La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot

LA TÊTE HAUTELa Tête Haute, réalisé par Emmanuelle Bercot
Film d’ouverture du 68ème Festival de Cannes
Avec Catherine Deneuve, Rod Paradot, Benoît Magimel et Sara Forestier
Scénario : Emmanuelle Bercot et Marcia Romano
Durée : 2h / Date de sortie : 13 mai 2015

Difficile de trouver un style Bercot, deux ans à peine après Elle s’en va, difficile aussi de comprendre pourquoi le Festival de Cannes en a fait son film d’ouverture. Impossible de retrouver ce qui faisait la composante des précédentes ouvertures, soit le faste et le glamour, dans une oeuvre aussi intime et malade. Cette rupture en choisissant un film social et enragé peut aussi être vu comme une porte ouverte à d’autres cinémas, ceux explorés par les femmes et qui se font encore rares. La vision d’Emmanuelle Bercot suit, à ceci près, la trajectoire ultra-réaliste de Maiwenn. Pourtant, là où cette dernière appuie chacune de ses intentions d’une approche tire-larmes nauséabonde, l’autre préfère arpenter la vie et la descente d’un enfant devenu délinquant sous la forme du conte macabre.

Après avoir parcouru en quelques minutes seulement des années d’existence et de désespoir de la vie de Malony, une tête brûlée dont la ressemblance avec Antoine-Olivier Pilon de Mommy est saisissante, le film décide d’aller plus en profondeur dans sa démarche et la renaissance souvent avortée de son héros. L’intérêt principal du métrage se trouve dans cette capacité à canaliser la violence esthétique de son personnage principal, interprété magistralement par Rod Paradot, dans un récit des plus réalistes. Confronter son animosité à des structures qui veulent l’encadrer. Si Bercot a clairement du mal à digérer un flot d’influences très pesant sur le film, s’exprimant tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’histoire (bande-originale rejouant quelques grands morceaux), l’énergie qu’elle lui injecte est naturelle, presque inédite. Car bien que le film ne finisse jamais par se retirer de sa veine sociale, La Tête Haute est surtout le portrait d’une administration qui brûle, aux frontières brouillées par l’humain et l’autorité.

Les personnages de Catherine Deneuve et Benoît Magimel, qui prouve la puissance de son jeu quand il est au service de films intelligents, sont de ce fait bien plus importants qu’ils n’en ont l’air. L’une fait figure de mère de substitution, tandis que l’autre, sur la corde raide entre père et miroir des années passées, essaye de redonner un souffle à Malony. Cette ambiguité, présente dans la majorité des drames familiaux aujourd’hui, donne cependant de la consistance au caractère fataliste du récit du héros. Ici, il n’est pas question de récit d’initiation, mais de survie, face à des démons qui ensorcèlent de plus en plus Malony. La structure du film vrille parfois vers l’inconsistance, répétant sans cesse les mêmes scènes de discussion chez la juge, comme un rituel, la Tête Haute comporte aussi des moments qui rendent un peu plus noble un film qui ressemblait en tous points à une impasse. Des scènes de nuit aux scènes d’amour, Emmanuelle Bercot trouve dans ces instants de paix une certaine beauté qu’elle associe bien avec la photo de Guillaume Schiffman, chef opérateur attitré de Michel Hazanavicius, et son époux dans la vraie vie. A défaut de briller par la finesse de son portrait ou de signer un renouveau qui se fait péniblement attendre dans le cinéma social, le sixième film d’Emmanuelle Bercot n’en demeure pas moins un exercice convaincant et fort qui dresse une vision sans concessions d’une jeunesse à la dérive.3 étoiles

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