Magic Mike XXL de Gregory Jacobs

Magic Mike XXLMagic Mike XXL, réalisé par Gregory Jacobs
Avec Channing Tatum, Matt Bomer, Joe Manganiello et Kevin Nash
Scénario : Reid Carolin
Durée : 1h55 / Date de sortie : 8 juillet 2015

Tourné dans la vague des films d’adieu au cinéma de Steven Soderbergh, Magic Mike est celui qui a connu la plus belle carrière au box-office mondial (167 millions de dollars, mais un échec en France). Le hasard de la distribution française avait même fait qu’il y avait deux films du cinéaste sortis à un mois d’intervalle à l’été 2012, Piégée et celui-ci. Soderbergh, cinéaste prolifique mais soudainement pris dans un rythme stakhanoviste, avait jeté ses dernières forces dans ces quelques films, anomalies d’une filmographie éclectique et passionnante, avant de partir pour la télévision avec The Knick. L’industrie avait donc besoin d’une suite à un premier film sympathique et actuel (les difficultés d’un entrepreneur à créer en temps de crise). Gregory Jacobs, assistant réalisateur du cinéaste retraité, a pris la place de réalisateur pour tout ce qui ressemblait à une embuscade, visant un public spécifique, où s’empileraient les séquences conformistes et putassières.

Pied de nez total. Avec Magic Mike XXL, nom trompeur qui annonçait une suite sous la forme d’un director’s cut, sans audace ni supplément d’âme, Jacobs vient surtout donner un peu plus d’épaisseur narrative à un spectacle désormais grandiose et enlevé. Si Soderbergh est toujours présent à la photographie et au montage sous ses éternels pseudonymes (Peter Andrews et Mary Ann Bernard), Gregory Jacobs a su ajouter à cette suite la force des films de gladiateurs. Ici, bien qu’il soit question de retour à son passé de strip-teaser pour le héros éponyme, il n’en demeure pas moins qu’elle doit mettre un peu plus en valeur son émancipation sur le monde du spectacle. Dans ce road-movie qui ressemble en tous points à une réunion des troupes avant l’ultime parade à venir, l’atmosphère y est chaleureuse, joueuse mais adroite dans ses effets. Magic Mike XXL est riche de scènes dénudées, mais elles ne font pas pour autant figures d’automatismes pour appâter un public désigné par avance. Il y a autant du film de potes dans ce film que du spectacle sensuel, où le plus important pour chaque danseur (ou showman professionnel, comme ils aiment à se considérer) est un retour au naturel. La puissance du film ne se trouve pas tant dans sa récitation parfaite du modèle des franchises hollywoodiens (la recette Harder, BIGGER, faster, stronger) mais dans sa prise en considération des bouleversements sociaux de l’Amérique d’aujourd’hui.

De ce fait, chaque scène de danse est un renouvellement perpétuel en fonction du public face auquel se trouve la troupe. Autour d’un quiproquo pour lequel la bande se retrouve face à un groupe de femmes plus mûres, et pour la plupart divorcées, la séduction prend une toute autre tournure. Jacobs balaye, grâce à un jeu très intelligent sur l’ellipse, les corps pour ne faire subsister que le langage. Mike s’écarte de la scène pour laisser ses amis séduire, par les mots et le chant, ces femmes qui refusent, telles des déesses cloisonnées dans leur immense demeure, la vulgarité du monde extérieur. Avec cette réécriture sous-jacente des mythes par la fascination contemporaine pour les corps, Gregory Jacobs persévère d’une belle manière dans la veine laissée par Soderbergh avec Ma Vie avec Liberace. Convoquant durant une partie entière du film toutes les obsessions du cinéaste autour d’un freak show, et des hommes rétablis au rang d’esclaves des désirs d’une femme, le jeune cinéaste donne une seconde vie à la filmographie de son maître.

Le programme s’avère classique et assez semblable à celui du premier volet, sans pour autant manquer de charme. Les couleurs, moins ambigües et souples, plus assurées et conquérantes, comme ces corps d’hommes à nouveau charpentés pour affronter la foule, affirment un vrai chamboulement. Au cours d’une scène de libération, charnière pour le récit, Channing Tatum confirme aussi qu’il est en train de devenir l’un des acteurs le plus fascinant du cinéma américain actuel. Peut-être moins anecdotique qu’il n’en a l’air et certainement plus radical dans sa manière de représenter le désir féminin, ce second volet est une belle réussite dans l’inconstant paysage hollywoodien. Comme Andie McDowell, à nouveau dans la lumière, Magic Mike XXL promeut le retour au naturel, dans des croyances qui peuvent paraître dérangeantes pour l’époque mais qui demeurent lucides (le rêve américain par le prisme de l’entreprenariat). C’est un spectacle à part entière, exaltant, estival et pourvu de sens. En cela, il s’extirpe des nombreuses productions sorties durant la saison qui ne réfléchissent plus, sur l’autel des fortes chaleurs et d’un public apparemment moins exigeant.3 étoiles et demi

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