Imitation Game de Morten Tyldum

Imitation GameImitation Game, réalisé par Morten Tyldum
Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Mark Strong et Matthew Goode
Scénario : Graham Moore
Durée : 1h54 / Date de sortie : 28 janvier 2015

Est-ce par maladresse ou pour ne pas bousculer le spectateur français que le distributeur d’Imitation Game a omis de parler du thème principal du film, l’homosexualité de son héros, pour n’en faire qu’un feuilleton d’espionnage ? Curieux choix en effet de privilégier l’anachronisme et le divertissement basique quand un sujet aussi actuel peut ici être mis en scène. Les films d’espionnage ont retrouvé une certaine côte auprès de l’Académie avec la belle Taupe de Tomas Alfredson. Or, Tyldum n’a pas un chef opérateur ou un compositeur capables d’allumer une mèche émotionnelle éteinte pendant trop longtemps. Sa mise en scène est bien trop effacée pour pouvoir émettre quoi que ce soit sur la relation entre notre passé et notre présent. Si Imitation Game répond à son cahier des charges en tant que biopic, peu exigeant avec son public, la pauvreté de son écriture concernant son époque, ses contraintes morales, et les archétypes qui entourent son héros n’aident pas à le rendre sympathique.

L’histoire et la finalité de l’existence d’Alan Turing sont tragiques et perturbantes. Pourtant, rien ne semble jamais inquiéter la mécanique tranquille de ce petit film académique à souhait. Ni le contexte d’une guerre meurtrière et destructrice, ni même la manière dont est considérée l’homosexualité en Angleterre à ce moment-là. Le film s’enfonce dans des brèches, aurait pu clairement traiter le sujet polémique de l’homosexualité à cette période, mais il favorise le factuel. Pire encore, il essaye de contenter tout le monde au travers d’une histoire qui, forcément, ne peut que diviser. Turing peut-il être considéré comme un héros quand il laisse périr des soldats au profit de sa machine ? Morten Tyldum, loin d’être un grand conteur, ne parvient pas non plus à insuffler de la tension dans son récit de guerre. Hormis une dernière demi-heure qui s’avère plus palpitante en osant parler du sacrifice qu’a engendré la découverte de Turing, le reste n’est qu’une longue et terrible plongée dans ce qui fait aujourd’hui la majorité du cinéma mondial. Si le cinéaste avait persévéré dans la relation très intime qui lie la machine à Alan Turing, il est clair que le film aurait pu être bien plus bouleversant et moins sage qu’il ne l’est alors.

Imitation Game n’est qu’une mécanique de cinéma bien rodée avec son alternance d’analepses, pour comprendre le personnage, la musique insupportable d’Alexandre Desplat et des performances extravagantes. Tyldum applique la recette du film à récompenses, à la lettre. C’est un produit bien façonné pour les Oscars, desquels Cumberbatch, dans la redite de ses précédents rôles, sortira gagnant avec l’aide des frères Weinstein. Il manque simplement une âme et une passion au film pour pouvoir être un peu plus proche du personnage. Dans le rebutant monde de l’hagiographie cinématographique, Imitation Game trouve une place de choix, quelques semaines après l’Invincible d’Angelina Jolie. Ne pas gêner, ne pas nuancer : On ne sera pas toujours là pour vanter la magie d’Hollywood, au vu de la banalité de tels films.2 étoiles

2 réflexions sur “Imitation Game de Morten Tyldum

  1. Personnellement je l’ai bien aimé. Je ne me suis pas ennuyée une minute. Il est sûr que le film aurait pu mettre en avant certain point comme l’homosexualité. Mais pour moi qui n’y connait rien au cinéma, ça a marché xD !

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