Où es-tu spectateur d’aujourd’hui ? – ou le problématique bilan de l’année 2014

Beaucoup de choix, beaucoup de salles, mais le spectateur est perdu...

Beaucoup de choix, beaucoup de salles, mais le spectateur est perdu…

C’est sans doute l’époque qui aura voulu cela mais si l’on en croit les grandes voix de la cinéphilie, le cinéma se meurt. Rarement le malaise ambiant du quotidien et de la société que l’on cherche à nous injecter, jour après jour, n’aura autant infiltré l’enceinte de la salle de cinéma. On ne ne revendique plus le souhait du rêve au cinéma mais on cherche un lien. On cherche un pied-à-terre avec notre réalité, si possible à ne pas être trop bousculé au final, et, qui plus est, quelque chose qui ne soit pas trop fantaisiste. Est-ce le caractère de plus en plus précis des technologies employées au cinéma, un perfectionnement numérique qui mène à un contact de plus en plus réel avec le cinéma (la belle facette de la 3D), qui, paradoxalement, provoque notre renoncement en la croyance de la magie du cinéma ?

En tout cas, il conduit à sa rationalisation. Il faut réguler le septième Art. Dans son entièreté. Et créer des rebondissements, mécaniques, pour éviter l’ennui du spectateur. Si le cinéma est une industrie, ce n’est pas que de la faute de ceux qui la façonnent mais aussi ceux qui la fréquentent et la purgent peu à peu de l’univers multicolore et cosmopolite qui en était l’un de ses fondements. Deux ans auparavant, George Miller tenta une dernière percée dans cet univers qu’il dépeignait avec énormément d’espoir. Le résultat, le splendide Happy Feet 2, qui reste à ce jour l’un des plus beaux films d’animation jamais réalisé. Les conséquences, un échec commercial traumatisant et des licenciements à la pelle. Son retour en 2015, avec Mad Max Fury Road, sonne déjà comme un règlement de compte à venir, à la vue des premières images démentielles. Si George Miller ne changera pas, l’industrie, et donc le spectateur, pourraient bien être bousculés dans un festoiement de couleurs et de violence. Le système se porte à merveille, les chiffres ne contrediront en aucun cas ce sentiment. Le problème est plus profond, sentimental.

Le conflit ne vient pas uniquement des querelles qui opposent, de plus en plus fréquemment, artistes et producteurs (comme le cas de Fabrice du Welz l’a prouvé avec Colt 45) mais aussi entre le spectateur, aussi nommé consommateur, et la salle de cinéma. Beaucoup de choix, une multitude de manières de consommer le cinéma (l’arrivée fracassante en Hexagone de Netflix qui a finalement laissé place à une division au cœur du public) mais aucune révolte de la part du spectateur qui entre dans une salle, végète sur son siège plus qu’il ne vit son expérience de cinéma et s’en va sans réaction d’enchantement apparente. 2014 n’aura pas été l’année qui aura vu émerger une nouvelle saga, capable de remettre en cause tout un imaginaire, aujourd’hui en berne. Elle n’aura pas été non plus celle de la stabilité – heureusement ! – mais celle qui aura confirmé que, si la salle de cinéma s’est faite froide en réactions positives, d’autres façons de penser le cinéma auront confirmé leur émergence dans le paysage audiovisuel mondial. La télé, en premier lieu, portée par des chaînes qui, face à la non-exigence du spectateur, auront su renouveler leur offre, la dynamiser et créer des séries aux enjeux forts et capables de ressusciter un nouvel enthousiasme chez le spectateur. Il y aura eu True Detective chez HBO, P’tit Quinquin par Arte, ou la méconnue Halt and Catch Fire pour prouver que le cinéma n’a pas non plus de soucis à se faire sur le plan de l’écriture. Tant de séries puissantes, réjouissantes ou alléchantes qui rappellent, inconsciemment, le spectateur à se mouvoir et à s’émouvoir de la force évocatrice des images. Ne parlons pas de la VOD, qui n’est encore qu’un chantier dans nos contrées, muselée par des directives contradictoires et anachroniques. Ça a aussi été cela l’année 2014, celle d’éternelles contradictions, à l’intérieur comme en dehors des salles de cinéma. La lutte contre le piratage peine, comme un aveu de faiblesse face à la vitesse hallucinante du téléchargement, et n’offre aucune solution qui pourrait faire changer la donne. L’industrialisation du cinéma n’a rien de nouveau, et surtout rien d’inquiétant. C’est l’uniformisation des sentiments, avec ses expressions pré-conçues façonnées pour les réseaux sociaux et pour accrocher l’œil d’un consommateur perdu dans la tempête infernale de la tendance qui en découlent, qui demeure véritablement problématique. Ce bilan des quinze meilleurs films de 2014 selon In Movies We Trust célèbre des films qui n’ont pas cédé à l’élan de pessimisme qui hante les cœurs qui continuent de fréquenter assidûment, ou non, les salles. Il fait la part belle à des films qui poussent à la création ou à la révolte, artistique surtout, et qui n’ont pas peur d’aller à l’encontre des règles, des coutumes de cette époque du maladivement paraître. Si un film, haut placé, aura lutté jusqu’à la fin contre la rationalisation de son genre et aura fini par céder, ce qu’il montre durant toute sa durée prouve que le cinéma est encore l’un des moyens les plus prospères pour déplacer les barrières de la connaissance, de l’imaginaire et entre les personnes pour faire de la plus minuscule et intime des salles de cinéma l’antre des émotions les plus diverses. Ce que le cinéma devrait toujours être, en réalité. 2015, année d’un Nouvel Espoir ? Le spectateur seul le sait.

LES 15 FILMS DE L’ANNÉE

Whiplash1. Whiplash de Damien Chazelle / Lire la critique

Saint Laurent2. Saint Laurent de Bertrand Bonello / Lire la critique

Interstellar3. Interstellar de Christopher Nolan / Lire la critique

Gone Girl4. Gone Girl de David Fincher / Lire la critique

Le vent se lève5. Le Vent se lève de Hayao Miyazaki / Lire la critique

22 Jump Street6. 22 Jump Street de Phil Lord et Christopher Miller / Lire la critique

Mommy7. Mommy de Xavier Dolan / Lire la critique

Her8. Her de Spike Jonze / Lire la critique

Quand vient la nuit9. Quand vient la nuit de Michael R. Roskam / Lire la critique

La Grande Aventure Lego10. La Grande Aventure Lego de Phil Lord et Christopher Miller / Lire la critique

Deux jours, une nuit11. Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne / Lire la critique

Boyhood12. Boyhood de Richard Linklater / Lire la critique

Nymphomaniac13. Nymphomaniac – Volumes 1 et 2 de Lars von Trier / Lire la critique

Under The Skin14. Under The Skin de Jonathan Glazer / Lire la critique

La Vie Rêvée de Walter Mitty15. La Vie Rêvée de Walter Mitty de Ben Stiller / Lire la critique

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s