Ant-Man de Peyton Reed

Ant-Man

Ant-Man, réalisé par Peyton Reed
Avec Paul Rudd, Evangeline Lilly, Corey Stoll et Michael Douglas
Scénario : Adam McKay et Paul Rudd
Durée : 1h57 / Date de sortie : 14 juillet 2015

Drôle de coïncidence qu’un film qui, justement, parle de la paternité et de la difficulté à l’assumer pleinement ait perdu la sienne, en plein développement artistique. Alors qu’Edgar Wright l’avait pensé pendant plusieurs années, le cinéaste quittait le projet d’Ant-Man en 2014 pour des « différends artistiques ». Un motif que l’on peut traduire par une énième victoire de Kevin Feige, tyran à la tête de Marvel, sur les cinéastes de passage par la richissime maison. Cet abandon vient confirmer que, chez Marvel l’industriel, l’artistique n’y a plus sa place. Dans l’obligation de trouver un nouveau metteur en scène au plus vite (pour respecter un agenda prééminent), moins exigeant et plus conciliant, Peyton Reed a été choisi pour boucler un film qui, finalement, fait figure d’oeuvre-fantôme, aux promesses inexploitées.

N’ayant jamais mis en scène de scènes d’action auparavant, mais entouré du fleuron de la comédie américaine de la dernière décennie (Adam McKay et Paul Rudd au scénario), Peyton Reed se trouve très rapidement dans une impasse. Comment donner un souffle nouveau à un projet délaissé, si ce n’est agonisant, et l’inscrire dans un univers narratif de plus en plus pesant ? Comme les récents Gardiens de la Galaxie, Ant-Man choisit de persévérer dans l’humour pour tenter de cacher des défauts scénaristiques et de mise en scène de plus en plus flagrants. Tout est en pilotage automatique. Les scènes d’action, malgré leur gigantesque potentiel pour un basculement des échelles et des forces, sont elles aussi tournées en dérision, la mise en scène des autres séquences se limitent à de tristes champs/contrechamps et les acteurs, dont Paul Rudd, ne donnent que peu d’épaisseur à des personnages antipathiques.

Derrière chaque image respire l’ombre créative d’Edgar Wright, laissé, de façon malhonnête, au générique du film avec son comparse Joe Cornish. Certaines scènes tentent de recréer le découpage dynamique de ses fabuleuses scènes d’action, ou même comiques, mais le tout redevient rapidement conventionnel. S’il n’y a pas de surprise à l’échec d’Ant-Man, que certains verront comme un spectacle estival léger (une nouvelle preuve d’un nivellement des exigences du public vers le bas en cohésion avec une conception du cinéma populaire de plus en plus rétrograde et cynique), le film confirme la voie qu’a emprunté l’entreprise avec Avengers : l’ère d’Ultron. Le rachat par Disney de Marvel va de pair avec des films qui laissent de moins en moins de place à l’humain et appelle à un règne des technologies et de l’animation pour le remplacer. Outre la scène d’ouverture qui use d’effets spéciaux pour rajeunir Michael Douglas, les scènes d’action sont désormais totalement artificielles. Cette déshumanisation du cinéma de super-héros, à l’heure où des artisans comme James Gunn veulent, au contraire, lui donner une puissance émotionnelle par le ravissement d’icônes du passé, souligne bien le fait que Marvel ne prétend plus créer mais applique bêtement des modèles de films consensuels et sans âme.

Entre le film de braquage, réussi dans sa première demi-heure, et la comédie souffreteuse ranimant les pires moments de la courte existence de Marvel, Ant-Man est un film affreusement bancal et anecdotique, destiné à n’être que cela avec le départ d’Edgar Wright. Vidé de toute surprise, monument de linéarité et d’un manque d’audace dévastateurs, le film de Peyton Reed répond à un cahier des charges et ne fait rien de plus. L’introduction désastreuse du personnage à un univers plus large, autour d’une scène sans lien ni intérêt, ne fait que renforcer la colère quant au résultat final, tant il aurait pu être libre et fou, voire révolutionnaire pour le genre. Il ne reste que quelques scènes amusantes, dont un combat dans une chambre d’enfant, idée sans doute issue de l’esprit de Wright, et une utilisation propre de la 3D qui déracinent le film de sa platitude. Si la phase 2 qui prend fin avec ce film aura affirmé Marvel en un mastodonte économique, quel désastre artistique – si l’on omet le second et impeccable Captain America – aura-t-elle été aussi.1 étoile et demi

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