Fast and Furious 7 de James Wan

Fast and Furious 7Fast and Furious 7, réalisé par James Wan
Avec Vin Diesel, Paul Walker, Jason Statham et Michelle Rodriguez
Scénario : Chris Morgan
Durée : 2h17 / Date de sortie : 1er avril 2015

Vu de l’extérieur, rien n’a changé pour l’interminable saga à gros bolides. Mêmes personnages, même goût prononcé pour le disgracieux, l’incroyable et cette mièvre image de la famille qui en ont fait une série culte bien que moquée. Encore une fois, cette bande se réunit pour prononcer des répliques d’une philosophie douteuse, Michelle Rodriguez a toujours des trous de mémoire et le spectateur s’interroge. Où va la série, sinon dans le mur ? Néanmoins, il remplie encore assidument les salles, s’empressant d’y rentrer dans un contexte singulier. Car, une fois pénétré la salle, entre excitation et appréhension, quelque chose a remarquablement bousculé la machine vrombissante. Qui aurait pu croire un jour que ce blockbuster bas du front puisse prétendre au statut d’oeuvre posthume ? Avec la mort d’une de ses figures historiques en novembre 2013, Paul Walker, Fast and Furious prend une tournure aussi malsaine que vibrante. Rarement, ce genre d’oeuvres n’aura soulevé autant les masses et provoqué un sentiment aussi fort de solidarité dans une salle que l’on ne préférait alors pas fréquenter.

Au-delà de ses évidentes qualités, ce nouvel épisode est une expérience de salle puissante, où la grossièreté embrasse accidentellement le très beau. La folie de la mise en scène de James Wan, qui conduit en bon chef d’orchestre le chaos pendant deux heures et quart, est communicative. Les premières images sont effrayantes, mais annoncent le ton : la série a définitivement abandonné la réalité. Les villes sont devenues un vaste terrain de jeu, et de destruction massive, ses héros sont invincibles et les poursuites sont interminables. Wan, habitué à mettre en images des phénomènes surnaturels (Conjuring ou Saw), crée ici une épopée chevaleresque, voire titanesque, en plein dans son époque, où les images fracassent la rétine et les combats sont iconiques. Tout est exacerbé : chaque scène d’action dépasse outrageusement toutes les limites possibles, en termes d’explosions et de durée, chaque personnage a droit à son instant de gloire et chaque apparition de Paul Walker est intense. Vin Diesel et Jason Statham se battent avec des barres de fer sur des choeurs d’opéra, mais on accepte sans broncher ce voyage insensé. Même si la saga n’a pas évolué d’un iota dans le fond, le plaisir est total. Le scénario y est pauvre, les enjeux simplissimes mais l’expérience avec d’autres spectateurs dans ce rollercoaster pyrotechnique est délirante. Les applaudissements marquent chaque moment-clé du film, et la folie imprègne la salle. Loin de ses premiers volets inintéressants et sans ampleur, Fast and Furious 7 approche aujourd’hui avec une générosité réjouissante le blockbuster décérébré d’espionnage.

Entre la comédie et l’actioner, ce nouveau volet semble en outre avoir gagné une bataille loin d’être évidente. En inscrivant son récit dans une irréalité quasi-totale, où le monde n’est que luxe et outrance, mais en mettant ses héros au centre de tous les enjeux, la saga trouve enfin le renouvellement amorcé par le cinquième volet. Dwayne Johnson, dans ses rares apparitions, renforce ce sentiment de grand guignolesque dans une série anciennement considérée comme cynique et amorphe. Fast and Furious a peut-être perdu une part de son identité en délaissant les réunions de tuning pour les gadgets d’espions, mais a acquis un gigantisme teinté d’auto-dérision et un propos de plus en plus méta revigorants.

On croyait qu’on pouvait pas faire mieux, balance fièrement Walker avant de sauter d’un avion… en voiture. Pourtant, cet épisode fait figure d’apogée dans la série, tant elle arpente avec légèreté un genre codifié et en explose les barrières du rationnel. L’hommage final rendu à l’acteur conclut sobrement le film, se montrant bien plus à l’aise qu’auparavant dans son dosage des émotions. Quand la fiction bouscule la réalité, Fast and Furious 7 trouve enfin sa recette idéale. En dépit d’un récit banal, ce nouveau volet rappelle un certain âge d’or du blockbuster, destiné à tous et très réjouissant dans sa finalité.3 étoiles et demi

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