une négociation a priori anodine entre le héros et la journaliste, d’aborder des thèmes forts et choquants. Tout est histoire de paraître dans le film. Faire paraître l’ultra-violence des images qu’il rapporte pour du journalisme d’investigation, obliger, pour le bien des audiences, la femme à devenir l’objet des désirs de celui qui offre les images. Night Call ressemble parfois à une immense farce d’un milieu gangrené par l’argent et le pouvoir des chiffres. La mise en scène mordante de Dan Gilroy et la partition musicale de James Newton Howard, totalement à contre-courant de l’ambiance générale du film, vont dans ce sens. Toutes les situations sont poussées à l’extrême, les réactions comme la fascination pour cette violence banalisée. Lou est un sociopathe banal, à qui l’on excuse tout, que l’on admire pour ce qu’il offre pour qu’une machine puisse continuer de marcher.

Il est dommage de surcroît que cette bizarrerie qui habite Gyllenhall, dément de bout en bout, aurait pu laisser place à des moments de mise en scène moins lisses et susciter un enthousiasme plus probant en fin de projection. Car Night Call peut aussi l’être. Le final, une course-poursuite proprement époustouflante dans le Los Angeles nocturne, souligne le talent de Gilroy pour créer des séquences tendues.

Avec un peu plus d’ambition, Night Call aurait pu aussi être une véritable fresque du nouveau journalisme, qui se fait divertissement, et du self-made man. Il y a souvent dans les gestes de ce Lou une posture de cinéaste qui donne toute la beauté étrange au film. Celle d’un homme qui, peu à peu, crée dans la mort des situations du quotidien. C’est à ce moment-là que Dan Gilroy maîtrise son sujet et c’est à ce moment-là qu’il aurait pu le sublimer. A défaut d’être aussi fort que Fincher, d’être aussi subtil dans sa psychologie des personnages, Night Call se pose en un divertissement de belle facture, malgré son simplisme un peu trop apparent. Une série B assez savoureuse pour que l’on se puisse perdre dedans, avec un Jake Gyllenhaal extraordinaire. C’est une maestria qu’il donne et pour laquelle il pourrait, enfin, remporter une statuette.3 étoiles et demi

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