Kingsman : Services Secrets de Matthew Vaughn

KingsmanKingsman, réalisé par Matthew Vaughn
Avec Colin Firth, Samuel L. Jackson, Taron Egerton et Mark Strong
Scénario : Matthew Vaughn et Jane Goldman, d’après le comic book de Mark Millar et Dave Gibbons
Durée : 2h08 / Date de sortie : 18 février 2015

Et si le talent de Matthew Vaughn n’était basé que sur de l’esbroufe ? Ce sont sur ces pensées que l’on achève la projection de Kingsman. Le cinéaste britannique, jusqu’alors agile dans ses réécritures du film de super-héros, n’a pas su totalement passer le cap avec le film d’espionnage. Les références sont louables et l’enthousiasme dont fait preuve Vaughn derrière la caméra reste communicatif. Cependant, il est aujourd’hui entaché d’éléments nouveaux et d’un culte du cool qui handicapent la progression d’un récit cinématographique.

La proposition est pourtant alléchante. Dans son exploration post-moderne du genre, le réalisateur parvient à ajouter au film d’espionnage une touche britannique qui s’intègre très bien avec ses thèmes, sociaux notamment. Dans les premiers instants, une lutte des classes se dessine alors avec la lutte du prolétaire opposé aux gentlemen, ou la chute d’une mère endeuillée dépeinte en quelques secondes à l’image. Vaughn ne prend pas de pincettes, il est direct, à l’instar de son style visuel. Il faut pénétrer les premières bases de son film d’action pour comprendre que la passion à l’ouvrage du faiseur hollywoodien n’est pas si anodine que cela. S’il est exemplaire dans les scènes d’action, dépassant allègrement la lisibilité ainsi que la puissance visuel et sonore de celles produites aujourd’hui dans l’industrie, Kingsman ne demeure qu’un pastiche du genre, un peu rigolo, un peu grassouillet. Passées les scènes d’apprentissage, le film peine à se renouveler, et en revient à dépendre du style éminemment moderne du cinéaste pour que la dynamique narrative puisse vivoter face à l’énergie visuel de l’ensemble. A l’inverse de ce qu’il avait réalisé avec X-Men : First Class ou même Kick Ass, les ambitions semblent avoir été un peu rabaissées. Kingsman veut simplement être cool.

A certains instants, cette quête est louable pour la progression du film, comme dans ce monumental plan-séquence dans une église. Il arrive à point nommé, alors que le métrage peinait à créer un lien entre ses scènes d’action et un récit d’apprentissage qui, malgré la nonchalance générale du film, devait avancer. Cette douce valse entre mauvais goût et une classe british, dont Kingsman essaye de se faire le porte-parole, finit par créer une confusion dans le récit. La mise en scène de Matthew Vaughn est comme à l’accoutumée millimétrée, mais empreinte de répétitions. Elle ne se dégage en rien de ses anciennes productions, qui étaient alors destinées à une réécriture plus solennelle d’un genre porté en désuétude. La partition musicale de Henry Jackman et Matthew Margeson ne fait malheureusement que reprendre les thèmes de leurs précédentes collaborations, insérant ci et là un héroïsme à contre-courant de la parodie qu’essaye de bâtir le cinéaste. Là où les giclées de sang de Kick Ass détenaient un impact moral, portant en elles une opposition entre la responsabilité de son héros et l’espèce d’irréalité dans laquelle s’inscrivait le film, celles de ce nouveau film sont portées en paradigme d’un spectacle qui se fait davantage manifeste d’un cinéma débilitant que réel hommage au cinéma d’espionnage.

Vaughn a respecté à la lettre le cahier des charges mais n’a pas su apporter le supplément d’intelligence que l’on trouvait dans ses précédents films. Tout comme les Gardiens de la Galaxie sorti l’été dernier, Kingsman se fait le nouveau témoin d’un syndrome dans le cinéma hollywoodien aujourd’hui. Plastiquement imparable, il n’en reste pas moins totalement inoffensif, efficace par bribes, lancés un peu par hasard, sur la dégénérescence d’une société (la scène de l’église, encore une fois, le meilleur moment du film). Ses grosses failles scénaristiques le placent en un spectacle gentiment réjouissant mais en font aussi, et c’est décevant de la part du fascinant faiseur que peut être Vaughn, un film anecdotique au potentiel subversif dilapidé dans la convention du cool.2 étoiles et demi

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