Shaun le mouton de Mark Burton et Richard Starzak

Shaun le moutonShaun le mouton, écrit et réalisé par Mark Burton et Richard Starzak
Avec les voix VO de Justin Fletcher, John B. Sparkes, Omil Djalili et Richard Weber
Durée : 1H25 / Date de sortie : 1er avril 2015

Si chez de nombreux studios d’animation, le passage du petit au grand écran pour un programme peut s’avérer périlleux, les courageux Aardman n’en sont pas à leur coup d’essai. Avec cinq films en quinze ans, les Anglais prennent le temps de développer chacun de leur projet et doivent aussi faire face à la complexité de la technique de la stop-motion. Après l’adaptation très réussie de Wallace et Gromit il y a dix ans, celle de Shaun le mouton arrive à un moment où l’hégémonie de l’animation a pris un nouveau tournant. La rareté de Pixar lui joue des tours, Dreamworks tourne de l’oeil avec des productions d’une impressionnante médiocrité, tandis que Ghibli s’en est définitivement allé de ce microcosme créatif infernal. A contrario, la nouvelle production british détonne face à une animation qui se fait plus furieuse, presque épileptique, et dénuée de toute beauté. Sans dialogues et adoptant un récit simple, celui d’une évasion de Shaun et de sa bande des mains de leur berger, Shaun le mouton est un trépidant voyage initiatique, qui parcourt le temps et la ville et en formule un regard très juste sur notre époque.

Passée une première demi-heure qui sert d’exposition à l’histoire, le nouveau né d’Aardman Animations ne tarde pas à fortement étonner. Maniant avec une très grande maîtrise un référentiel vaste et pop, de la Nuit du Chasseur à Breaking Bad, Shaun le mouton multiplie à un rythme fou les réécritures de paradigmes cinématographiques. Du film d’évasion au film de bande, plus intime et plus touchant, Mark Burton et Richard Starzak ont amené chacun des genres arpentés dans les films Aardman jusqu’alors pour en conclure à un film-somme, aussi paisible que percutant dans sa contemporanéité. Outre les péripéties des compagnons de Shaun, le film sait aussi établir un discours bien plus incisif sur le monde d’aujourd’hui, faisant d’un berger une célébrité instantanée et éphémère, appliquant à la coiffure les gestes répétés sur ses moutons. Pop mais loin d’être bête, le métrage parvient à coudre en une heure et demi à peine des récits annexes qui en font une oeuvre bien plus dense et profonde qu’elle pourrait en avoir l’air.

Le retour inattendu de la bande vers son berger fait figure d’allégorie des plus émouvantes du travail des artistes d’Aardman au fil du temps. L’image d’un homme retrouvant cette famille de substitution parvient en un instant à faire passer Shaun le mouton d’oeuvre rigolarde à celle de surprise très attachante. Le récit d’apprentissage se joint parfaitement à une exploration d’une culture faite d’icônes et de bouts de vie. Sans un mot en poche mais avec un savoir-faire absolu, ce sixième métrage signé Aardman est une totale réussite, pourvue d’un humour universel et dévastateur, dont la beauté se trouve simplement, face à nous, dans cette expédition menée tambour battant de moutons face à la cruelle et dictatoriale métropole.4 étoiles

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