Big Bad Wolves de Navot Papushado et Aharon Keshales

Big Bad WolvesBig Bad Wolves, écrit et réalisé par Aharon Keshales et Navot Papushado
Interdit aux moins de 16 ans
Avec Tzahi Grad, Lior Ashkenazi, Rotem Keinan et Doval’e Glickman
Durée : 1h50 / Date de sortie : le 17 novembre 2014 en DVD et Blu-ray chez Metropolitan Filmexport

Sorti avec les qualificatifs dithyrambiques de monsieur Quentin Tarantino en tête d’affiche, Big Bad Wolves n’a certainement pas fait l’unanimité. Cela tombe bien parce que le film de Navot Papushado et Aharon Keshales ne cherche pas à la faire. C’est un exercice stylistique sec, bourré de bonnes intentions, qui va tant chercher dans la comédie noire que dans le torture porn. Mélange ô combien risqué pour les cinéastes qui parviennent, autour d’un règlement de compte d’une heure et demi, à susciter le rire comme l’interrogation. Avons-nous, spectateurs, le droit de rester silencieux face à cette application plutôt douteuse, arbitraire, de la Loi du Talion ?

Malgré l’élégance de sa mise en scène et de la photographie, la violence de Big Bad Wolves est sourde et d’autant plus lente que les deux cinéastes jouent avec son expression. « Plus c’est long, plus c’est bon » diront certains. Les réalisateurs font durer la séance et, paradoxalement, expédient l’acte comme si le doute disparaissait dans l’expression de cette violence. Ainsi, si le film joue avec les tonalités, passant aisément de l’horreur de la scène qui se joue face à nous à la sympathique comédie, Big Bad Wolves fait aussi montre d’une certaine finesse dans son écriture, intégrant ci et là un propos politique plutôt réjouissant. Il est aussi l’exemple, qu’au-delà des films politiques, peut s’exprimer un cinéma de genre à Israël. Avec l’inégal mais pas inintéressant l’Institutrice de Nadav Lapid sorti cette année, Big Bad Wolves prouve en tout cas que les enjeux d’un récit politique peuvent s’allier avec une structure sous influences d’un cinéma du divertissement. Son thème principal n’en fait en aucun cas un film populaire et la façon dont il exprime l’inefficacité des autorités, soulignée par un échange plutôt amusant avec l’enfant du chef de la police, confirme aussi, qu’au-delà des références affichées au cinéma de celui qui les a célébrés en 2013, le film de Papushado et Keshales s’approche aussi de la farce, du grand-guignolesque d’un Alex de la Iglesia plutôt que d’un Tarantino.

Il est évidemment dommage de voir le film, en une image, s’effondrer littéralement en s’évertuant à donner une réponse à un mystère qui aurait pu donner à Big Bad Wolves le statut de film à plusieurs niveaux de lecture. Les hommages à des univers iconoclastes finissent par prendre le dessus sur la cohérence du film des cinéastes israéliens. Il perd soudainement de sa portée politique et profondément humaine, exprimée par une psychologie des personnes jusqu’alors plutôt poussée, pour céder à l’art du twist, composante désormais fondamentale des films bas de gamme et usée jusqu’à la moelle. Comme le Prisoners de Denis Villeneuve, Big Bad Wolves aurait pu se faire le portrait d’une société morcelée, dévorée par sa quête d’identitaire. Il ne demeurera finalement qu’une expérience de cinéma amusante mais commune. Toute cette réappropriation de codes du cinéma américain ne sert qu’une proposition narrative qui s’avère plus décevante qu’innovante. Il n’y a peut-être pas eu, récemment, de film aussi radical dans son expression de la sauvagerie humaine dans le cinéma israélien, mais il est dommage de voir un film se désagréger, exploser tout simplement en une image quand tout ce qu’il avait construit était prometteur et plaisant.

Sans être infect et en ne se limitant pas à une banale copie de codes du cinéma moderne, vampirisé par les projections sanglantes et cool de Tarantino, Big Bad Wolves reste finalement déceptif tant ce qu’il aurait pu raconter, par le biais de l’image et des visages de ses personnages, aurait pu trouver une noblesse supérieure. C’est sympathique, suffisamment pervers pour ne pas quitter aussi rapidement qu’il a été vu l’esprit du spectateur mais, franchement, quelle dépense d’énergie pour un résultat qui ressemble plus à celui de sales gosses qu’à celui de deux cinéastes consciencieux.

3 étoilesSorti très discrètement en France, notamment à cause de son interdiction aux moins de 16 ans, Big Bad Wolves pourrait trouver une seconde vie dans son édition en Blu-ray, extrêmement réussi sur un plan technique. Elle se détache d’autres éditions de films du même genre sortis cette année, grâce à une photographie qui permet à la haute définition de s’envoler. Le son n’est pas sans reste, avec un 5.1 Dolby Digital (privilégiez la version originale, tout de même). Quant aux bonus, ils sont plutôt fournis, avec un making of d’une dizaine de minutes et l’interview assez intéressante des deux réalisateurs. Pour un film qui ne risque pas de toucher un grand public, mais surtout les fans du cinéma de genre, l’édition en Blu-ray de Big Bad Wolves fait plaisir à voir et à entendre.

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