Chappie de Neill Blomkamp

ChappieChappie, réalisé par Neill Blomkamp
Avec Sharlto Copley, Dev Patel, Yo-Landi Visser et Jose Pablo Cantillo
Scénario : Neill Blomkamp et Terri Tatchell
Durée : 1h54 / Date de sortie : 4 mars 2015

En 2009, la sortie de District 9 fait l’effet d’une bombe cinématographique. Instantanément porté au rang de film culte parmi les fans de science-fiction, l’ultra-réalisme de la mise en scène du sud-africain Neill Blomkamp devient immédiatement sa marque de fabrique. De nombreux films du genre avaient jusqu’alors déjà repris un cadre réel pour créer un récit pour mettre en perspective la réalité avec la fiction, mais Blomkamp l’amenait à un niveau rarement atteint, alternant tour à tour faux-documentaire et pur film de genre. Attiré par Hollywood, il ne fallut pas longtemps pour que le talent du jeune cinéaste soit remis en cause. Attendu comme le messie, Elysium avait largement déçu les attentes, mais il demeurait malgré tout, du fruit de la collaboration avec le chef opérateur Trent Opaloch, une rage, conjointement liée à une moiteur, qui hissait le film au-dessus d’un certain panier de spectacles hollywoodiens. Le retour, assez inattendu, du réalisateur confirme cette hargne pour le cinéma qui fait désormais la substantifique moelle de sa filmographie. Avec Chappie, Neill Blomkamp signe ainsi le troisième volet de sa réécriture terriblement réaliste du film de science-fiction en empruntant ici les chemins du récit initiatique.

Le genre en compte déjà de nombreux, comme il dénombrait déjà beaucoup de films de lutte de classes. Cela ne semble pas pour autant faire peur au Sud-Africain. Au-delà de l’échec que représente ce nouveau film, bien moins intense que ses prédécesseurs, il subsiste malgré tout d’honorables ambitions dans ce cinéma de la terreur sociale. Le retour légitime de Blomkamp, dès les premières images, à un mode de fonctionnement narratif semblable à celui de District 9 semble rappeler quels thèmes espère emprunter le réalisateur. Chappie sait par quelques moments se montrer aussi passionnant que touchant, grâce à l’évolution d’un personnage éponyme qui touche de près le statut d’humain. La naissance et la jeunesse de ce robot auraient pu constituer à eux seuls, dans un cadre beaucoup plus intimiste et nettement moins dominé par la pyrotechnie, l’apogée du travail de Blomkamp. En pénétrant d’emblée le rapport qui mène l’homme à la machine et en l’insérant dans le contexte social de l’Afrique du Sud, il est clair que ce troisième aurait clairement pu gagner en ampleur et en émotions.

Malheureusement, une heure passée, le film accumule les faux-pas et n’invite plus, à l’instar d’Elysium, à une quelconque clémence. Le passage à Hollywood a beau avoir été très compliqué pour le réalisateur, il n’empêche que l’on ne retrouve plus la violence sourde de ses deux premiers métrages. Quelques séquences de mise en bouche et de rares giclées de sang ne suffisent pas pour instiller une quelconque moiteur à une mise en scène déjà bien mécanique et à un scénario branlant. Entre le récit d’apprentissage, inspiré de l’écriture des contes, et ce visage noir et sans concessions d’un capitalisme autoritaire, Chappie a du mal à trouver sa vraie place, une force nouvelle. Si ce n’est l’élaboration au départ passionnante de son héros, le film répète les quelques défauts d’Elysium, son manichéisme accidentel, et une superpuissance des images qui devient assourdissante. Blomkamp a clairement cherché à modifier l’expérience de la salle, par le biais de films aussi exigeants visuellement que dans leur propos. Sa jeune filmographie est faite de films à l’ampleur colossale. L’introduction de Hans Zimmer à la musique, replongé dans ses sombres heures, donne une impression de trop-plein, d’overdose. A l’inverse des autres films du genre récemment produits par Sony, l’univers est riche mais gâché par une succession de lourdeurs qui aurait pu largement être évitée par un montage plus précis. Blomkamp, caché derrière un marketing de plus en plus flagrant, l’aurait-il perdu ? La question reste en suspens.

On ressort étrangement bras ballants de ce troisième long-métrage, tant l’ambition et la générosité visuelles de Blomkamp sont les signes d’un emballement créatif évident mais aussi d’une surcharge qui cache sans doute une certaine vacuité dans le propos. Pas forcément aidé par un casting en demi-teinte (Dev Patel excelle lorsque les trublions de Die Antwoord patinent dans un jeu grimaçant), le réalisateur esquisse des pistes extrêmement prometteuses, sinon visionnaires en termes de cinéma, mais ne les transforme pas. Son exploration ultra-connectée de la conscience, ainsi que sa mise en forme par la technologie, sont autant de visions qui paraissent aussi grotesques qu’excitantes. C’est ainsi toute la contradiction d’un cinéma construit avec une spontanéité et un savoir-faire réels mais rattrapé par les griffes d’un système cynique et opportuniste. 2 étoiles

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