Dumb & Dumber De de Bobby et Peter Farrelly

Dumb et Dumber DeDumb et Dumber De, réalisé par Bobby et Peter Farrelly
Avec Jim Carrey, Jeff Daniels, Rob Riggle et Laurie Holden
Scénario : Bobby et Peter Farrelly, Sean Anders, Mike Cerrone, John Morris et Bennett Yellin
Durée : 1h49 / Date de sortie : 17 décembre 2014

On a cru au mirage. C’était le rêve de tout amateur de comédies débiles, la réhabilitation d’une œuvre inscrite au Panthéon de la comédie américaine des années 90. Malgré une sortie précipitée, la suite des aventures de Harry et Lloyd est là. Remontons donc le temps. Les frères Farrelly débarquaient en 1994 avec leur premier film, Dumb et Dumber. Le succès est fulgurant. Dix ans durant, Peter et Bobby Farrelly arpentent avec beaucoup d’imagination l’idiotie au cinéma, la subliment régulièrement (Mary à tout prix). Années 90, apogée aussi des vidéos clubs, durant lesquelles leurs films trônent en patrons. Une nouvelle cinéphile émerge, celle des rayons qui offrent un bouillon de culture à quiconque s’en approche. Sans être de grands auteurs, ils ont su infiltrer de leur bêtise l’inconscient collectif grâce à des comédies à l’humour graveleux mais fédératrices.

Exactement vingt ans après la sortie du premier volet, Dumb et Dumber De a sur le papier tous les éléments du grand retour du duo Farrelly au cinéma. S’il est rassurant de voir les cinéastes user et abuser du même humour, à pousser la stupidité à des limites rarement atteintes dans le cinéma américain, ce second volet est aussi anachronique que singulier. La présence de six scénaristes, dont les Farrelly, n’y est sans doute pas étrangère. Le film vogue entre deux styles de cinéma, le slapstick, réjouissant, dont ils avaient déjà fait l’apologie avec les Trois Corniauds, et la comédie d’aventure, foutraque. Mais surtout, ce nouvel épisode n’a pas la veine irrévérencieuse de son prédécesseur, et c’est là tout le problème.

Dumb et Dumber De a quelque chose de quelconque même si, dans le fond, ce qu’il raconte n’a rien d’anodin. S’installe l’impression qu’elle aurait pu être qu’un supplément au premier volet, dont elle calque la majorité des situations pendant presque deux heures, plus qu’une suite à proprement parlé. L’idée d’une amitié mise à mal par le temps et de nouvelles responsabilités qui pourraient arriver pour l’un des deux, ainsi que l’audace d’opposer les personnages et les acteurs face à leurs rides, comme si la caméra pouvait être le miroir de leur existence, sont cependant les grandes forces du film. Les cinéastes ne font rien comme il faut, font déborder leur film de tous les côtés, mettant en cœur la ringardise assumée de leur cinéma et celle de leurs personnages. Il se développe une intrigue si banale, portée par des acteurs de seconde zone, que le film en devient parfaitement déconcertant. Les rebondissements ne servent qu’à mettre en éveil le talent des deux acteurs principaux, en roue libre. Les deux arborent un sourire constamment niais, plus que jamais perdus dans leur époque, mais on sent que quelque chose cloche. Le manque de certitudes avec cette suite, dans le scénario et la mise en scène des maîtres déchus de la comédie, pénètre l’ambiance générale du film.

Cette sortie de scène pour Harry et Lloyd a beau être inégale et affreusement conventionnelle par moments, elle confirme les nouvelles influences qui se sont greffées au cinéma burlesque des frères Farrelly, dans lequel l’existence n’est qu’un exercice d’improvisation. Le gag, qu’il soit long de préférence, finit par mener l’existence et à faire oublier la marginalité dans laquelle s’inscrivent peu à peu Harry et Lloyd. En vingt ans, le regard de ceux qui les entourent s’est noirci. Dans la société des normes, les Farrelly, à l’instar de leurs personnages, dérangent. Dans un paysage comique où chaque rire est calculé, où tout n’est qu’histoire de mécanique, celle de cette suite déraille totalement, faisant sa puissance et sa faiblesse. Dumb et Dumber De allonge ses scènes, les rend élastiques. Ce qui en fait, d’une certaine façon, une comédie bêtement universelle dans laquelle chacun peut trouver à rire d’une situation.2 étoiles et demi

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