Mustang de Denis Gamze Ergüven

MustangMustang, réalisé par Denis Gamze Ergüven
Avec Erol Afsin, Günes Nezihe Sensoy, Doga Zeynep Doguslu et Tugba Sunguroglu
Scénario : Denis Gamze Ergüven et Alice Winocour
Durée : 1H37 / Date de sortie : 17 juin 2015

C’est encore une fois la chaleur cannoise qui a frappé les cinéphiles. Ça ne peut être que cela, de toute manière. Si on omet la quantité astronomique de films à voir et les soirées très arrosées qui finissent par éclater la rétine de toutes parts. Car Mustang, malgré des qualités évidentes, n’a rien du choc annoncé par les festivaliers qui, comme chaque année, guettent l’arrivée d’un film différent – ou a contrario plus abordable pour être expliqué au grand public – pour le porter aux nues. A sujet problématique, soit la tradition hautement contestable du mariage forcé en Turquie, l’approche évanescente de Denis Gamze Ergüven n’apporte guère de clarté. Si la photographie, ravissante, injecte de la candeur et de la luminosité à cette prison à ciel ouvert que peut être le patriarcat, la réalisatrice peine à trouver un équilibre. Considéré ci et là de Virgin Suicides à la turque, l’inexactitude de celle-ci, dont c’est le premier long-métrage, se ressent pleinement sur le rythme du film. Souhaitant aussi bien manier le drame intime et, plus tard, le film d’évasion, on ne trouve pas dans Mustang la vision pleinement investie dans la jeunesse d’une Sofia Coppola. C’est une bonne chose, mais ce n’est pas encore aujourd’hui qu’émergera un nouveau grand cinéaste du désir adolescent.

En ayant sans doute trop conscience de la violence de son sujet, Denis Gamze Ergüven oublie peu à peu l’idée de renouvellement et une langueur s’installe. Habituellement source de réjouissance dans les films sur la jeunesse, elle paralyse ici un récit qui répète de manière incessante les scènes de mariage et de célébration qui, d’abord étourdissantes, perdent de leur charme et de leur ambiguïté. Du jeu de rôles entre les filles, dont la volonté de faire subsister leur féminité est un moteur de vie commun à toutes, il ne découle aucune malice, sensualité ou sentiment de dangerosité. La jeune cinéaste récite et appose des gammes, des codes visuels scolaires à son film. Si de quelques séquences (un saisissant travelling sur une plage où les hommes, en prédateurs, courent après les filles) émerge une beauté fragile, par sa rareté à l’écran, Mustang rappelle aussi la difficulté du cinéma, aujourd’hui, à capter par la fiction la complexité de thématiques propres à notre réel, souvent mises en récit de façon simpliste par les médias. La réussite totale du récent Taxi Téhéran de Jafar Panahi, qui va aussi à l’encontre des interdits, pourrait prouver le contraire, mais il ne respire pas une même nécessité de cinéma chez l’Iranien que chez la Franco-turque. Là où chez l’Iranien la cinéphilie faisait figure de rébellion contre un système politique autoritaire, il ne respire que trop de tranquillité dans ce film pour susciter un retournement chez le spectateur. Malgré un dernier tiers plus intéressant, où s’impose véritablement un enjeu de survie pour les filles, rien ne jaillit stylistiquement ou narrativement pour sauver le spectateur de l’ennui dans lequel il s’est confortablement installé.

N’apportant que peu de nouveauté à son sujet, si ce n’est un regard juvénile, le premier essai de Deniz Gamze Ergüven est particulièrement inégal, incapable de transcender par son joli emballage formel un récit sensible et empreint d’une actualité brûlante. Il manque du panache, du lyrisme à un film qui ressemble souvent à un triste assemblage de situations convenues, pour toucher autant qu’il voudrait le faire. L’appui maladroit d’une voix-off relativement vaine vient s’ajouter au tableau d’un étrange premier film baigné d’influences et, finalement, assez poseur.2 étoiles

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