Men, Women & Children de Jason Reitman

MEN, WOMEN & CHILDRENMen, Women & Children, réalisé par Jason Reitman
Avec Ansel Elgort, Jennifer Garner, Adam Sandler et Timothée Chalamet
Scénario : Jason Reitman et Erin Cressida Wilson, d’après l’œuvre de Chad Kultgen
Durée : 1h59 / Date de sortie : 10 décembre 2014

Jason Reitman, grand requin du cinéma indépendant américain, n’en finit plus de s’attaquer à des sujets de société. Après l’industrie du tabac, la grossesse dans la jeunesse, la crise, le voilà aux manettes d’un thème ô combien plombant qu’est celui des dangers d’Internet. Aborder ce sujet, au moment où sa carrière est dans une pente descente, montre d’abord le refus du renoncement pour Jason Reitman. Son escapade romantique avec Last Days of Summer n’avait été qu’une phase. Si les premières images du film annoncent clairement un changement de ton pour le cinéaste, le reste du film n’est malheureusement qu’une galerie de clichés où les influences du cinéma de Gus Van Sant, et de son Elephant notamment, n’accouchent que d’une belle séance ennuyeuse.

Les quelques pointes d’humour, l’ambiance stellaire du film et le refus de se reposer sur certains archétypes de personnages (le glorieux footballeur qui décroche pour jouer aux jeux sur son ordinateur) sont les seules réussites de Men, Women & Children. Balancé dans l’espace avec comme seul appui la musique de Louis Armstrong, il y avait clairement un sentiment nouveau dans le cinéma de Reitman qui pouvait aboutir. En dépit de ses clichés, ce nouveau film américain aurait pu être le meilleur de son cinéaste. Celui pour lequel il aurait pu affronter non seulement le chef d’œuvre de Gus Van Sant, à ce jour l’un des films les plus complexes et un des plus intrinsèquement acerbes sur la jeunesse du 21ème siècle, et l’imagerie cosmique de Terrence Malick. Les séquences spatiales, qui remettent un peu d’ordre dans la structure narrative extrêmement aléatoire du film, sont aussi celles qui sont les plus problématiques. En s’essayant d’emblée à cela, Reitman ne file-t-il pas déjà dans le mur ? Elles montrent surtout le sentiment, parfois probant, de remplissage pendant deux heures. Par orgueil, par fainéantise d’écriture peut-être, le film cède peu à peu à toutes les facilités du genre du teen movie et de la comédie de couple. Certaines séquences sont risibles, inhabituelles pour le cinéma de Reitman, qui a souvent voulu se détourner des clichés des genres qu’il arpente tout en gardant une certaine candeur. Malgré leur qualité parfois variable, la plupart des films de l’Américain étaient agréables à regarder, joliment tortueux. Celui-ci, par son conservatisme et sa lenteur, l’est beaucoup moins.

Cela ne vient pourtant pas des acteurs, tous excellents. Jason Reitman reste un directeur d’acteurs hors pair, dans l’ombre d’autres grands noms, et qui a su faire apparaître en chacun la part inconnue d’un jeu parfois mécanique. Adam Sandler prouve qu’il est définitivement fait pour le drame avec son imposante barbe et son regard dans le vide. Il aurait pu être le héros d’un film à part entière et non de scènettes dans lesquelles son personnage gèle un peu sous la montagne de clichés, de morales et de raccourcis douteux. Ansel Elgort, devenu figure masculine du cinéma faussement réaliste pour ados avec Nos étoiles contraires, fait lui aussi preuve d’une belle variété dans son jeu et représente à lui seul les atouts et les faiblesses de Men, Women & Children. C’est un film planant à première vue, mais qui se fait de plus en plus repoussant son propos sur les technologies avançant. Le scénario devient scandaleux quand il se fait le catalogue de la morale, quand il cherche à dénoncer la déshumanisation dans les relations entre les hommes alors qu’il aurait aussi pu montrer l’autre partie de la question et ce que les réseaux sociaux ont pu apporter. Comme l’héroïne de Young Adult, Reitman est perdu dans son sujet et dans son époque, montrant sans nuance les travers d’Internet et en n’apportant aucune solution.

Men, Women & Children ne dépasse rarement jamais les promesses de sa bande-annonce. Il y a trop de films en un, trop de questions à traiter pour le cinéaste. La conclusion, qui finit par survoler tous les sujets et les règle en une scène allusive, montre aussi le problème de taille apparu dans le cinéma de Jason Reitman avec Young Adult. A vouloir pousser les curseurs d’une écriture cynique, le réalisateur remplace le rire par le silence et la gêne. En traitant de cas généraux, Men, Women & Children fait davantage office de film théorique que de mise en forme de nouvelles questions sur notre relation avec les technologies. Cette succession de séquences mal assemblées et qui nous obligent à choisir un camp, un personnage que l’on devrait comprendre, est là le réel problème du film. Moins de chemins de travers, moins de didactisme et une mise en scène clairement moins poseuse aurait pu rappeler quel auteur efficace était Jason Reitman. A l’instar des trois précédents films du cinéaste, on sort avec la désagréable sensation d’avoir vu un sujet plutôt passionnant ravagé par les pensées de plus en plus réactionnaires de son auteur. Men, Women & Children aurait pu être un bon film, il y a dix ans.2 étoiles

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