While We’re Young de Noah Baumbach

While We're YoungWhile We’re Young, écrit et réalisé par Noah Baumbach
Avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver et Amanda Seyfried
Durée : 1h37 / Date de sortie : 22 juillet 2015

Après avoir écrit et réalisé un beau film pour sa bien-aimée Greta Gerwig, avec Frances Ha, le rôle en or d’une adulte qui rêvait d’être danseuse, Noah Baumbach n’en a pas fini avec la peur de vieillir. C’est un nouveau saut générationnel, où il dépeint la vie d’un couple de quadragénaires, qui s’ennuient, sans enfant et qui ont du mal à être des artistes. Lui (Ben Stiller) n’arrive pas à finir son ambitieux et difficilement compréhensible documentaire. Elle (Naomi Watts) ne trouve pas de projet à produire et n’arrive pas à se décider sur la possibilité d’une maternité. Comme avec ses précédents héros, Baumbach entend décrire un bout de vie commun à tous, fait d’anxiété et de mélancolie. Progressivement pourtant, le cinéaste semble aussi s’éloigner des classes moyennes et des familles en crise qu’il décrivait avec Greenberg. While We’re Young, à l’instar de son New York, est donc un pur film de la gentrification. Un film uniformisé, où les classes aisées et les élites demeurent, pensent et dépriment.

Si le métrage s’avère très réjouissant et énergique dans un premier tiers, difficile par la suite de savoir dans quelle direction il souhaite aller. Tout d’abord, on peut croire que le réalisateur veut réaliser une oeuvre contemporaine et initiatique, plongeant dans le microcosme hipster. Quelques scènes, comiques pour la plupart, mettent en avant la fascination pour ce qui est ancien dans le mouvement, alors que les deux héros veulent, eux, redevenir jeunes. Ce parallèle, ce « processus » que le personnage de Ben Stiller applique dans la vie comme au documentaire, fait émerger un enthousiasme assez communicatif entre le film et le spectateur. Mais, Baumbach ne tient pas en place. Entretemps, se joue la vie du couple, comédie plus grave sur l’inertie de deux adultes face à la question de la parenté et de l’acceptation de corps qui vieillissent. Entre ces deux ponts, le film ne contient plus la même saveur, et ne surprend guère. Le troisième tiers, le plus fatiguant, conventionnel et amère du film, signe sa quasi-mise à mort, passant du registre comique à une chronique alarmiste sur l’art et la morale. While We’re Young est agaçant tant il regorge de promesses et se vautre dans la facilité. L’échec du cinéma de Baumbach, à l’heure d’aujourd’hui, est bien celui d’un refus d’accessibilité, à l’instar de son héros. Son élitisme, dès la citation à Solness le constructeur de Henrik Ibsen, respire l’orgueil, qui semblait pourtant s’être effacé le temps d’un film. Le noir et blanc de Frances Ha avait cela de bien qu’il dépouillait le film de toute posture, ne laissant apparaître que la sincérité et la beauté mélancolique du jeu de Greta Gerwig.

Le retour à la couleur fait mal. Rapidement, le film ne fait qu’enchaîner les situations convenues et peine, comme le prouve sa palette de couleurs très limitée, à sortir de sa zone de confiance de film branché. Le talent de Baumbach réside cependant toujours dans cette intelligence à annoncer le mal, sans le montrer par l’image et la musique. Le mystérieux Jamie, joliment interprété par Adam Driver, ne se dévoile que dans les dernières minutes et, pourtant, le métrage arrive à faire ressentir le danger à venir. Passé cet enthousiasme à enquêter sur les personnages et le final très prévisible, While We’re Young n’arrive pas à dépasser le stade de réflexion de sa dernière image. L’incapacité du réalisateur américain à décider de son sujet, à choisir un arc narratif pour le développer pleinement, le rendre incisif et passionnant, montre bien que ce cinéma, par tendance sans doute, est en train de perdre sa saveur originelle. Quand il pourrait livrer un portrait critique d’une génération en perte d’identité, il se détourne, de même quand il traite de la perte des valeurs morales du documentaire.

L’absence de Greta Gerwig a fait du mal à While We’re Young, tant, dans Greenberg et Frances Ha, elle illuminait de sa douce et mélancolique présence des films ingrats. Ce nouveau film fait davantage figure d’assemblage d’idées, qui gardent une certaine cohérence malgré tout, mais qui, sous la nonchalance du regard de Baumbach, n’ont pas mérité un développement semblable à ce qu’elles ambitionnaient. C’aurait pu être un fabuleux film de cinéaste, dans lequel le réalisateur, comme il le tente à plusieurs reprises dans le film, ferait refléter les idéaux du passé avec ceux du présent ; finalement, on en sort avec le sentiment d’avoir vu quelque chose d’agréable, d’estival, mais de trop mécanique pour être touchant. Baumbach, en sens inverse.2 étoiles et demi

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