Le Petit Prince de Mark Osborne

Le Petit PrinceLe Petit Prince, réalisé par Mark Osborne
Avec les voix VF de Florence Foresti, André Dussollier, Vincent Cassel et Marion Cotillard
Scénario : Irena Brignull et Bob Persichetti, d’après l’oeuvre de Saint-Exupéry
Durée : 1H47 / Date de sortie : 29 juillet 2015

C’est devenu courant, souvent épuisant, parfois surprenant sur bien des plans : l’adaptation cinématographique de phénomènes littéraires est aujourd’hui un genre à part entière au cinéma, et un filon impérissable pour les producteurs. Titiller les souvenirs de papier du spectateur pourrait être en soi une manière de bousculer un imaginaire en berne, mais trop souvent ces adaptations cèdent aux exigences de fans qui ne demandent, malheureusement, qu’une récitation visuelle de ce que le livre transmettait par les mots. Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, oeuvre à la popularité jamais démentie, demeure dans une catégorie à laquelle, sans doute, elle seule appartient. C’est un morceau d’Histoire, un paysage culturel duquel émerge encore des oeuvres influencées par elle. L’adapter n’est pas une chose nouvelle, pourtant. En pleine Guerre Froide, l’Union Soviétique et les Etats-Unis ont tous deux, entre 1966 et 1974, livré leur version de la nouvelle. Le monstre de Saint-Exupéry vendu à 145 millions d’exemplaires, à la fois ancré profondément dans la mémoire collective et aussi totalement intemporel, avait apparemment besoin d’un coup de jeune. Et ce pour ne pas sombrer dans l’oubli pour de nouvelles générations qui, si l’on en croit les « grands » penseurs d’aujourd’hui, ne zieutent plus les livres et se terrent dans une culture technologique écrasante et aliénatrice.

Le résultat, un film d’animation mis en scène par Mark Osborne, cinéaste américain derrière Kung Fu Panda, s’avère presque désespérant tant il ne reflète ni l’originalité ni la liberté réflexive de l’oeuvre de Saint-Exupéry. Après une ouverture finalement assez sympathique, développant une belle scénographie du quotidien d’une mère oppressante et de sa fille, le métrage retrouve des conventions bien inquiétantes de l’animation grand public d’aujourd’hui, desquelles Pixar semble être la seule à se départir. Le choix de diverses formes d’animation (de celle en 3D, normative, à la jolie stop-motion) fait en réalité figure d’incapacité des créateurs à prendre un parti, ne voulant froisser personne par la forme ou le propos. Cependant, le principal problème de ce Petit Prince ne se trouve pas seulement dans une esthétique étonnamment aseptisée, mais bien dans l’identité même du film, qui joue la carte d’une fausse poésie détestable où filmer un papillon au ralenti est un gage de beauté. Problème est que, lorsque celle-ci s’impose au spectateur, elle n’est en aucun cas touchante mais signe d’un cynisme de la part de ses créateurs.

Ce souhait, pesant, de vouloir ajouter au film une contemporanéité dont il n’a pas besoin avec un récit dystopique des plus ambigus (la société balaye l’imaginaire ou le vide de sa substance), incarne une partie des problématiques du cinéma d’animation d’aujourd’hui. La peur de la négligence de l’enfant à l’égard du film oblige aujourd’hui ce qui font l’animation à se conformer à des codes. Récemment, l’exemple de Vice-Versa n’avait-il pas prouvé le contraire ? L’animation n’est-elle plus le carrefour des questions enfantines, et intrinsèquement parentales, mais a contrario un simple produit duquel l’enfant ne retire, encore et toujours, qu’un peu plus d’hystérie ?

La dernière partie du film suffit à elle seule de voir qu’il n’y a plus qu’un léger pas qui différencie les problèmes du monde des enjeux de l’animation, avec des thématiques en apparence écologiques mais qui ne sont que des leçons de morale. Et pourtant, quand le film est en porte à faux avec des sujets d’un tout autre degré (l’amour ou la mort), il évite soigneusement son traitement pour se focaliser sur des détails et faire demeurer un spectacle qui s’est progressivement abruti. Captation de poncifs du genre, quasi-trahison par sa consensualité au travail de Saint-Exupéry, ce Petit Prince fait fonctionner à plein régime les mécanismes d’un spectacle bruyant mais oublie de stimuler la créativité du spectateur. L’ensemble est trop convenu et ennuyant à mourir, trop neutre pour plaire à un public un tant soit peu exigeant face à ce qu’il voit.1 étoile

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