Invincible d’Angelina Jolie

InvincibleInvincible, réalisé par Angelina Jolie
Avec Jack O’Connell, Domhnall Gleeson, Garrett Hedlund et Jai Courtney
Scénario : William Nicholson, Richard LaGravenese, Joel et Ethan Coen
Durée : 2h17 / Date de sortie : 7 janvier 2015

2014 n’a pas manqué de chroniques de guerre, toutes d’une qualité assez hétérogène. 2015 s’ouvre sur celle d’Angelina Jolie, réalisatrice de fiction pour la seconde fois. Première attente de cette année qui, de ses premières images, avait tout du mastodonte pour ouvrir le bal des grosses productions. Roger Deakins à la photographie, les frères Coen au scénario et quelques acteurs, dont l’impressionnant Jack O’Connell, qui représentent le renouveau du cinéma américain. Malheureusement, ici tout est fantomatique.

Passée une première séquence aérienne réellement impressionnante, Invincible cale. Sans que l’on sache pourquoi, à première vue. Le film d’Angelina Jolie, qui, après un premier essai pompier, n’a toujours pas compris qu’il lui faudrait du temps pour devenir une bonne réalisatrice, s’engouffre dans des voies narratives desquelles il n’arrive plus à sortir. Entre flashbacks et grandes scènes d’action, l’initiative de Jolie est d’abord louable. Elle refuse l’ennui et creuse dans le sillon des grandes fresques guerrières de David Lean et de bien d’autres. Les liens manquent entre ces scènes, qui ne font que figure d’allers-retours dans le message soutenu par la réalisatrice. La générosité d’Angelina Jolie, l’outrance de la musique d’Alexandre Desplat et le jeu – parfois contestable – des acteurs vont à contre-sens de ce qui se fait dans le genre depuis plusieurs années. Une bonne chose ? Non, car tout en maintenant son héros pendant deux heures et demie au gré de scènes de torture moyennement intéressantes voire ratées, la cinéaste manque sa cible et entretient, tout du long, une pauvreté dans l’écriture et dans sa mise en scène qui va crescendo.

Ce qui la sauve du naufrage est uniquement le travail souvent majestueux de son directeur de photographie, Roger Deakins, qui est en train de devenir le sauveur attitré de films d’apparence anecdotique. Le chef opérateur alterne avec une belle intelligence les nuances de ton à l’image qui ne font pas sombrer Invincible dans le statut de totale anecdote. Sa photographie, toujours plus aérienne, filmant le paradoxe entre la petitesse des hommes dans un décor illimité et la grandeur de leurs convictions, cède parfois à la redite mais ne perd jamais de vue les ambitions de sa réalisatrice. La lumière dans la nuit peut nous rappeler le travail du maître chez les Frères Coen, tout comme le jeu avec les ombres, mais elle ne se repose jamais sur ses lauriers, à l’inverse de la réalisation et du scénario qui deviennent embarrassants au fil du métrage.

Hormis une scène inattendue et donc réjouissante qui nous sort du camp pour comprendre les machinations politiques japonaises pendant la Seconde Guerre mondiale, Invincible reste une gentille hagiographie d’un personnage en tout point de vue exceptionnel, sans nuances. Son courage est exposé dans chaque image. Il est le produit de l’Amérique triomphante, des valeurs de solidité et de rédemption. Après une heure et demie, le film devient gênant, tant on comprend qu’Angelina Jolie est aveuglée par la force de son héros. Jusqu’à la conclusion, sa mise en scène en restera stoïque, sans éclat technique ou émotionnel. Il est finalement assez étrange de voir qu’un film doté de tels moyens et d’une telle volonté de plaire puisse oublier à ce point la transmission d’émotions. Si Angelina Jolie avait en point de mire le travail de Clint Eastwood et de ses sublimes Lettres d’Iwo Jima, elle n’en intègre aucune complexité qui puisse rendre le sujet plus ambigu qu’un simple objet publicitaire sur le courage. Concluant son film sur une chanson de Coldplay spécialement écrite pour le film, on cerne soudainement le caractère schizophrène du film de l’actrice, qui embrasse toutes les lourdeurs du genre pendant deux immensément longues heures et demie de film avant de finir sur une touche de candeur.

Invincible n’a rien d’une leçon de cinéma mais tient plus du naufrage dichotomique. Un film où il n’y a que des gentils et des méchants, les forts et les faibles. Soit une histoire façonnée par un imaginaire d’enfant et non celle écrite par les auteurs exemplaires que sont habituellement les frères Coen. Le gâchis est éloquent mais finalement peu surprenant de la part d’une réalisatrice encore ici pour satisfaire des envies plus qu’une volonté de cinéma.1 étoile et demi

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