A trois on y va de Jérôme Bonell

A trois on y vaA trois on y va, réalisé par Jérôme Bonell
Avec Anaïs Demoustier, Félix Moati, Sophie Verbeeck et Patrick d’Assumçao
Scénario : Jérôme Bonell et Maël Piriou
Durée : 1h26 / Date de sortie : 25 mars 2015

On ne s’attendait sûrement pas à voir cela. Une comédie, française qui plus est, où Anaïs Demoustier galope sur les toits, où l’amour se consomme à trois et dépourvue, en plus, de la mièvrerie habituellement offerte avec le genre de la comédie romantique. Jérôme Bonell n’a pas pour autant versé dans le cynisme, arpentant le genre avec une spontanéité et une vivacité rares. A trois on y va est la première très belle surprise de ce début d’année. Une perle même sur l’instant, quand on se souvient des récents et insipides exercices du genre (le film de Manu Payet, Toute première fois). Des films qui forçaient la main à leurs influences américaines et qui manquaient cruellement d’identité. Celui de Bonell, son charme constant, l’ivresse qui en découle, fonctionne à plein régime. Passée une première moitié poussive, où le cinéaste présente ses personnages et l’ambiguité toute relative de leur relation, le film va de l’avant avec une sensibilité qui est belle à voir. Une de celles qui prend le coeur du spectateur et le secoue délicatement. C’est autant un film d’amis qu’une belle fable tourmentée, se balançant entre des vrais moments de comédie et une gravité moins évidente, sur un couple en proie au doute et au temps qui passe. Derrière ce titre rigolard mais énigmatique, n’y aurait-il pas la conscience cachée d’un amour révélé trop tôt ? Cette question de la représentation de la relation amoureuse et la mise en forme de sentiments forts est le coeur de ce sixième long-métrage.

Usant de gags récurrents, répétant une jolie symétrie du couple uni à l’image et étant pourvu de dialogues savoureux, A trois on y va tient surtout par les prestations de ses acteurs. Felix Moati, rarement supportable jusqu’alors, livre une performance assez épatante. Ses maladresses constituent une grande part des ressorts comiques du film. Jérôme Bonell le fait sortir de ses habituels rôles de petit rebelle et montre en lui une sensibilité, une mélancolie étonnante à bien des égards. Accompagné par une Anais Demoustier comme à l’accoutumée aussi pétillante que sensuelle et la mélancolique Sophie Verbeeck, le trio fonctionne à merveille, instantanément, sans qu’aucun ne prenne le dessus sur l’autre. La vision de cet amour par trois, dont le sexe n’est pas la finalité de leur relation mais une mise en perspective de la liberté de leurs passions, dessine progressivement la quête du film. En ces temps de débats sur le mariage, sur ceux qui doivent en porter « le flambeau », la réécriture de la traditionnelle scène de fête, faite pour rallier les couples désunis par leurs péripéties, est ici la flamboyante mise en scène de leur singularité. Cette montée en puissance émotionnelle et comique sert autant le film qu’elle en met aussi en avant les défauts. Une scission avec une première partie plus maladroite, dans ses effets et l’entremêlement de ses références (de la Nouvelle Vague à Woody Allen) et les magnifiques subtilités de la deuxième, empêche le film d’être aussi efficace qu’il le voudrait. En l’état actuel des choses, A trois on y va n’en reste pas moins l’une des plus belles comédies françaises depuis un certain temps. Sa mécanique du rire et l’humanité qu’elle parvient à lui ingérer est parfois impressionnante.

Sans hystérie mais en racontant de la plus simple des manières l’histoire parfois fragile de ce triangle amoureux, Jérôme Bonell vient donner un peu de contemporanéité et d’élégance à un genre codifié et mollasson en France. Il peut être regrettable de voir le film revenir vers un certain conformisme après avoir porté si haut, si joliment cette liberté des sentiments amoureux qui peut, de façon communicative, animer personnages comme spectateurs. A trois on y va, malgré ses menus défauts, parvient à nous dépayser une petite heure et demie au-delà de nos a priori, pour cette histoire, atypique dans un pays qui s’accroche à ses divisions, de personnes qui s’aiment et qui ne vivent que pour cela.4 étoiles

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