La loi du marché de Stéphane Brizé

La loi du marchéLa loi du marché, réalisé par Stéphane Brizé
Avec Vincent Lindon, Yves Ory, Karine de Mirbeck et Matthieu Schaller
Scénario : Stéphane Brizé et Olivier Gorce
Durée : 1h33 / Date de sortie : 19 mai 2015

Thierry a été licencié. Mais il veut survivre. Dans cette jungle infernale qu’est le monde du travail, il a une femme et un enfant handicapé. La loi du marché suit son nouveau parcours, sa renaissance et son retour parmi les vivants après avoir vu la mort de l’entreprise dans laquelle il travaillait. Vincent Lindon y brille. Son humilité et son aisance à intérioriser une rage qui plane au-dessus de tous ses gestes en font un personnage instantanément attachant. L’acteur va au-delà de la prestation engagée, comme l’ont fait et le font encore bien des acteurs insupportables. Celle de Lindon est un geste de cinéma, une mise en scène des gestes et des corps à elle seule. Tout en paraissant naturel, chaque mouvement semble aussi très travaillé, preuve d’un talent incontestable. Ç’aurait pu être un film d’horreur sur le marché du travail, mais le cinéaste préfère épouser les genres. Du film social au drame intime, il y a autant de terreur que d’espoir dans le film de Stéphane Brizé. A chaque nouvelle désillusion, on attend un sursaut. Mais le réalisateur préfère filmer cette longue marche silencieuse vers la morale sous le jour d’un parcours semé d’embûches et de souvenirs traînés dans la boue. On y voit à travers le regard de Thierry, allant d’une situation extrême à une autre, tout en plans-séquence, sans cligner des yeux. Il est une ombre au milieu de la foule, le fantôme d’un autre Thierry.

Quelques séquences viennent adoucir le portrait mais Brizé ne fait aucune concession à son personnage. Sans rien commenter, mais en montrant suffisamment, le cinéaste porte une charge sévère aux rouages du libéralisme au travers d’une galerie de personnages tous plus violents ou impuissants les uns que les autres. Une hiérarchie dans laquelle chacun fait sa loi ou la subit en silence. Une représentation animale qui, au-delà de la dichotomie apparente, redistribue les cartes du cinéma social en France et redonne du sens au genre. Un cours de danse, semblable à une scène de premiers pas, ou la séquence d’un Thierry en féroce négociation pour vendre son mobile-home, sont toutefois les signes d’un homme qui n’a pas encore complètement abandonné son combat intérieur. Rien de trépidant dans cette expédition fantomatique mais des scènes lourdes de sens sur ce que peut être le licenciement. Sans faire figure de film terminal sur le sujet, Stéphane Brizé aborde malgré tout avec une certaine subtilité et une rage de cinéma l’après-licenciement, la descente et la remontée. Plus qu’un film social, La loi du marché est avant tout un film sur l’insociabilité sociabilité des hommes. Un monde où la société ne vient servir que des intérêts personnels avant de servir le bien de la communauté. Le portrait est glaçant de réalisme, mais nécessaire et offre à Lindon l’un de ses rôles les plus riches symboliquement. Jamais aurait-on pu imaginer que ce personnage triste en apparence puisse contenir une telle humanité, une source de vie et d’espoir sans le savoir.4 étoiles

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