The Search de Michel Hazanavicius

The SearchThe Search, écrit et réalisé par Michel Hazanavicius
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Bérénice Bejo, Annette Bening, Maxim Emelianov et Abdul Khalim Mamatsuiev
Durée : 2h14 / Date de sortie : 26 novembre 2014

Demeurer dans la comédie, où il serait critiqué pour son manque d’audace, ou profiter du triomphe de The Artist pour enfanter d’un nouveau film à récompenses, la carrière de Michel Hazanavicius était à ceci près sans issue artistique. Brillant artisan de la comédie française, son détour avec The Search rappelle que le retour d’un cinéaste est plus que jamais difficile au lendemain d’une célébration. The Artist était un sacré coup de cinéma. Ce nouveau film fait office de suicide artistique en bonne et due forme.

Les 5 premières minutes, lapidaires, annoncent le ton cauchemardesque de ce film de guerre obèse et misérabiliste. The Search sera une horreur pour le spectateur, mais pas dans le sens où certains l’entendront. Après avoir embrassé la parodie, Hazanavicius arpente la caricature du récit historique. On s’étonne de voir les nuances de son film muet se volatiliser en deux heures et quart au détriment d’une mise en scène apathique et d’un montage semblable au plus pur chaos. Le tour de magie est trop apparent : le choix d’alterner différents récits et la captation de trois façons différentes une même scène ne sont que quelques uns des mille et un effets d’esbroufe de cette insupportable leçon d’académisme. Passés trois quarts d’heure, The Search devient infernal, profondément plombant, conservant ses tonalités mono-chromatiques à l’image, le plus grand aveu de faiblesse du film, et ses séquences putassières. Il aurait pu être un honorable reportage, rien de plus. Il n’est qu’une succession d’ambitions narratives déçues, un film dévoré par l’orgueil où chacun y figure pour faire partie du nouveau triomphe, du film à charge qui changerait la donne.

Quelle désillusion. Bérénice Bejo, qui a pour seule excuse de récit les répliques d’une bêtise atterrante écrites par son mari, ne convainc guère. Ni même l’enfant, ici objet d’un système de cinéma tire-larmes. En deux ans d’absence, qu’il est terrifiant de voir une évolution aussi radicale dans le cinéma de Michel Hazanavicius, avalé par l’industrie d’Hollywood mais parti sans récupérer l’appui de maîtres (un chef opérateur notamment) qui auraient pu élever son film. Au-delà de son manichéisme, d’un propos extrêmement biaisé et d’une ironie souvent pesante, The Search est un objet de cinéma anachronique et mortifère. Il est aussi aberrant dans une époque où le cinéma peut se faire vecteur d’une remise en cause de nos plus profondes certitudes. Contrairement aux quelques films du genre puissants sortis cette année (Fury ou ’71 de Yann Demange), le scénario de Hazanavicius respire un eurocentrisme terrible, qui n’est pas sans rappeler les inepties cinématographiques qu’étaient Polisse de Maiwenn ou La Rafle de Rosa Bosch. Des films qui condamnent le spectateur au silence, qui paralysent toute émotion au service d’un discours péremptoire et sans progression. The Search n’a donc rien d’une œuvre terminale, ni même les lumières d’un film touchant, mais demeure la vision de toutes nos craintes. L’un de nos plus brillants metteurs en scène a finalement cédé à la structure vieillissante des films historiques américains. Et ce ne sont pas les minces références au cinéma russe qui changeront grand-chose au manque d’incarnation du film d’Hazanavicius. Ce n’est pas qu’une déception, c’est une catastrophe à tous les niveaux.0 étoile et demi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s