Mad Max : Fury Road de George Miller

Mad Max : Fury RoadMad Max : Fury Road, réalisé par George Miller
Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Zoë Kravitz et Nicholas Hoult
Scénario : George Miller, Brendan McCarthy et Nick Lathouris
Durée : 2H / Date de sortie : 14 mai 2015

C’est un rêve de cinéphile qui s’est réalisé. C’est un peu comme si le cinéma lui-même venait de connaître un nouveau sursaut majeur dans une époque que l’on qualifiait fréquemment de léthargique en termes de grands spectacles. Ce nouveau film de George Miller est d’autant plus beau qu’il a le goût d’une revanche. Une grande et majestueuse sur ceux qui ont désavoué son autre oeuvre majeure en 2011, Happy Feet 2, qui ne faisait qu’annoncer ce Mad Max : Fury Road. De galère en galère, Miller n’a pourtant jamais abandonné ce qui est l’oeuvre de sa vie, celle qui en a fait un cinéaste majeur et un véritable visionnaire pour des générations d’artistes à venir. Avec des moyens plus impressionnants que ceux de la première trilogie, il n’y a aucun doute sur le fait que ce nouvel épisode, trente ans après, laissera une marque indélébile sur le cinéma. D’emblée, le film annonce son ampleur faramineuse, au terme d’une scène pré-générique qui est déjà un modèle de montage et énonce les ambitions de Miller. Avec Fury Road, l’Australien va concilier les cinémas de toute époque, de tous les genres, avec comme seul point de mire le spectacle dans ce qu’il a de plus total.

Pendant deux heures de folie ininterrompue, ce renouveau pour Max Rockatansky se construit sur la base d’un opéra visuel et sonore, avec de gigantesques scènes d’action qui délimitent les actes. Autour de ces scènes, et avec un sens de la mise en scène et du montage virtuose, Mad Max bâtit par l’image des thématiques d’une puissance et d’une modernité sans équivoque. Oeuvre contemporaine, frappée d’une actualité des plus débordantes, le film de George Miller trace le parcours de femmes comme on voit que trop peu au cinéma, dévouées à la survie et sauvages, embrasse cette même soif de savoir qui rayonnait déjà chez le héros d’Happy Feet et dépeint un monde semblable au nôtre subissant le contrôle des masses par des besoins naturels. Avec peu de dialogues, mais grâce à une véritable puissance des images, Miller va au-delà de la redite et des espérances les plus folles en matière de cinéma. Le spectacle y est total et universel. En empruntant la construction des scènes de poursuite au cinéma muet, en créant la collision des personnages par la profusion éblouissante des couleurs, Mad Max : Fury Road convoque la mémoire au jamais-vu et brouille tous les canons du blockbuster pour amener le spectateur à n’en suivre qu’un, le sien. Finies les comparaisons avec tout ce qui s’est fait auparavant. L’oeuvre de Miller, en quelques minutes seulement, nous parvient déjà en mètre-étalon du genre. Sa façon de renverser l’ordre des sexes dans le spectacle, en mettant Max dans une position d’asservi ou de sauveur partiel remplacé par l’incroyable Furiosa, est une révolution en soi. Charlize Theron en vient à mener la danse du film grâce à une prestation brillante et conquérante, tandis que Tom Hardy, nouveau Max plus intérieur mais pas moins impressionnant que Mel Gibson, apporte avec son regard halluciné de l’humour à une oeuvre folle.

Mad Max : Fury Road

A vrai dire, il n’y a pas réellement d’erreurs dans le film, tant Miller semble avoir tout vu à l’avance, preuve en est qu’il reste encore un visionnaire de cinéma. Son plan de film à grand spectacle est un idéal de cinéma tout entier. Parvenu en hors compétition au Festival de Cannes, il vient aussi briser une certaine hiérarchie du cinéma en montrant ce que le cinéma populaire peut apporter de plus grandiose et viscéral au cinéma mondial. C’est une claque sur deux heures. Sans doute, et n’y allons pas par quatre chemins, depuis la première trilogie des Star Wars n’avions-t-on pas vu un film prendre tant de risque avec son récit. En étendant son histoire entière sur une poursuite de près de deux heures, Mad Max : Fury Road ne met aucun personnage sur le côté et développe au fil de l’action et de leurs décisions chacun d’eux. De Max à Furiosa, de Immortan Joe à Nux, Miller prouve une nouvelle fois la cohérence totale de sa filmographie en y injectant les mêmes personnages, accompagnés de réminiscences musicales, dans un cadre différent selon l’époque. On retrouve chez Nux, interprété par le très bon Nicholas Hoult, autant du héros porcin de Babe que de la fibre enfantine d’Erik de Happy Feet, un désir de reconnaissance par des figures d’autorité ou mystiques. Cette façon de croire en l’incroyable et en l’humain mais aussi de critiquer celles qui abusent de notre existence constitue la moelle épinière du travail du cinéaste australien. Continuellement tournée vers l’existence, l’oeuvre de George Miller va vers ce qui fait l’existence même du cinéma, la passion de l’ouvrier à mettre en images l’homme dans ce qu’il peut avoir de plus extraordinaire ou de répugnant. Celle de Miller est unique parce qu’elle met en avant l’esprit d’un groupe et se ressent aussi dans les entrailles de ses images.

Voir Mad Max : Fury Road au cinéma c’est aussi se souvenir, à des temps où cet art se consomme partout, perdant de son unicité, que la salle reste le lieu de tous les souvenirs. La projection de ce film titanesque, un classique instantané, vous en laissera pour longtemps. Grande odyssée humaniste dans les tréfonds de l’horreur, cette suite qui fait figure de renaissance pour le cinéma à grand spectacle est un choc artistique qui pourrait devenir, avec le temps, un véritable leitmotiv de cinéma et inspirer de nouvelles générations de cinéphiles et cinéastes. A l’heure actuelle, George Miller vient simplement de prouver au monde que ses envolées visuelles n’avaient rien d’artificielles mais que leur moteur est et restera avant tout l’humain. Fury Road est une expérience à vivre, un monstre que chacun pourra reconstruire selon son imaginaire.5 étoiles

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