Entourage de Doug Ellin

ENTOURAGEEntourage, réalisé par Doug Ellin
Avec Adrian Grenier, Kevin Connolly, Kevin Dillon et Jerry Ferrara
Scénario : Doug Ellin et Rob Weiss
Durée : 1h44 / Date de sortie : 24 juin 2015

Dans un temps comme le nôtre, où la frontière entre cinéma et séries se réduit à chaque rentrée télévisuelle, le retour d’Entourage, belle création de HBO éteinte en 2011 après sept années de service, peut paraître mystérieux. Plus que jamais, la télé se nourrit du cinéma en y embarquant des cinéastes aguerris et en y empruntant des chemins narratifs de plus en plus comparables à ceux du cinéma. Mais, l’inverse, que le cinéma prenne exemple sur la construction à rebours des séries, ne semble pas aussi flatteur et pourtant il se développe, dans les grandes franchises d’aujourd’hui par exemple. Entourage sur grand écran a donc l’allure d’un grand paradoxe. Après huit saisons, et de nombreuses critiques sur son manque d’enjeux, la série pouvait-elle emprunter un autre chemin avec le cinéma ?

Il semble clair dès les premières images et le générique que la série n’a pas changé d’un iota. Cette transition vers le grand écran est ici un prétexte à un spectacle grandiloquent, parfois poussif, voire indigeste, suivant la longue et douloureuse première expérience de son héros, Vince, en tant que réalisateur. Doug Ellin s’amuse et ça se sent. Comme peu de séries ont su le faire, notamment Sex and The City, le créateur de la série a pris conscience des exigences de ce nouveau format. Si le scénario ressemble en tous points à ce que la série montrait jusqu’alors, une autopsie parfois acerbe mais toujours amusée d’Hollywood par une bande d’amis, Entourage a pris en grandeur, plus pétaradant que jamais. Il ne faut pas cinq minutes pour comprendre que le film ne veut pas montrer le retour vers le droit chemin de son héros, déjà divorcé après son mariage à la fin de la série, mais bien persévérer dans ce qui fait l’essence de la série. C’est peut-être là la faiblesse et la qualité du film, tant on sent la volonté de Doug Ellin à toucher de nouveaux publics, dont la série leur était sans doute inconnue. Très rapidement, le récit de Vince est évincée au profit de scènes de plus en plus géniales mettant en avant l’excentrique et formidable Ari Gold. Le petit écran en avait fait assez vite le porte-parole de la série. Le film, fugace, lui offre les meilleurs morceaux, avec des répliques cinglantes et une allure presque gracieuse.

A vrai dire, au milieu de ces retrouvailles, Ari, brillamment interprété par Jeremy Piven, est celui qui s’en sort le mieux et qui ne subit pas les années d’absence entre la fin de la série et la sortie du film. Sans doute conscients de leur statut de relique dans un Hollywood qui ne leur ressemble plus, qui a perdu de cet esprit de bande, les personnages avancent avec une fragilité que l’on ne leur connaissait pas auparavant. Si Doug Ellin a parfois du mal à le retranscrire à l’image, il n’y a qu’à voir le récit autour du personnage de Drama, joué par Kevin Dillon, pour comprendre cette peur d’être oublié qui hante les héros. Série d’un autre temps, fragment d’une époque de télévision qui n’avait pas besoin de la noirceur et d’enjeux dramatiques exacerbés pour être épatante, le film de Doug Ellin est un beau divertissement, peu surprenant certes, mais écrit et mis en scène avec une énergie si sincère qu’elle en fait oublier l’anachronisme du projet. La photo de famille à la fin du film suffit à comprendre son origine et ce qu’il a toujours voulu être : Entourage n’est rien d’autre qu’une réunion de potes, des grands enfants revenus le temps d’un film dans ce lieu de tous les excès qu’est Hollywood. Son intérêt est contestable, mais le plaisir y est.3 étoiles

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